A l'heure où les cadors du genre, à l'instar de
Within Temptation,
Leaves' Eyes et autres
Xandria,
Delain et
Stream Of Passion n'ont de cesse d'inonder l'espace metal européen de leurs savants arpèges, certains de leurs enfants comptent tenir la dragée haute. Et ce jeune combo suédois, fraîchement sorti des studios de Göteborg, fait partie de ceux-là. Avec un certain Andy La'Roque (
King Diamond) aux manettes de la table de mixage, le groupe s'est prémuni de quelques carences relatives aux arrangements, celles-ci pouvant affecter nombre de ses pairs générationnels. Ainsi, sort de terre cet EP de trois titres d'égale longueur, résolument taillés pour les charts et dispatchés sur une quinzaine de minutes, guère plus.
Après une refonte du line-up, s'étant notamment séparé d'un des membres fondateurs en la personne de Jacob Hede (guitariste) et du bassiste Niklas Fahlen, le quintet suédois compte actuellement dans ses rangs : la chanteuse Jennie Nord, le guitariste remplaçant Oscar Sjöberg (Strings Of Verdandi,
Violator), le claviériste Andreas Bergqvist (Strings Of Verdandi), le bassiste Robert Ahlin ainsi que le second créateur du projet : le batteur Ola Olsson.
De cette union naît une musique typiquement metal symphonique, avec une classique double-caisse, un riffing difficile à museler, une basse vrombissante, le tout reposant sur des compositions où chaque dièse, chaque bémol a fait l'objet d'une attention particulière. En outre, l'orchestration de base s'enrichit d'une lead guitare fringante, d'une inspiration difficile à prendre en défaut et au séduisant déhanché du manche. On ressentira aussi quelques léchouilles synthétiques tapies dans des lignes mélodiques bien ajustées ainsi que de somptueuses gammes délivrées par un piano souriant et libertin à ses heures. Et bien sûr, on ne saurait oublier Jennie qui, telle une épeire, par ses médiums charmeurs couplés à une puissance maîtrisée et à un filet de voix chatoyant, ne manque pas de nous emprisonner dans sa toile.
Ses courants d'influence sont nombreux et parmi lesquels on aura remarqué
After Forever concernant les lignes harmoniques,
Kamelot pour les accords et atmosphères ou encore
Masterplan, sur la partie technique de l'instrumentation. Quant au timbre de voix de la jeune déesse, il conjugue les puissantes poussées en voix pleine de Monika Pedersen (ex-The World State, ex-
Sirenia), quelques fines modularités empruntées à
Anette Olzon (ex-
Nightwish, ex-
Alyson Avenue), voire de profondes notes parfois insufflées par Sharon den Adel (
Within Temptation). Ayant retenu les leçons de leurs aînés, nos acolytes nous convient à un propos musical certes menu, mais non sans emphase, ni diversité atmosphérique. Ce que ne laisse pas nécessairement entrevoir l'artwork de la pochette, sobre dans sa palette graphique, plutôt obscur dans ses teintes. Cependant, on voit poindre l'oeil de l'astre solaire tenter de se dégager de ces ombrages, à l'image d'une œuvre luminescente venant libérer ses aériennes séries de notes dans nos tympans alanguis. A quel spectacle va-t-on assister à l'aune des ambiances prodiguées par le combo ?
L'accueil s'avère convivial au regard des premiers accords déversés sur l'entame de l'opus. Parallèlement, l'entraînant «
Horizon » se pare de riffs vivifiants un poil arrondis. Mais, c'est surtout un piano venu du fin fond des abysses qui, avec ses remarquables et ondoyants arpèges, tel un charmeur de serpents, dompte langoureusement nos pavillons. Ainsi, couplets et refrains se plaisent à nous happer de bout en bout. En outre, la rythmique se diversifie, apparaissant tantôt constante, tantôt syncopée. A la manière de
Masterplan, un solo de guitare ravissant s'inscrit dans ce titre ayant valeur de hit. Au passage, les impulsions vocales de la belle se lovent dans les graves, qui ne sont pas sans rappeler ceux de Sharon den Adel sur « Forgiven », extrait de l'album « An Acoustic
Night at the Theatre » (2009). Enfin, un dégradé sonore bienvenu vient clôturer cette plage.
Autre ambiance, à l'instar des mots bleus contenus dans la ballade progressive «
Retribution », à commencer par un sémillant toucher de guitare en slide. Des riffs contenus viennent étreindre des percussions empreintes de souplesse. Ce qui peut évoquer l'armature rythmique de
Kazanna. On suit les accords bien charpentés d'une lead guitare, tenant la main d'une sirène devenue plus nuancée, associant un chant aérien et chaleureux, à la façon de Monika Pedersen dans ses années
Sirenia. Aussi, les couplets témoignent d'une subtile lumière mélodique tout comme les refrains, qui n'ont d'ailleurs rien à envier à leurs modèles identificatoires. Là encore, un somptueux solo de guitare au picking démoniaque vient parachever une proposition haute en couleurs. La durée du titre renseigne également sur les intentions du groupe de nous rallier à sa cause, avec ses quatre minutes d'harmonies quasi imparables.
Le groupe n'a pas omis de densifier sa rythmique, d'acérer ses riffs, dans la lignée d'un metal symphonique pur, avec l'adjonction d'une touche orientalisante sur le troublant «
Beyond Fear ». Flottant sur cette vibe, une lead guitare mélodieuse s'immisce au sein d'une orchestration aux arrangements bien soignés, à la façon de
Kamelot. Celle-ci est bien en phase avec les puissants médiums de la diva, qu'elle délivre comme Monika, auxquels s'ajoutent quelques fins ondoiements empruntés à Anette. D'autre part, difficile de passer à côté du pont technique central, où synthés et guitares se font face dans un ultime combat que vient opportunément arbitrer la sirène. Et ce, avant que n'éclabousse la scène, de ses notes enjouées, un solo de guitare des plus affriolants. Ainsi, couplets et refrains alternent harmonieusement, ces derniers témoignant néanmoins d'une lumière plus étincelante que les premiers. Exercice de style plutôt réussi, une fois de plus. Si ce morceau ne s'apparente pas vraiment à un hit, il y ressemble à s'y méprendre !
On quitte avec regret l'écoute de cette chétive galette, au regard d'un contenu à la fois ragoûtant, mais sans mièvrerie, bien rassasiant, mais sans esbroufe, invitant, mais sans racolage. L'ensemble jouit d'une profusion d'effets et d'une technicité éprouvée tant par les musiciens que par l'interprète, même si l'originalité n'est pas forcément de mise. Les finitions ainsi que les enchaînements ont fait l'objet d'une attention particulière. Quant à la cohésion instrumentale, elle ne témoigne pas de carences spécifiques. Il en va de même concernant la distribution de l'espace sonore entre instruments et voix, que l'on doit notamment à l'expert mixage dispensé par Andy. De plus, sans lyrisme outrancier, la belle parvient à ses fins, jouant avec nos âmes sensibles, comme l'épeire grimpant sur le moucheron qu'elle s'apprête à dévorer, une fois capturé et momifié dans ses filets. Dommage qu'il ne faille se contenter que de trois morceaux comme repas auditif.
On conseillera cet EP à tout amateur de metal symphonique à chant féminin, mais aussi à d'autres publics, orientés metal gothique, mélodique, atmosphérique, progressif ou folk. Accessible, mais pas simpliste dans ses lignes mélodiques, cette rondelle se parcourt d'un seul tenant, sans aucun problème d'accroche. Pour un premier jet, le combo suédois n'a pas démérité et constitue assurément une belle découverte pour qui l'approchera. Cette œuvre, par ses qualités artistiques et techniques, nous amène à penser qu'ils n'en resteront pas là...
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire