Si la scène black néerlandaise n‘est certainement pas la plus reconnue ni la plus prolifique, elle n’en est pas la moins intéressante pour autant. Riches de groupes discrets à l’identité forte tels Deynonichus,
Urfaust ou
Wederganger, les terres hollandaises enfantent l’année passée de Verwoed, one-man-band d'Utrecht qui nous gratifie à présent de son premier EP autoproduit,
Bodemloos.
Le titre éponyme s’ouvre sur ces guitares stridentes aux échos dissonants qui percent le silence du néant, avant que n’intervienne ce mur opaque et grondant aux riffs lancinants. Le rythme se fait d’abord lent et plombé, instaurant une ambiance sombre presque cérémonielle, avec la voix d’Erik s’incarnant en grognements abyssaux. Le tout dessine comme une toile brumeuse et irréelle bien captée par la pochette. Un premier titre à la fois désenchanté et empreint d’un magnétisme morbide, surtout en fin de morceau avec ce long passage instrumental aussi triste que touchant.
Verwoed n’hésite d’ailleurs pas à flirter avec la léthargie hébétée d’un doom lancinant rappelant les compatriotes de
Faal ou la référence qu’est
Dolorian, et la musique du one-man-band oscille constamment entre les affres de la dépression et la lueur fragile d’une beauté mélancolique (la fin du titre éponyme, le mid tempo douloureux qui clôt Een Leven Aan De Oppervlakte).
L’ambiance est très sombre, à la fois angoissante et apaisante, la basse gronde sourdement, les riffs sont tordus et poisseux, les riffs dissonants, les arpèges charbonneux, les tempi lourds, mais Bodenloos respire finalement plus la douleur et la solitude que la haine, nous plongeant dans l’obscurité silencieuse des profondeurs à la recherche de notre propre vérité intérieure.
Leegte, le dernier titre, clôt d’ailleurs ce voyage initiatique tout en douceur, avec ces claviers évanescents qui nous plongent dans une sorte de torpeur onirique. Après s’être perdu dans les ténèbres des abysses, on perçoit enfin la lumière, et on se sent porté par ces notes de guitares évanescentes. Même la voix d’Erik se fait moins menaçante, se muant en un chuchotement lointain, et cette longue piste de plus de neuf minutes nous élève et nous apaise, s’achevant par ces notes de clavier flottant avec notre âme dans une plénitude vierge de toute souillure humaine.
Voilà sans aucun doute une belle découverte que ce Bodenloos, qui a le mérite de nous faire connaître un nouveau groupe fort prometteur. Un voyage de 24 minutes en terres dévastées, à réserver en priorité aux âmes tourmentées qui n’ont pas peur de se perdre dans les méandres d’un black doom sombre, dépressif et mélancolique à la beauté addictive.
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