Généralement, quand tu choisis de chroniquer le nouveau skeud d’un groupe estampillé électro black, tu t’attends à t’enfiler un truc dansant et décadent à la fois, le genre de son à la fois imparable et un peu kitschouille sur lequel tu te trémousses en secouant la tête avec un plaisir coupable. J’avoue donc qu’en me penchant sur le cas de Trollheim’s Grott – que je ne connaissais pas avant la réception de cette promo - et en lisant de ci-de là sur la toile que leur dernier album en date faisait dans le techno metal, je pensais tomber sur un truc du genre, ce qui pourrait constituer une respiration sympa entre deux albums de black plus méchant et sérieux. Pour le coup, je me suis méchamment planté, conséquence, mes oreilles sifflent encore et je suis toujours en train de chercher mes dents suite à l’uppercut de taille que ce
Aligned with the True Death m’a mis dans la gueule.
J’aurais dû pourtant m’en douter :
Bloodsoaked and Ill-Fated est sorti en 2003, et en quinze ans, logiquement, il peut s’en passer des choses ; d’ailleurs, la signature des trolls finlandais sur World Terror Committee, qui n’a pas vraiment l’habitude de faire dans le dansant, aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Et effectivement, dès la première piste éponyme, ça martèle sec : disparus les relents électro, cette nouvelle livraison nous sert 44 minutes de black metal pur et dur. Les guitares sont tranchantes, le son très froid et clinique, la basse claque comme un fouet et la batterie, impériale et millimétrée, dote le tout de cette aura martiale et élitiste qui évoque avec délices le bruit des bottes et l’ombre des képis. Après une sorte de bruit de vortex qui enfle, les enceintes crachent un riff qui chauffe gentiment la nuque, et sg.7 lâche un gros « Ough ! » bien velu qui lance ce rythme dansant et mécanique avant qu’un bon blast qui va bien ne nous pète à la gueule, enrobé de ces petites harmoniques mélodiques imparables qui viennent composer un refrain parfait. Non, y a pas à dire, les Finlandais savent y faire, et cet opener sait alterner habilement parties groovy et rentre-dedans, réussissant à se faire à la fois entraînant, brutal et mélodique, si bien que ces 7,33 minutes passent très vite. Le résultat est très carré, froid, avec quelques relents d’indus sur les rythmes dans les sonorités ainsi que sur les rythmes les plus robotiques, mais c’est définitif, les gothopoufs ont bel et bien quitté le dancefloor.
D’ailleurs, si ce n’était pas le cas, le début très mardukien de
Deathless Form s’en serait sûrement chargé : blasts hyper rapides et infatigables, allers retours de gratte hystériques, chant d’ours bourré qui dégueule sa haine, c’est la guerre totale, et on a du mal à imaginer que quinze ans auparavant, sur des titres comme Exact Answers and Syndicate Solutions, le trio nous a fait danser. Bon, certes, plus tard, il y a des ralentissements de tempo, mais les mid ne sont pas reposants pour autant, instaurant une ambiance glauque et menaçante où la double prend souvent la relève. La performance de LRH à la batterie est impressionnant de rapidité et de précision et, couplée à ce riffing saccadé et chirurgical empli de dissonances et à ce son glacial, contribue à instaurer cette lourdeur indus et mécanique qui déshumanise encore davantage la musique du groupe. Ainsi, l’instrumental
Twilight dégage cette ambiance d’usine désaffectée avec ces voies distordues et samplées, et le schizophrénique LXFR nous balade dans un paysage psychotique et dévasté, avec ces mélodies de guitares désespérées et ce mid tempo mélancolique qui dominent entre deux salves de blasts féroces.
Pour conclure,
Aligned with the True Death est un album de black dévastateur à la vitesse et à la force de frappe plus qu’honorables, qui nous plonge dans un monde de décadence post apocalyptique en alternant blasts et mid tempi au sinistre goût de metal. Rien de très original dans cette galette, certes, mais une efficacité et un savoir-faire à toutes épreuves qui devrait plaire aux amateurs de black moderne et froid et à tous ceux qui apprécient des groupes comme le récent
Marduk,
Ad Hominem, ou
Absentia Lunae.
Dites, vous vous rappelez ce que vous faisiez il y a quinze ans ? Vous dansiez ? J’en suis fort aise. Et bien, crevez maintenant !
Le description que tu fais est fort intéressante, je vais aller m'écouter ça dès que possible !
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire