Comme si l'on avait une carte du monde où restent cachés certains pays, je me penche sur les territoires à explorer. L'Inde fait partie de ceux-là. Ce sont des terres peu ou pas colonisées par la culture metal, contrairement à certains de ses voisins asiatiques (Indonésie, Japon). Si on trouve dans à peu près tous les pays du monde un groupe de black-death-trash ou de heavy, ceux de prog se font relativement plus rares, mais sont un bon indice de la santé de la scène locale. L'Inde n'héberge donc que peu de groupes de metal, mais la scène progressive est en pleine croissance, avec comme leader
Slain, mais aussi Prestorika ou encore
Skyharbor.
Ces deux derniers sont issus de la partie la plus extrême de cette scène, avec des influences
Trash pour le premier et un petit penchant mathcore pour le second dont il est question ici.
Skyharbor est le projet de Keshav Dar à la base, originaire de New Dehli, autour de qui s'articule un line-up composé de musiciens locaux mais aussi de Daniel Tompkins, ex-vocaliste de
Tesseract. L'album, à la pochette somptueuse d'où émane une grande sérénité, est divisé en deux parties : d'un côté
Illusion et de l'autre Chaos. M.Tompkins chante sur la première, et Sunneith Revankar s'occupe de la seconde. Même si l'album est relativement court (47 minutes),
Skyharbor a tenu à présenter les deux parties sur deux disques différents, peut-être pour mieux montrer le contraste.
L'opus, de même que sa partie "
Illusion", démarre par un puissant et lourd Dots, détruisant tout sur son passage. Les riffs lancinants d'ouverture laissent rapidement place à des guitares incisives, tandis que le chant passe du clair au hurlement guttural. La batterie appuie bien ces différents rythmes, avant de s'éteindre pour un passage calme inattendu. Tout reprend ensuite de plus belle, sur des riffs modernes et un chant vif et efficace.
Skyharbor dans cette première partie d'album navigue donc entre un metal moderne mélodique et racé et une musique plus ambiante ou atmosphérique. La priorité est clairement donnée aux mélodies, même si on sent que le groupe essaye de communiquer quelque chose de plus violent par moment (Celestial en est le meilleur exemple, avec des passages vraiment plus agressifs). On remarque de nombreux effets électroniques, qui se mélangent très bien avec la musique de
Skyharbor, notamment sur Dots ou encore
Aurora.
Les vocaux sur cette partie sont essentiellement clairs, et Daniel Tompkins se lâche moins que sur ces précédentes prestations avec
Tesseract. Son chant est néanmoins très convainquant ici, trouvant le bon feeling à chaque fois, et ponctuant les morceaux de quelques screams judicieusement placés.
Du côté de la guitare le jeu est là aussi intéressant, le son très saturé convenant à merveille aux passages plus aériens. La six-cordes est à la fois capable de jouer une lourdeur oppressante ou de délicates mélodies. On entends aussi quelques soli, dont deux exécutés par
Marty Friedman (
Megadeth, excusez du peu) sur
Catharsis et Celestial. Ces soli arrivent d'ailleurs à point nommé et s'intègrent très bien dans la composition, et donnent aux morceaux une teneur beaucoup plus mélodique.
La section rythmique n'est pas en reste, offrant une batterie digne des meilleurs groupes de progressif. Le batteur est capable de donner de bonnes impulsions aux morceaux, mais aussi de s'en détacher avec des contre-pieds. Quant à la basse, elle fait son boulot avec sérieux mais sans grande folie, un peu en arrière par rapport aux autres instruments.
La première partie de l'album est donc globalement réussie, aussi bien grâce à des compositions intéressantes qui tiennent la route qu'à un Daniel Tompkins qui tire véritablement le groupe vers le haut. Chanter sur ces morceaux n'est franchement pas aisé, et son successeur sur la partie "Chaos" s'en sort nettement moins bien. Sunneith Revankar privilégie un chant growlé et ne fait que de rares incursions en chant clair. Techniquement parlant, son chant, quel qu'il soit, est tout-à-fait correct et parfaitement maîtrisé. Seulement, un chant growlé permanent semble beaucoup moins bien convenir à la musique de
Skyharbor. Le reste de la musique est bien sûr un brin plus mouvementée sur la partie "Chaos", mais pas suffisamment pour mériter un chant extrême majoritaire. Il y a du coup un décalage dérangeant entre d'agréables moments atmosphériques et ce chant si peu mélodieux (notamment sur
Insurrection). On voit sur Trayus particulièrement que ses passages en chant clair sont très bon et dégagent le même feeling qu'avec monsieur Tompkins. La même proportion chant clair / chant extrême sur tout l'album aurait du coup été préférable. La deuxième partie de l'album reste cependant minoritaire et c'est tant mieux. De plus, l'ex-
Tesseract fait désormais partie intégrante du combo et s'occupera donc de toutes les parties vocales pour le prochain album qui est actuellement en préparation.
Avec cet album moderne et efficace,
Skyharbor s'impose donc comme un de leader du metal indien, en témoigne sa nomination aux côtés de Coshish aux Prog Awards. Blinding White Noise convainc donc grâce à des compositions efficaces, une production limpide et puissante, ainsi qu'une interprétation quasi sans faille de la part des musiciens. Le mélange entre djent (puisque c'est comme cela qu'on appelle le prog moderne) et l'atmosphérique passe très bien ici, et pourrait bien devenir la marque de fabrique du combo à l'avenir. On attend donc avec impatience le prochain effort du groupe, qui devrait voir le jour dans l'année.
Et j'ai hâte pour le prochain aussi.
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