Nouvel entrant dans l'antre power symphonique à chant mixte, ce quintet étasunien originaire de Nashville dans le Tennessee affiche dores et déjà une sérieuse détermination à en découdre ! En effet, sorti de terre en 2023, le combo sortira ses deux premiers singles («
Warrior of the Night » et «
Nectar of the Gods ») moins d'un an plus tard ; il s'agit là de deux des cinq pistes de leur introductif et présent EP, «
Ascension », sorti dans la foulée chez le discret label étasunien
Eclipse Records. Ce faisant, quelles seraient les atouts de ce set de compositions pour espérer voir nos cinq belligérants opposer une farouche résistance face à l'âpre concurrence dont ce registre metal continue de faire l'objet ?
Plus encore, les 22 brèves minutes de la galette constitueraient-elles un arsenal suffisamment efficace pour faire du vaillant collectif nord-américain un sérieux espoir du-dit registre ?
Préalablement à l'analyse de l'oeuvre, une présentation de l'équipage de la goélette s'impose. Nous y accueillent de concert : Bettie Floyd et Adam Sanders – un duo à chant mixte en voix claire –, Joey Grimaldi aux guitares et à la production, Dave Hale à la basse et Ryan Metroka derrière les fûts. De cette fraîche collaboration émane un propos power mélodico-symphonique à la fois éminemment rayonnant, souvent enjoué, parfois pimpant et un brin romantique, imprégné des vibes de sources d'influence aussi éclectiques que
Visions Of Atlantis (VOA),
Ancient Bards,
Xandria et
Delain. Produit, finement enregistré et mixé par Joey, et mastérisé – tout comme pour
AfterTime, Lycania ou encore Ice Giant –, par
Jack Kosto, le guitariste et producteur de
Seven Spires, ce premier élan ne souffre que d'infimes sonorités résiduelles tout en octroyant une belle profondeur de champ acoustique. Il ne nous reste plus qu'à suivre nos flibustiers dans leurs pérégrinations marines, dans le secret espoir de déceler quelques terres d'abondance sur notre route...
Si c'est au cœur d'une mer houleuse que s'effectue le plus clair de la traversée, cela n'ira pas sans sémillants arpèges disséminés çà et là. Ce à quoi nous sensibilise, tout d'abord, « Ride of the Valkyrie », fougueux up tempo power symphonique aux riffs rageurs et au martelant et inaltérable tapping, au croisement entre VOA et
Ancient Bards ; se calant sur une ligne mélodique des plus enveloppantes, doté parallèlement d'un refrain catchy mis en exergue par deux vocalistes bien habités et en parfaite osmose, et recelant un fuligineux solo de guitare à mi-morceau, le ''tubesque'' effort pourrait bien laisser quelques traces indélébiles dans les mémoires de ceux qui y auront plongé le tympan. Dans une même dynamique mais nous immergeant dans une ambiance un poil plus festive, «
Nectar of the Gods », lui, nous place au cœur d'un jovial élan aux relents folk, où la seule et fluide empreinte vocale d' Adam est convoquée. Cet étourdissant effort ainsi constitué poussera à n'en pas douter à un headbang bien senti et quasi ininterrompu.
Dans une énergie similaire, mais dans une veine metal symphonique pure, d'autres offrandes pourront à leur tour se jouer de toute tentative de résistance à leur assimilation. A commencer par « The Maiden », tonique et vibrant méfait aux riffs crochetés adossés à une sanglante rythmique ; n'ayant de cesse de nous asséner de puissants et féroces coups de boutoir et mis en habits de lumière par nos deux vocalistes patentés, le pulsionnel et engageant manifeste au carrefour entre VOA et
Xandria génère une énergie aisément communicative. Dans ce sillage, on ne saurait davantage éluder l'impulsif et luxuriant «
Warrior of the Night », au regard de ses couplets bien customisés, relayés chacun d'un entêtant refrain encensé par les chatoyantes empreintes de nos deux tourtereaux, et de son pénétrant solo de guitare. Sans doute le masterpiece de la menue rondelle.
Quand ils en viennent à nous prendre par la main pour nous emmener en des espaces plus tamisés, nos compères s'y adonnent avec une infinie délicatesse. Ce qu'illustre « Empty », ballade romantique jusqu'au bout des ongles et fortement chargée en émotion, que n'auraient sans doute reniée ni
Delain ni
Xandria ; eu égard à l'infiltrant cheminement d'harmoniques qu'elle nous invite à suivre et qu'empruntent seules les angéliques oscillations de la soprano, la tendre aubade aux airs d'un slow qui emballe aspirera assurément le pavillon de l'aficionado de moments intimistes. Et ce n'est pas le poignant solo de guitare décoché à brûle-pourpoint qui nous déboutera de l'instant privilégié, loin s'en faut.
A la lecture d'une galette aussi solaire que troublante, force est de reconnaître que le combo nord-américain signe là une œuvre forte et sensible, susceptible de nous aspirer dans la tourmente sans avoir à forcer le trait. En raison de l'exiguïté de son format, l'absence d'exercices de style souvent requis dans ce registre metal (instrumentaux, fresques...) pourra cependant frustrer un tympan déjà familiarisé avec les vibes des maîtres inspirateurs de la troupe. Bénéficiant néanmoins d'une qualité de production que pourraient leur envier bien de leurs pairs, d'un potentiel technique réel et judicieusement exploité et de la féconde inspiration mélodique de ses concepteurs, la menue rondelle n'aura pas tari d'armes pour asseoir sa défense et se jouer des nôtres. C'est dire que nos cinq acolytes disposeraient là de leur sésame leur permettant dores et déjà de jouer dans la cour des sérieux espoirs de cet espace metal. Bref, une entrée en matière sur des chapeaux de roue pour la formation étasunienne...
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