Prudence est mère de sûreté, dit-on. Un adage suivi à la lettre par ce groupe de metal symphonique à chant féminin français fondé par le batteur et orchestrateur Eric Palumbo (Aember) !
Sorti de terre en 2022, et aux fins d'un travail en studio des plus minutieux, le combo ne réalisera son premier single, «
As Night Descends », que deux ans plus tard ; un rayonnant effort en guise de message de bienvenue, auquel en succéderont deux autres de même acabit : «
Stabat Mater Dolorosa », en septembre 2024, suivi de «
One by One », un an plus tard. Impulsé par une plus sérieuse envie d'en découdre, le collectif nous livre dans la foulée son premier et présent EP, «
As Night Descends », auto-production où quatre pistes, dont les trois sus-mentionnées, se dispatchent sur un ruban auditif de près de 22 minutes. Ce faisant, nos valeureux gladiateurs disposeraient-ils d'un arsenal artistique et technique défensif suffisant pour espérer guerroyer efficacement dans cette arène metal peuplée de redoutables opposants ?
Plus encore, ce set de compositions constituerait-il dès lors leur rampe d'accès au rang de sérieux espoir de ce si couru environnement musical ?
Dans ce dessein, Eric Palumbo a sollicité et savamment conjugué les talents de Willdric Lievin (
Fairyland,
Hamka) et Pierre Deprugney aux guitares et de Vincent ''Vinz'' Camacho (Aember, Edensands) à la basse ; sans oublier l'ensorcelant filet de voix de la mezzo-soprano canadienne Tanya Stanishich. Avec le concours, pour l'occasion, de la chanteuse aux chatoyantes inflexions Ambre Vourvahis (
Xandria) et de
Roland Grapow (
Masterplan, ex-
Helloween) à la guitare – des invités de marque, s'il en est – nos cinq compères nous plongent au cœur d'un espace metal mélodico-symphonique à la fois volontiers solaire, souvent épique, un brin romanesque, où les sources d'inspiration sont à chercher dans le patrimoine compositionnel de
Nightwish,
Amberian Dawn (première période),
Dark Sarah et
Xandria, la petite touche personnelle en prime.
Par ailleurs, coécrites par Eric Palumbo et Tanya Stanishich, et suivant un fil conducteur qui en a défini le contenu, les paroles ont fait l'objet d'une attention particulière. Ainsi,
Aria Blake – du nom d'une orpheline de 12 ans admise dans un pensionnat pour jeunes filles régi par des nonnes – nous conte précisément les aventures de cette dernière ; une histoire à la fois palpitante, énigmatique et anxiogène se déroulant au début de l'année 1945, dont ne nous sont octroyés que quelques-uns des chapitres concoctés par nos fines plumes. L'inspiré quintet interpelle également par le soin apporté à sa production d'ensemble : mixé et mastérisé – tout comme pour
Anthropia,
Kerion ou encore
Wildpath – par Willdric Lievin, le méfait fait montre d'une péréquation de l'espace sonore entre lignes de chant et instrumentation tout en dévoilant une saisissante profondeur de champ acoustique. Tous les voyants seraient donc au vert pour qu'une réjouissante traversée dans cette mer limpide à la profonde agitation intérieure nous soit promise...
C'est sur une cadence effrénée que s'effectue le plus clair de la croisière, non sans laisser quelques traces indélébiles dans les mémoires de ceux qui y auront plongé le tympan. Ce qu'atteste, tout d'abord, «
As Night Descends », up tempo metal symphonique classique aux riffs crochetés, à mi-chemin entre
Nightwish et
Amberian Dawn. Nous narrant la première nuit passée par l'orpheline dans l'établissement, une nuit d'orage, et sa rencontre avec les enfants fantômes quand elle sort de sa chambre, cet épisode s'avère aussi troublant que pénétrant ; glissant le long d'une radieuse rivière mélodique, doté de chœurs samplés du plus bel effet et à l'opportun positionnement, et pourvu d'un refrain immersif à souhait mis en habits de lumière par un duo au firmament, unissant alors les cristallines impulsions de la frontwoman et les troublantes ondulations d'Ambre Vourvahis, le ''tubesque'' mouvement poussera assurément à une remise en orbite sitôt la chute finale amorcée.
Tout aussi haletants et galvanisants, deux autres espaces d'expression auront toute leur raison d'être. Ainsi, consacré à la confession de Mater Dolorosa, la mère supérieure de l'établissement, le pulsionnel et ''xandrien'' «
Stabat Mater Dolorosa » dissémine de virulents et inaltérables coups de boutoir, de sémillants arpèges d'accords ainsi qu'un flamboyant solo de guitare, signé
Roland Grapow ; mis en exergue par les frémissantes oscillations d'une interprète bien habitée et recelant des arrangements instrumentaux aux petits oignons, le fringant élan ne se quittera qu'à regret. Par ailleurs, relatant la venue des jeunes filles à Scarlet Falls – l'orphelinat –, « The Haunting of Scarlet Falls » se pose, lui, tel un chevaleresque et pulsionnel manifeste au léger tapping, que n'auraient sans doute renié ni
Dark Sarah ni
Xandria. Encensée à son tour par les magnétiques médiums de la sirène, l'épique plage générera à n'en pas douter un headbang bien senti et quasi ininterrompu.
Quand elle en vient à ralentir un tantinet le rythme de ses frappes, la troupe parviendra non moins à aspirer le pavillon du chaland sans avoir à forcer le trait. Ce à quoi nous sensibilise «
One by One », entraînant mid tempo dans le sillage d'un
Nightwish des premiers émois. Selon Eric Palumbo, il s'agit-là de ''la légende des lieux dont
Aria e eu vent par sa nouvelle amie Lilly'' ; une enivrante offrande que l'on retiendra tant au regard de l'infiltrant cheminement d'harmoniques qu'elle nous invite à suivre que pour son enveloppante sente mélodique, où se calent les célestes modulations de la diva. Et ce ne sont ni son fuligineux solo de guitare ni ses grisantes rampes de claviers, dignes d'un «
Century Child », le quatrième album full length de
Nightwish, qui nous débouteront davantage de ce hit en puissance, loin s'en faut.
Résultat des courses : au terme d'une traversée des plus captivantes, instillée d'une charge émotionnelle difficile à endiguer, où de frémissants harmoniques ont pour corolaire une empreinte vocale éminemment pénétrante, le désir d'une remise du couvert guettera non seulement un tympan déjà familiarisé avec les vibes des maîtres inspirateurs du combo mais aussi, et plus largement, le féru de metal symphonique à chant féminin lyrique. Se dessine alors un bouleversant mouvement à l'ingénierie du son coulée dans le bronze, recelant une technicité instrumentale bien rodée mais nullement ostentatoire et des lignes mélodiques des plus efficaces, renvoyant à la féconde inspiration de leurs auteurs. Si l'exiguïté du format de la galette tend à limiter l'offre en matière d'exercices de style et si les prises de risques s'avèrent encore timides, tant les qualités d'écriture que la finesse des arrangements dispensés sauront combler ces relatives carences. Bref, un premier essai aussi solaire et puissant que pétri d'élégance, susceptible de placer dès à présent le quintet français parmi les sérieux espoirs de son espace metal d'affiliation. Affaire à suivre, donc...
Merci infiniment pour cette superbe chronique Eric !!! (Eric et Aria Blake)
Merci pour cet élogieux retour! Une belle surprise que cet introductif EP, qui, je l'espère, n'est que le premier épisode d'une aventure au long cours. Dans l'attente d'un album full length...
Ah oui, promis !! Nous travaillons sur la finalisation de l'album que nous espérons sortir courant 2026 !
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