Depuis quelque temps, l'auditeur a enfin cessé de cracher sur le Black nord-américain, car une nouvelle vague a fait son apparition, effaçant les ersatz geignards de
Xasthur ou
Leviathan.
Skagos est estampillé Black
Brutal sur SoM mais il n'en est rien. Ce groupe fait partie de la mouvance dite "Black Cascadien". Ce style s'appelle ainsi car tout simplement les groupes qui jouent ce genre de musique se situent dans la région de la chaîne des Cascades, c'est à dire de la côte ouest des États-unis, de la Californie du Nord jusqu'à la Colombie Britannique au Canada. Ils s'agit en fait d'un Black
Metal relativement agressif peut-être, mais misant surtout sur une recherche des mélodies et atmosphères exacerbées, ainsi qu'un thème parolier particulier à savoir la nature, la terre et le respect de ce que ces choses représentent. Fans de Wolves In the Throne Room,
Agalloch,
Panopticon... vous voilà chez vous!
Bref, passons sur l'intro drone et entrons dans le vif du sujet. La musique de
Skagos est clairement un fruit de la modernisation du Black
Metal, vous voilà prévenu. L'ombre de WITTR plane partout ici. Et l'on ressent malgré tout des touches plus anciennes du genre, comme les tout premiers
Ulver ou
Borknagar. Mais
Skagos va plus loin, je n'ai pas peur de le dire, cet album est indéniablement un pilier définissant le nouveau Black
Metal. Le groupe s'est embarqué dans une telle recherche d'un absolu, c'est comment dire, une célébration de la vie, une quête de la beauté, l'envie de la perfection musicale. Mais avant de m'embarquer dans des considérations ésotériques je ferais mieux de poser une analyse factuelle.
Les chansons sont, conformément au style, longues et dépassent sans problème la barre des 8 minutes à part les deux instrumentales. La production est comme je les aime, ni trop sale ni trop propre. Ça grésille mais n'en donne que de la force, chaque instrument est très audible, à part la basse, éternelle grande absente (sauf si l'on excepte la dernière piste, où l'instrument ose se lâcher dans une section directrice particulièrement réussie). La guitare rêche et puissante est clairement la reine de l'oeuvre. Tout y passe, les accords entraînants bien classiques, des trémolos agressifs, des arpèges dissonants limites dronesques par moment, des mélodies clean ou simplement des pièces acoustiques de toute beauté. Et personne ne pourra m'enlever ceci, les parties acoustiques de ce disque sont les plus émouvantes, mélancoliques et belles que j'ai jamais écouté sur un album qui se veut un tant soit peu mélodique. Écoutez "...With a Warm Recollection" ou l'incroyable "A
Night That Ends, As all
Night Ends, When the Sun Rises" et vous comprendrez de quoi je parle. Impossible de ne pas avoir des frissons à l'écoute de ce combo gratte sèche/percussion traditionnelle. En effet
Skagos nous fait donc découvrir un élément folklorique autre que la flûte, l'accordéon et consœurs. Quelque chose qui sonne amérique (essayez la deuxième partie de "Caliginosity").
Juste une "ballade", un feu, des pensées qui s'égarent dans la forêt...
La batterie est comme je l'aime, sachant s'effacer, sachant calmer le jeu quand l'ambiance s'y prête, mais n'hésitant pas à blaster fréquemment ou partir dans des doubles et jeu de pédales diablement excitants ("Blossoms
Will Sprout From the
Carcass"). Le jeu de cymbales est également varié, ça fait plaisir, le batteur sait se servir pleinement de son kit pour convenir à l'atmosphère. Et comme susmentionné, l'usage de percussions à main accompagne à merveille certaines parties posées. Le chant quant à lui est assuré par les deux larrons et nous propose un son rêche, triste mais violent, quelques fois agrémentés de rares voix claires. Rien de particulier ici, chant black classique même si le tout est de bonne facture. D'épisodiques pianos et violons viennent compléter le tout, pour des passages magnifiques.
Ainsi donc cela part un peu dans tous les sens l'on pourrait croire, mais non l'ensemble est cohérent. Juste diversifié entre chaque piste, ce qui je trouve est une force. Aucune chanson ne se ressemble vraiment, certaines comme la seconde sont plus comment dire classiques, d'autres transpirent l'inspiration folklorique, et certaines comme "Caliginosity" (Oui j'aime parler de ce titre, le seul qui ne fasse pas 3 kilomètres!) pourraient être signés WITTR sur quelques parties, discordantes, dissonantes, puissantes, brillantes. La cohérence intrinsèque des chansons est respectée ça c'est certain.
Alors qu'est-ce qui en fait un album si bon? Peut-être les fait que tous les ingrédients soient si savamment dosés et mélangés. Peut-être que l'amour de la musique a poussé ces deux êtres à proposer des thèmes aussi magnifiques et recherchés. Même dans la simplicité, la mélodie est juste enivrante. Peut-être est-ce donc le fait qu'ils réussissent à capturer des atmosphères aussi belles. Comme avec les chansons longues de qualité, chaque thème, chaque partie est savamment calculée pour convenir à l'ensemble, préparer au riff suivant, en respectant le précédent. Je n'en sais rien, je pense que cet album est comme une femme, il ne faut pas s'attarder sur le bleu d'un oeil ou la courbe d'une lèvre, mais sur le tout. Il faut tout écouter, car chaque thème est une pièce de puzzle pour se retrouver transporté dans une forêt vierge de la main de l'homme.
Ce dont je suis persuadé par contre, c'est que ce groupe et ses compères Cascadiens forment le futur. Je vous le dit, réussissez à apprendre les titres et vous brillerez en société plus tard.
Plus tard quand le monde aura su reconnaître la force de ces talents. J'ose, oui, c'est déjà culte.
En attendant, n'ayez pas peur, régalez-vous.
WITTR, Ulver et Agalloch réunis, tu m'as vraiment intrigué là !!!
Merci pour ta chronique.
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