Brand

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16/20
Nom du groupe Kall
Nom de l'album Brand
Type Album
Date de parution 19 Juin 2020
Style MusicalBlack Avantgardiste
Membres possèdant cet album0

Tracklist

1.
 Rise
 
2.
 Fervour
 
3.
 Eld
 
4.
 Fukta din Aska
 
5.
 Hide Below
 
6.
 Fall
 

Chronique @ Icare

21 Juin 2020

Bruitiste, psychédélique, progressif, mélancolique, torturé et barré... Lifelover est mort, vive Kall !

Après le décès de Jonas Bergqvist en 2011, Lifelover se sépare, laissant un grand vide sur la scène dépressive. L’année suivante, Kim, H et Fix, respectivement chanteur, guitariste et bassiste du défunt combo, se retrouvent pour former un nouveau groupe, Kall, et en 2014, la nouvelle super formation sort un premier album éponyme, bonne offrande de DSBM froid et dépouillé aux quelques expérimentations sonores timides et qui semblait encore un peu se chercher.

Voici donc six ans plus tard le deuxième full length des Suédois, sacrément attendu au tournant, car succéder au groupe qui a sorti la trilogie Pulver/Erotik/Konkurs n’est pas une mince affaire et Kall devait encore confirmer le succès de son premier album. La première chose qui frappe, c’est le contraste visuel entre les deux full length : là où l’éponyme se contentait de ces sempiternelles montagnes en noir et blanc, Brand arbore fièrement un énorme soleil rouge qui embrase le ciel et calcine la terre. Et c’est un fait, l’oxymore est allègrement consommé (Kall veut dire « froid » tandis que « Brand » signifie « incendie ») : la musique du sextette n’a jamais été aussi chaude.

Rise vrombit ses premières notes qui traînent, plaintives et saturées, emplissant lentement l’espace sonore de leur distorsion, jusqu’à s’assembler en un vrai riff rock, entraînant et lancinant à la fois, propulsant un premier morceau aux frontières entre desert rock, stoner et black, un peu comme si Kyuss copulait avec Nachtmystium. Voilà une excellente entrée en matière, musclée et dynamique, mais parvenant à garder cette intensité chère au groupe et à dégager une émotion à fleur de peau. L’ensemble est magnifié par une section rythmique en état de grâce (Cirone, qui a également officié chez Shining, Craft ou Hypothermia, transcende réellement le morceau de sa basse chaude, ronde et virevoltante particulièrement audible, tandis que le jeu de Peter Lindqvist, riche, varié et complexe, apporte une puissance appréciable à l’ensemble).
Ce départ peut paraître pour le moins déroutant lorsque l’on connaît les penchants dépressifs de nos joyeux lurons, mais les amateurs de Xanax peuvent se rassurer, les Suédois n’ont pas définitivement remisé la morosité au placard. Pour preuve, le morceau suivant, Fervour, sorte de ballade maladive, aride et désolée qui nous colle la chair de poule, et que l’on croirait droit sortie d’un album de Vanhelga. Ces guitares, simples et entêtantes, nous obsèdent sur un refrain aux forts accents DSBM FM de crooner à la beauté lancinante, et ce n’est pas ce saxophone désabusé aux notes terriblement mélancoliques qui viendra me contredire. Un superbe morceau, qui rappelle évidemment le passé musical de Kim, H. et Fix…

Le contraste entre ces deux premiers morceaux semble indiquer clairement la volonté de Kall de s’affranchir des limites parfois trop étriquées des genres et de se faire plaisir avant tout en suivant ses propres envies musicales. On se retrouve donc avec des morceaux hybrides qui suivent leurs propres humeurs (Eld mêle la puissance post rock et chaude d’un Pelican et la sensibilité d’un Pixies au côté sale, décadent et écorché vif propre à Lifelover, sonnant comme une sorte de post hardcore stoner lent, lourd et déchiré, avec cette aura désespérée, et se terminant pour un long passage folk !), et l’ensemble s’apparente plus à une sorte de rock metallisé largement instrumental, tantôt feutré tantôt rugissant, à fortes tendances stoner et psychédéliques, qu’à un album de black à proprement parler. A ce propos, la pièce centrale Fukta Din est plus qu’éloquente, labyrinthe sonore et progressif de 17,19 minutes (!) aux longues parties instrumentales schizophrènes sur lequel le saxophone fêlé de Lisa nous entraîne aux limites de la folie (ce court passage blasté barge et hystérique à 10,18 minutes), rappelant pas mal les Grecs d’Aenaon.


Si la basse est magistrale sur tout l’album et apporte corps et profondeur à la musique, il faut aussi rendre hommage à Kim, dont le chant est toujours aussi malsain et torturé, et hante littéralement ces six compos, les contaminant d’une dépression et d’une douleur latente aussi sublime qu’insoutenable (Fall, transe langoureuse de clôture, sur laquelle les hurlements de Kim épousent sensuellement les soupirs du saxophone et ces riffs de guitare amples qui s’étendent et agonisent lentement). Ces vocaux sont d’ailleurs, avec quelques riffs et arpèges tordus et dissonants au rendu plus mélancolique que vraiment dépressif, les seuls éléments qui peuvent encore rattacher Kall à l’étiquette black metal.

Bruitiste, psychédélique (la fin de Hide Below est quand même sacrément chargée en vapeurs chimiques !), progressif, mélancolique, torturé et barré, voilà autant de qualificatifs que l’on peut employer pour tenter de décrire ce Brand insaisissable qui ne manque décidément ni de virtuosité ni de caractère. Une très belle réussite, à réserver aux auditeurs ouverts d’esprit, adeptes de longues plages instrumentales, de mélanges audacieux, et de musique expérimentale. Lifelover est mort, vive Kall !


1 Commentaire

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JeanEdernDesecrator - 25 Juin 2020:

Ce que j'ai écouté m'a beaucoup plu, c'est à cheval sur plein de styles différents et la pochette est superbe. Par contre, le son de batterie est vraiment en arrière et c'est bien dommage. Je me tâte pour l'acheter...

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