« L’important ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage. ». Si vous êtes nés dans les années 80 et que vous vous intéressez un minimum au cinéma français, cette phrase ne vous est forcément pas inconnue. Et pour le coup, cela fait maintenant sept ans que l’on regarde les hommes tomber, et ma foi, on ne se lasse pas du spectacle : force est d’ailleurs de constater que cette troisième gamelle du pitoyable genre humain, désormais servie par Season of
Mist, est toujours aussi délectable.
C’est un fait, le combo nantais ne surprend plus, peaufinant un art désormais parfaitement rôdé, toujours plus mature et professionnel. En effet, de l’artwork à la mise en son,
Ascension est un album soigné à l’extrême, offrant 46 minutes d’un metal sombre, émotionnel et à fleur de peau aux ambiances très travaillées. Pour ceux qui auraient deux trains de retard et qui n’auraient encore jamais posé une oreille sur l’album éponyme de 2013 et
Exile (2015),
Regarde Les Hommes Tomber évolue dans une sorte de post black metal particulièrement lourd et sombre, et sur ce troisième album, les cinq ont réussi une sorte de synthèse de ce qui se fait de mieux dans le style depuis maintenant une quinzaine d’années.
Ascension se vit comme une seule longue composition tiraillée entre violence et mélancolie (The
Renegade Son et cette fin céleste aux mélodies saisissantes), et proposant quelques rares éclaircies et apaisements dans un magma d’émotions négatives et douloureuses.
Malgré l’aura de désolation que ces guitares moroses entraînent dans leur sillage, l’ensemble reste transcendé par cette espèce de grâce impalpable propre au style lorsqu’il est justement exécuté avec l’âme et le cœur, baignant certains titres dans cette noirceur lancinante et belle (Stellar
Cross exhalant cette noblesse suintant de désespoir, le court instrumental La
Tentation). Peut-être moins terrassant que par le passé et un peu plus atmosphérique, ce nouvel album fait toujours la part belle aux guitares, qui tissent ce canevas de notes hypnotiques tantôt calmes tantôt rapides et exaltées, tandis que la basse gronde par intermittences (elle est malheureusement nettement moins audible que sur
Exile) et que R. R. rythme le tout avec talent, déployant un jeu fourni qui confère selon les instants pesanteur sélénite, touches aériennes ou ambiance presque tribale (le break dès 1,56 minutes de A New Order, la fin de The Crowning).
Les rythmes et les humeurs sont changeants, entre ces plages cérémonielles aux arpèges insidieux et aux dissonances vénéneuses qui rappellent la mouvance orthodoxe histoire de conférer une aura encore plus ténébreuse et mystique à l’ensemble (l’intro de The Crowning, The
Renegade Son, avec ce chant clair incantatoire), blasts massifs et puissants (A New Order, le fin de The
Renegade Son, Au Bord du Gouffre) et les passages plus lents et tortueux, souvent empreints de cette lourdeur doom poisseuse. Rien de nouveau chez les Français me direz-vous, c’est vrai, mais un art plus que jamais maîtrisé dans ses moindres nuances et contrastes musicaux, moins direct et brut qu'auparavant, et offrant une palette d’émotions variées parfaitement déclinée en mille et une teintes s’étalant du gris pâle au noir le plus total.
Pour parachever le tout, la voix de Thomas est toujours aussi expressive, tantôt terriblement arrachée tantôt plus rauque, emplie de souffrance et de désillusion, vibrante de colère et de haine, paradoxalement très humaine dans ses accès les plus extrêmes, achevant de nous entraîner au trente-sixième dessous.
Voilà donc un troisième album très réussi, proposant une légère évolution vers quelque chose de plus atmosphérique, complexe et nuancé mais imposant une recette toujours aussi savoureuse. Proposant un metal moderne habité et puissant à la profondeur et à la noirceur abyssales,
Ascension vient clore avec brio la trilogie entamée ans sept ans plus tôt avec le premier album éponyme. A croire que c’est finalement dans la chute que l’Homme s’élève le plus…
Ce groupe fait vraiment partie du trio absolu quand je fais découvrir le Black français, avec Céleste et Deathspell Omega.
Un superbe album, comme d'habitude !
Totalement d'accord avec la chronique. Surement celui que je préfère, peut-être le plus accessible au niveau des riffs et de la production mais c'est la nature des vocaux qui me plait le plus. Incantatoire, on dirait une déclamation prophétique quasiment tout le disque et ça lui donne un caractère vraiment unique, même si des compositions comme A New Order ou Renegade Song sont un peu plus accessible. Le final Au Bord du Gouffre est génial, terminé justement par le patronyme du groupe hurlé...ça résonne dur, encore plus avec l'actualité du moment. J'espère voir ça au Hellfest (je les avais vu en 2013 au Motocultor avec l'ancien chanteur ..).
Ecouté 2 fois, pas très convaincu pour le moment. Non pas que l'album soit mauvais, mais l'orientation plus black commencée sur Exile me plait moins. C'est plus direct, moins "lourd". Au niveau du chant l'idée est bonne, mais j'aurais préféré moins d'effet sur la voix, un son plus brut qui fait ressortir toutes les nuances de ce chant délamatoire (ici noyées dans la réverb').
Bref, sympa mais je préfère l'ambiance plus lourde et désespérée du premier. Ici ça commence vriament à ressembler à du post-black plus "standard".
RLHT semble clore sa trilogie par un BM moderne et accessible, peut-être l'album par lequel on pourrait commencer pour regarder les hommes tomber. Je le trouve moins ennuyeux que les précédents car sans doute moins avant-gardiste ou post-black. Un album cérémonial, incantatoire, une réussite pour moi et une bonne surprise de la part de ce groupe hexagonal. Bonne chro, mais note un peu sévère !
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire