Pas plus loin qu'en 2008, avec l'étrange "Color Lines", le quintet méconnu des
Circle of
Contempt laissait entrevoir un potentiel manifeste, et le peu d'auditeurs qui eurent la chance d'y tendre une oreille obtinrent satisfaction dès l'année suivante avec
Artifacts in Motion.
Perpétuant un art relativement atypique en terres scandinaves,
Circle of
Contempt n'aura pas guetté longtemps l'arrivée d'un mécène digne de ce nom. Ce n'est autre qu'un des labels les plus réputés et sélectifs de la sphère deathcore qui subodora le filon, j'ai nommé Sumerian Records (encore eux!). Tout juste issus du lycée et trois ans après leurs débuts, nos cinq amphions se virent ainsi catapultés parmi la fine fleur du genre, les rares qui parvinrent à se hisser au-delà de la platitude tendancielle du deathcore américain.
En plus de confirmer l'indéniable talent des graphistes "sumériens", la couverture dévoile un avant-goût du contenu. L'aspect nitescent qu'on retrouve notamment dans
Scour the Sharpside y est joliment exprimé. De quoi faire débuter l'écoute sous les meilleurs auspices.
Les premières minutes de l'ouvrage viennent confirmer ces derniers, en y joignant un des piliers de l'œuvre : la puissance. Une puissance certainement incomparable à la brutalité du death ou à la violence du hardcore. Une puissance qui jaillit cristalline et qui bien qu'incroyablement percutante, caresse les sens par sa froideur aérienne. Une puissance qui se fracasse sur le crâne de l'auditeur comme pluie de rocs polis.
Aussi déchaînées que sophistiquées, les compositions donnent de temps à autres le sentiment d'avoir affaire à des improvisations, lors des passages plus frénétiques. La véhémence de ces dits passages se trouve rapidement sublimée par de lentes et mélodieuses ornementations, qui confèrent à l'ensemble toute son altitude. Cette capacité à ponctuer l'œuvre de synthétiseur en se gardant de tout abus représente un des atouts fondamentaux du groupe, elle fait toute la différence entre une musique décousue et la leur, tant harmonieuse que subtile.
Il est clair que l'influence meshuggesque peut rapidement sauter aux oreilles. Cela dit, les procédés déstructurés des suédois me semblent moins avoir été singés que mis à profit vers des perspectives insoupçonnées. C.O.C se distingue ainsi des légions de sous-plagiaires rémunérés qu'il eût été bien plus facile de rejoindre, en cette période prospère du metalcore bâclé. Ça sent le travail, le travail bien fait, et c'est tout à leur honneur.
La virtuosité des instrumentistes est déterminante dans l'exécution de structures aussi complexes, le plus impressionnant d'entre eux étant sans doute le batteur JP Kaukonen, dont la frappe vivace échappe à toute linéarité, et que la production a judicieusement valorisé. Loin de là, sempiternels blast beat et autres doubles pédales ininterrompues.
Quant aux guitaristes, leurs aptitudes sont rudement mises à l'épreuve, beaucoup plus sur le plan rythmique que mélodique, et ce malgré le magistral solo de
Nothing Imminent.
Le groupe démontre ici un professionnalisme exceptionnel pour son jeune âge, en refusant de céder à la facilité. Il bannit formellement tout excès, comme s'il était l'œuvre de vétérans (ils n'ont pas plus de vingt ans) qui savaient par réflexe quand insister, et quand s'abstenir. Habilement ciselée,
Artifacts in Motion est une oeuvre homogène, créative, et ravira tout particulièrement les oreilles sensibles aux travaux d'After the
Burial et autres semblables. Il m'est difficile d'énoncer la moindre lacune, tant
Circle of
Contempt semble être allé jusqu'au bout de sa logique. En substance, un premier album plus que prometteur.
(Mention spéciale pour leurs performances sur scène, tout aussi impeccables qu'en studio.)
À écouter, et à surveiller.
Je viens de découvrire ce groupe et j'en suis déja fan !
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