En Grèce, ça ne va pas fort. Ce pays de méditerranée connu pour son bon vivre et ses armateurs est aujourd’hui en train de basculer dans le chaos et le marasme économique. Quelle est loin la période où Grèce rimait avec splendeur. Ça remonte en fait à l’antiquité, au temps des Homère, Platon, Périclès. Alexandre aura été le dernier grand hellène a placer cette nation au sommet de toutes les autres, par ses conquêtes, son audace, sa bravoure. La Grèce actuelle déboussolée appelle de ses vœux un nouvel Alexandre. «
Sacred Blood », formation de heavy metal épique, s’attaque à faire revivre la fibre patriotique quatre ans après son volume « The Battle of Thermopylae: The Chronicle », un premier opus assez maladroit et de mauvaise qualité sonore. C’est sans véritable attente de la part du groupe de Polydeykis que nous nous attelons à l’écoute de ce « Alexandros ». L’effet de surprise n’en sera que plus grand. Comme Darius nous aurons sous-estimé notre adversaire.
Dès l’introduction « The
Warrior’s Scion », on prendra dimension de la pièce, de la grandiloquence musicale et du grand soin accordé à la production par le sieur Vangelis Yalamas, qui apporte aussi son aide en tant que guest aux claviers et à la basse. Cornemuse, lyre et percussions martiales viennent appuyer une narration tout en fermeté, dans une ambiance guerrière et cuivrée. On sent là tout le doigté et la profondeur musicale de Polydeykis, ayant participé assez activement au projet folk metal «
Folkearth ». Cette première bonne impression se vérifie juste après avec un vrai titre à part entière: « The
Bold Prince of Macedonia » en impose par sa rythmique lourde et ses sons cuivrés, sorte de croisement entre «
Manowar » et «
Virgin Steele ». Le heavy épique, en globalité passif, si on exempte la petite sortie mélodique juste avant le dernier tiers de piste, se voit ici accommodé d’un chant rugissant quelque peu éprouvé de la part d’Epeios Focaeus, puisant ses influences chez Eric Adams et David DeFeis avec retenue. Par rapport à ces deux chanteurs, Epeios serait plus limité au niveau de sa voix. Il en aurait pleinement conscience en évitant toute frasque ou décalage par rapport à la musique. Sa position serait donc en globalité plus retranchée.
Ce n’est donc pas du côté du chanteur que l’on dénichera les prestations les plus spectaculaires et éclatantes. Pourtant celui-ci se défend ardemment, prenant même une place d’envergure sur la marche guerrière « Marching to
War ». Il n’aura pas trop de difficulté à se faire entendre au dessus de cette rythmique saccadée, lourde et soumise. Une forme brutale froide disciplinée qui serait ainsi guidée par une tête pensante. Une certaine rigidité musicale se relèverait de nouveau pour «
Death Behind the Walls ». Encore ces riffs musclés et saccadés qui laissent le chant prendre les devants. C’est toutefois suffisamment puissant et persuasif pour se laisser embarquer. Cela se montrerait encore plus imparable quand on en vient à « The Battle of the
Granicus », retraçant la première victoire importante entre les macédoniens et l’armée perse. Le titre nous fait partager les instants de bravoure, l’impétuosité d’un jeune chef hors du commun qui n’hésitait pas à se lancer seul éperdument dans la bataille. Nous retenons là un ton exalté, épris et vigoureux. Des éléments essentiels pour procurer à tout auditeur du panache et du courage.
Oui! L’album vise avant tout à stimuler, à s’éprendre d’une musique intense à la gloire d’un des plus grands conquérants de l’Histoire. C’est sans doute pour promouvoir l’aspect grandiloquent du produit, qu’ils se sont permis d’ajouter un bon dosage symphonique, des airs cuivrés obsédants que l’on observe sur les titres «
Battlefield Aenaon » et « Ride
Through the Achaemenid
Empire ». Le dernier morceau cité fait une très grande impression pour la qualité de son refrain et de ses riffs. Il comptera parmi les souvenirs les plus mémorables de la galette. Celui-ci aura été introduit par un petit interlude à forte dimension symphonique, « The
Apotheosis of Alexander », qui nous aura fait songer en à peine quarante secondes à du «
Fairyland ». Il est à noter que ce disque « Alexandros » est perlé de nombreux de ces interludes, d’essence différente afin d’apporter en diversité. Ainsi, la pénombre inquiétante dégagée par «
Phalanx Invicta » ou l’outro « Legends
Never Die » n’a rien à voir avec celle harmonieuse et radieuse de « Golden
Shields in the Sky ».
Certains morceaux particulièrement courts, seraient à mi-chemin entre l’interlude et l’authentique morceau. C’est vrai pour la ballade « New
God Rising » reposant sur une majeure partie de piste folk et acoustique. C’est encore plus vérifiable pour le divin «
Heart of the
Ocean » usant du chant féminin et des sonorités naturelles de la mer. Deux instants où la musique folklorique se verra entièrement consacrée. Du coup on en vient à aborder un « Before the
Gates of
Ishtar » qui n’a rien à envier à «
Korpiklaani ». Une festivité folk metal avec accordéon et cornemuse à la manœuvre, qui tranche nettement avec le restant offert par l‘album. On aurait pu s’attendre à une nouvelle surprise folklorique avec « Macedonian Force ». En effet, la sérénité de son entame faite de percussions et de flute, nous ramènerait aux profondeurs de l’antiquité. C’était sans compter la déferlante heavy metal qui supplanterait ces prémices captivantes.
Le basculement économique de la Grèce ne doit pas nous faire oublier ses richesses passées et à venir. La montée en puissance du groupe «
Sacred Blood » pourra interloquer ceux qui l’auront déjà croisé à travers le très modeste opus « The Battle of Thermopylae: The Chronicle ». Un énorme fossé sépare « Alexandros » et son précédent. On devine l’énorme travail de la bande de Polydeykis pour parvenir au résultat de ce présent album concept. Alexandre le Grand, l‘idole des hellènes, aura eu un brillant hommage metal à sa personne. Cet opus tendra à nous prouver qu’il reste encore de la fierté et un peu du soleil d’Alexandre dans chaque cœur grec.
15/20
Pour ma part une bonne découverte.
Et très bonne chronique !
Merci bien ^^
Sinon superbe chronique !
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