Aika est la première sortie du projet
Oraku. Officiellement, c'est une démo. A l'écoute, on se rend pourtant compte que c'est bien plus qu'une simple démo.
Six morceaux d'ambient atmosphérique nous plongent dans un univers délicat, où les mélodies sont à peine effleurées, juste tracées avec un pinceau sonore sobre et juste. Sur
Aika,
Oraku (qui est à la fois le nom du projet et celui du compositeur derrière) se sert d'instruments folk japonais et du clavier occidental pour distiller une fine alchimie musicale. En quoi consiste-t-elle ?
Les notes d'
Aika sont subtiles et déliées. Il s'agit d'un album-concept : d'après son compositeur,
Aika "raconte" l'histoire d'une rose oubliée dans un jardin. Effeuillée sous les doigts, une pétale donne un parfum d'un rouge délicat. Toucher un papillon donne à peu près le même résultat, en plus fragile encore. Faites-le et vous verrez vos doigts couverts d'une poudre fine !
Oraku, dont le symbole s'inspire d'un papillon, officie sur ce plan-là. Les morceaux d'
Aika expriment parfaitement, tout en musique, la finesse des vents passant au ras du sol, d'une pluie d'été arrosant la rose abandonnée ou d'un rayon de soleil se posant sur elle un instant.
Les airs joués sont simples, mais pas ennuyeux : ils se suivent sans se ressembler, on entend ça et là des notes d'instruments variés. Parfois, on croirait entendre une procession mystique, par exemple avec le chant léger du cinquième titre ou ses tintements de clochette. C'est une musique toute en retenue, qu'on écoute de la même façon qu'on déguste un vin. On a l'impression d'écouter des essences, tant chaque note respire la simplicité et la délicatesse. Cette simplicité créée même la vacuité.
Pas dans le sens négatif : plutôt celui de potentialité, celui où tout peut arriver... Ainsi, à la fin de "Gozen", quelques notes brillantes d'instrument à corde semblent on ne peut plus belles, alors que l'air joué est des plus simples ! Cela grâce à tout l'air qui les a précédées, à la longue suite sensible qui s'est jouée d'un morceau à l'autre, mimant la vie de cette rose abandonnée, de ses perceptions vagues et obscures, d'une part infime mais pourtant bien réelle du Japon lui-même. Aucun bruitisme ici, mais une ambiance de tous les instants, aussi subtile que l'histoire dont
Oraku s'est inspiré. Si vous avez de l'imagination, ne soyez pas surpris de penser, au détour de certains moments, à un bonze, un Bouddha en pierre posé au bord d'un chemin ou simplement au vent qui court dans les fougères...
Pour une démo,
Aika est une véritable réussite. Une musique créatrice de vacuité, ce n'est pas courant, et pourtant, c'est ce à quoi on accède ici. Notes discrètes, univers sans cesse effleuré et à peine effeuillé,
Oraku distille ce qu'il veut avec une sobriété à couper le souffle.
Seul reproche, l'ensemble manque un peu de chant (on n'entend la voix d'Ombeline, la chanteuse, qu'au cinquième morceau), mais une rose a-t-elle besoin de longues tirades pour être exprimée ? Cette démo est un germe, une maîtrise inachevée mais latente, qui trouvera sans nul doute l'occasion de s'incarner réellement par la suite. Par exemple, dans
Momentum Mortis, et peut-être dans d'autres projets comme Seadem ou Elegya qui n'ont pas encore officiellement sorti d'albums mais qui ont pour point commun d'avoir le même compositeur derrière eux.
Comme la rose oubliée qui se fond dans l'humus, perdant son individualité pour redevenir terre parmi la terre, le talent d'
Oraku doit encore s'exprimer ailleurs en de prochaines occasions. On ne sera sûrement pas déçu !
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