Formation auto-produite française jouant un sludge éthéré, les 5 membres d'
Awake in Sleep enregistrent cet EP éponyme en juin dernier. 4 titres pour une durée avoisinant les 30 minutes, soit en moyenne 7 minutes par chanson, autant dire que la musique d'AIS est plutôt ample - ampleur fréquente dans le doom et le stoner, peut-être un peu moins dans le sludge.
Mais résumer leur musique à cette seule dénomination serait très restrictif : certes, il y a des riffs puissants et gras, des vocaux vociférés et rauques qui évoquent par moments
Crowbar, mais leur musique est bien claire, limpide. L'impression qui se dégage est une sorte de grisaille ambiante, du style paysage d'automne après l'orage ou dans la brume. Ainsi, le premier titre, A Place to
Die, au nom déjà bien terne, évoque-t-il les paysages désolés d'
Agalloch, la musique planante et violence de
Neurosis ou d'
Isis. L'intro est superbe et s'arrête brutalement, le corps du morceau se développe puis se rompt tout aussi brutalement pour un final intéressant mais un peu inattendu : principal défaut de cet EP, la prétention atmosphérique / progressive de la musique, qui se tient la plupart du temps, montre des signes de faiblesse de les "coutures" entre les différentes parties des compositions : transitions brutales, voire hésitations rythmiques notamment sur la fin du premier titre.
Ceci dit, le groupe a la particularité de présenter 3 guitaristes (comme
Lynyrd Skynyrd !) en plus du batteur et du bassiste. Les mélodies s'entrecroisent ainsi avec beaucoup d'élégance dans les moments les plus inspirés, tandis qu'à d'autres le trio est délaissé au profit d'un simple jeu à deux guitares.
Cold Waves, le titre le plus court, est également d'une violence plus soutenue, notamment dans ses dernières mesures, particulièrement hargneuses, aux riffs dévastateurs et gras au possible. Quant à lui, A
Shrine for the
Sleepless démarre sur des chapeaux de roue, dans une verve musicale épique qui rappelle
The Sword - en plus sludge. On regrettera encore l'utilsation trop épisodique du trio de guitares. Après cette intro alléchante, le morceau s'embourbe littéralement dans un bruissement presque drone, une gadoue musicale grésillante où une des guitares gémit à grands renforts de wah wah et de réverb'. On approche alors une nouvelle dimension du sludge étonnant d'AIS, qui renoue avec une tradition plus expérimentale, plus psychédélique - voire nihiliste, si l'on s'en tient au brouhaha crépitant qui noie les hurlements de guitares. Emergent ensuite des hurlements, humains cette fois, qui conduisent à un passage presque apocalyptique avant de revenir à la douceur atmosphérique de la première piste et de son intro, retrouvailles rapidement laminées par les riffs puissants et gras et les vociférations du chanteur, Andrey. Ce troisième titre s'avère ainsi particulièrement riche et intéressant.
Dernier morceau de l'EP, le fleuve bien nommé Flowing Seasons (je ne l'invente pas!), titre de plus de 10 minutes. Intro calme et planante, où dominent les mélodies aiguës et évanescentes des guitares et le jeu feutré des cymbales de Maxime Guerreiro, le batteur du groupe. Cette belle intro s'étire ainsi sur deux minutes, et les riffs ravageurs déferlent soudainement, rappelant l'orientation musicale première du groupe. Après cette première vague de violence, une accalmie superbe se fait place, rien qu'une guitare et la basse au début, puis à nouveau le titillement cuivré de la batterie, une deuxième guitare qui se greffe, la batterie qui poursuit et amplifie son jeu, et le morceau qui se relance dans une veine tout à fait planante et reposante, extrêmement douce et mélodique, avec un léger voile de tristesse toujours flottant. Un grand moment de délicatesse qui fait du bien, la musique prenant une belle ampleur et augurant un crescendo rappelant, toutes proportions gardées, celui de "The
Night and the
Silent Water" sur Morningrise d'
Opeth. Le glissement de la douceur à la violence se fait avec beaucoup d'élégance et de maîtrise, sans aucun couac, un vrai régal.
En somme, un EP qui malgré des faiblesses sur le premier titre - pourtant intéressant - affiche une vraie originalité musicale, mêlant des influences sludge à d'autres plus expérimentales ou éthérées (
Ulver,
Neurosis, voire
Alcest par moments), le tout avec une production sonore soignée et tout à fait valable pour une autoproduction (tout au pire regrettera-t-on la basse quelque peu effacée), et une belle pochette jouant sur de fausses symétries entre deux bustes de femmes nues.
Awake in Sleep, groupe remarquablement bien nommé au regard de leur musique nimbée et nuageuse, est donc un nom qu'il faudra dorénavant guetter, cet Ep s'avérant tout à fait prometteur.
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