Sever est un tout jeune one man band étatsunien qui sortait l’année passée sa première démo sur Iron Bonehead de manière très confidentielle. Aujourd’hui, l’entité incarnée par Ma-Kaxul nous revient avec son premier long format et crache à la face du monde un black metal intemporel à la fois très noir et mélodique, aux ambiances étouffantes et aux symphonies malsaines.
D’entrée, une déflagration bruitiste nous explose aux oreilles, un cri abyssal et un chaos de guitares bouillonnantes et stridentes nous ébranlant le cerveau. Néanmoins les choses se mettent rapidement en place, et on découvre un morceau structuré et admirablement composé, alternant mélodies vénéneuses mises en avant par la guitare lead et couplets ultra rapides et vindicatifs. Le tout est d’une noirceur absolue, parfaitement rendue par un son incroyable, à la fois brumeux et dense, lointain mais parfaitement audible, bourdonnant mais faussement confus car permettant de discerner idéalement tous les instruments, très profond, superposant habilement les couches de guitares pour créer un effet saisissant et enveloppant, un peu comme si les guitares, le clavier, discret mais omniprésent, et la voix formaient une entité mouvante et polymorphe nous assaillant de tous les côtés en même temps.
Lunar
Sacrifice poursuit sur une note plus nuancée, morceau mid tempo proposant un riffing simple mais envoûtant, dégageant cette ambiance spectrale incroyablement dense toujours aussi fascinante, tandis qu’Eastern Boar, dernier morceau de la galette, nous sert quelque chose de plus épique, presque héroïque, avec ce riff somptueux galopant fièrement sur une vague de blasts.
Sever nous sert un black aux teintes symphoniques prenant et très bien foutu, assez catchy, à mi-chemin entre tradition et modernité (surtout dans le traitement sonore admirable) dont le contraste entre ténèbres opaques et mélodies lumineuses n’est pas sans rappeler
Sargeist (Abyssonaut a des faux airs de
Satanic Black Devotion, en moins violent tout de même), et At Midnight by
Torch Light se fait à la fois brutal et insidieux, balançant tour à tour des brûlots guerriers aux rythmes furieux (Abyssonaut,
Hammer of
Vengeance) et des morceaux plus lents, traînants et carrément hypnotiques (le début du morceau éponyme, lent et lourd, nous englue dans un océan de désolation).
Oui, il convient de le souligner, le travail sur les ambiances est proprement phénoménal, car si le black de Sever n’est pas foncièrement original, l’enrobage sonore le distingue largement de la masse et rend l’art du musicien totalement immersif et immédiatement identifiable, à l’instar de groupes comme
Xasthur dont on reconnaît le son tordu si particulier dès les premières notes.
La profondeur atmosphérique de ces 37 petites minutes est peu commune, et les différentes notes de guitares et de clavier forment une croûte anthracite qui nous suffoque et nous emprisonne dans les entrailles de la terre, nous plongeant au milieu d’une cérémonie chtonienne millénaire et oubliée aux rituels innommables, aussi dérangeante que fascinante. Cette magie noire, rendue presque palpable par l’épaisseur du son, s’enroule et nous pénètre par tous les pores, menée par ces cantilènes diaboliques et les vocaux abyssaux du grand prêtre Ma-Kaxul, souffle méphitique rappelant parfois les vieux
Demoncy (le chant chuchoté de Lunar
Sacrifice, Sunset in the West et du morceau éponyme).
Pour conclure, Sever frappe fort avec ce premier album aux compos de qualité et aux ambiances particulièrement immersives. Même si ce blasphème nocturne manque encore un peu de personnalité, les amateurs d’un metal à la fois très noir, étouffant et mélodique apprécieront sûrement cette galette qui, comme l’énorme sanglier présent sur sa pochette, défonce tout sur son passage avec furie et majesté. Woinick n’a qu’à bien se tenir…
Comme d habitude avec toi c'est une chronique de qualité pour un album de qualité! Il faudra le temps vu que je viens de faire rentrer beaucoup de cd's, mais Sévère est sur liste d achat. Rien à rajouter, tu as tout dit; juste peut-être que durant les parties blastées on ne ressent pas assez l impact de la caisse claire qui est trop enveloppée par la double GC. A vérifier à la réception du skeud mais ça ne gâche en rien l impression générale. Merci.
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