Formé pourtant très tôt en 83, le groupe britannique
Deathwish, originaire de Brighton, rata quelque peu le wagon des pionniers du thrash en attendant 86 pour sortir une démo et 87 pour pondre leur premier album : "
At the Edge of Damnation" sous le label Metalworks. La scène n’était déjà plus du tout la même…
Sans doute trop classique pour rivaliser avec les cultes à une époque où le thrash exprimait toute sa folie,
Deathwish parvient tout de même à s'extirper des seconds couteaux grâce à un son presque unique de ses contemporains anglo-saxons et même européens.
La griffe sonore composée d'un mur de guitares agressives, des solis aiguës accompagnés des cris déchainés de Jon Van Doorn ("For
Evil Done"), au chant puissant sans jamais donner le sentiment de forcer sa voix, est mise en valeur par une production minimaliste et sans raffinement, restituant fidèlement l'impression de foudroiement que procure "
At the Edge of Damnation". Avec un tel brut de son, l’opus se positionne comme un penchant européen de son ainé américain "Ordered
To Kill" du groupe
At War.
Un peu à la manière des deux premiers opus d'
Anthrax,
Deathwish sur ce premier disque ne parvient pas totalement à se déroger de ses influences heavy/speed notamment en raison d'une rythmique de la bonne vieille école, à l’instar du titre éponyme ou de "Dance of the
Dead". Cela a le mérite de cadrer une musique qui aurait pu partir dans tous les sens. Par contre, un "
Sword of Justice" prouve que les british maitrisent l’art du pur riff thrash qui prend à la gorge.
Ainsi, on ressent les influences évidentes des compatriotes
Black Sabbath, Motörhead ; Lemmy n’aurait pas renié un "Leaving Your
Life Behind" ; ou encore
Venom pour donner à ce "
At the Edge of Damnation" un thrash lourd et aux très légers accents doomesques. Nul doute que des productions de la sorte ouvrirent les portes à la fusion un peu paradoxale mais non moins séduisante du thrash-doom que leurs cadets de
Seventh Angel sauront exploiter à merveille.
Le groupe fait preuve de constance tout au long de l’opus, assénant invariablement son thrash gras, lourd et sombre avec ce même son crépitant jusqu’au final "Forces of
Darkness". Si "
In The Name Of
God", qui plante directement le décor, ne vous sied pas, inutile de faire preuve de patience. Sinon, c’est un plaisir à chaque fois renouvelé, chaque titre présentant sa petite spécificité, comme le joli petit jeu de basse dans "
Demonic 12012" ou encore les fougueuses saccades de "
Exorcist".
En conclusion, cet album prouve encore une fois que si la scène britannique ne s’est jamais posée comme une scène majeure du thrash, elle compte dans ses rangs une bonne petite proportion de groupes atypiques qui méritent l’écoute :
Lawnmower Deth,
Acid Reign,
Seventh Angel,
Sabbat, Sacrilege,
Toranaga et j’en passe… et bien sûr
Deathwish.
L’album "
Demon Preacher" qui lui succéda montra une transition musicale cette fois-ci complète. Hélas, au cours de cette mutation, le son si caractéristique de
Deathwish se perdit en chemin, en résultant un bon disque typiquement thrash mais plus assez racé, trop standard, pour vraiment sortir du lot comme son prédécesseur. Il vaut tout de même le coup d’oreille.
Une préférence aussi pour Demon Preacher pour les mêmes motifs que cite Fabien. Néanmoins, un album attachant et singulier qui a toute sa place dans la scène thrash européenne de la période.
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