C’est ce que semble implorer du regard la blonde amochée à son imposant bourreau, qui, d’ailleurs, n’est autre que le fameux
Gene Hoglan, tous muscles saillants, connu à l’époque pour son cataclysmique jeu de batterie chez
Dark Angel. Aurait-elle commis le moindre acte répréhensible ? Souhaite-t-elle plutôt expier ses pêchés ? Le simple fait de ne pas la trouver sur un bûcher aussi épais que les pectoraux du cagoulé sur cette photo signifie qu’aucun procès en sorcellerie ne l’a condamnée à la peine capitale. L’usage du peloton d’exécution pour cette époque, qui parait être le moyen-âge, ne semble pas être encore très répandu. Reste la hache, simple et rapide, au contraire de la corde, coiffée sur le poteau si j’ose dire pour l’équipement nécessaire à sa correcte mise en œuvre. Attend-elle la sentence suprême pour échapper à quelque chose ou quelqu’un ? Ne chercherait-elle pas à fuir la bande de cinglés de
Savage Grace par exemple ? Désormais coutumier du fait, le groupe revient en effet au cours de l’été 1986 avec une véritable tuerie de speed metal à laquelle il est bien difficile de ne pas succomber. La sauvagerie de leur musique a beau être distillée avec une certaine touche de grâce, elle n’en reste pas moins contagieuse au point de posséder corps et âme du premier venu.
Pas le temps pour la flânerie,
Savage Grace envoie du bois et accélère une fois de plus, dans sa quête supersonique du Saint-
Graal.
Force est de constater une première partie d’existence marquée par la vitesse et le mouvement perpétuel au sein du combo. Fondé en 1981 par deux californiens, Christian Logue, guitariste, et Brian « the B.East » East, bassiste,
Marquis de Sade va très vite changé de nom. Les deux amis optèrent pour
Savage Grace, nom désormais laissé libre par le groupe de Ron Koss, pionnier en matière de rock progressif dans la région de Detroit. Dès 1982, ils parvinrent à faire figurer sur la compilation
Metal Massacre 2 le titre « Scepters of deceit », avec Dwight Cliff au chant et Dan
Finch aux baguettes. Pour leur fabuleux EP «
The Dominatress » et première expérience discographique chez
Metal Blade records l’année suivante, Kenny Powell se joint au groupe en tant que second guitariste alors que John Birk fait une courte pige de chanteur avec sa voix haut perchée et animale. Ce poste est décidemment maudit et pour assurer les vocaux de «
Master of Disguise », leur premier LP sorti en 1985, Christian Logue fait appel à Mike Smith. Malgré de nombreux changements dans le domaine du chant,
Savage Grace attire l’attention avec son speed metal mélodique et énergique, dont le soin porté à l’écriture des différents morceaux leur permet de rivaliser avec les gâchettes espoirs de l’époque comme
Metal Church,
Agent Steel ou
Helloween. Leurs pochettes sont aussi particulièrement provocantes et sujettes à controverse, comme la Mère fouettard en guêpière sur leur EP ou le motard style Village People apparemment obsédé/possédé du premier album. Pour «
After the Fall from Grace » et le départ de Mike Smith, Christian Logue n’a plus trop le choix et tente une première expérience forcée derrière le micro en plus d’assumer son travail de guitariste. Le résultat s’avère somme tout correct et l’on pardonnera le brin de fausseté de-ci de-là. C’est aussi le retour à une formation avec deux guitaristes et en l’occurrence l’arrivée de Mark « Chase »
Marshall. Histoire d’être complet, exit aussi le batteur Dan
Finch remplacé par Marc Marcum après la première tournée Européenne du groupe, dont un passage au théâtre du Forum des Halles de
Paris le 19 mai 1986.
Ce mouvement perpétuel a sans doute nourri cette soif de vitesse que le groupe étanche sur ce deuxième album.
En dehors des deux respirations musicales, « A call to arms » placé for à propos en entame, puis « Palestinia » et son perçant et concis style Persan, l’auditeur n’aura de répit que sur le titre éponyme et celui concluant l’album. Et encore ! Sur «
After the Fall from Grace » et son intro Waspienne, où se mêlent roulements de batterie et dégoulinage de guitares, on pourrait craindre une charge de fous furieux. La batterie jouée en contretemps, sur les cymbales et la double grosse-caisse, associée à la basse thermonucléaire de Brian East soutiennent les fondations d’un mid-tempo porté par le chant suraigu de Chris Logue. Les guitares, sans agression et comme un mur d’eau tombant en cascade, occupent l’espace et imposent une ligne mélodique entrainante. « Tales of mystery », quant à lui, est remarquable pour les intonations du chant, qui fait penser à
Bruce Dickinson sur le cri d’ouverture, pour ensuite ressembler à un mélange de Minoru Nihara de
Loudness et de
Geoff Tate de Queensryche. Sur ce titre plus lent, à la base toujours aussi solide, le riff lourd de Mark
Marshall et les soli de guitares démontrent la dextérité du groupe dans un style alliant le mordant de
Judas Priest et une belle musicalité.
Pour le reste, le pignon de la boite de vitesse est uniquement enclenché sur le plus grand différentiel.
Deux exemples saisissants et diamétralement opposés tout d’abord. L’ultra speed «
Trial by fire » qui cache bien son jeu au travers de sa batterie de fanfare et de son glas de basse annonçant, durant son ouverture, une exécution prochaine. Tout y passe ! Une attaque de brutes épaisses, les guitares couinent comme des tronçonneuses et le chant guttural explose sur un quasi blast de Marc Marcum sur ses fûts. Le titre se transforme en un véritable bûcher ardent bien que le pré-chorus et le refrain soient chantés normalement. Le break est d’école et les guitares semblent attaquer à la scie circulaire un registre
Doom-Death inattendu pour
Savage Grace. Dans un style bien plus classique, mais toujours aussi speed, «Destination unknown » s’aventure sur les terres d’
Helloween après un départ de grand prix de Formule 1. Basse et batterie tissent à perdre haleine une toile de déluge sonique que le riff de sous-marin renforce avec précision. Encore un break fabuleux durant lequel la batterie arbitre avec autorité un duel guitares-basse improbable et euphorique.
Échauffés par un appel aux armes tonitruant et tonique, la basse supersonique et la batterie martelée à fond les ballons de « We came, we saw, we conquered » se mettent au diapason d’harmonieuses lignes de guitares. Le chant est aigu mais clair et assisté de chœurs guerriers sur le refrain. Marc Marcum bastonne tel un damné alors que les doigts arachnéens et démultipliés de Brian East lui contestent la palme de la rapidité d’exécution. Le break donne un temps de repos avant les soli de guitares eux aussi envoyés avec fougue sur cette formidable pièce d’artillerie. « Age of innocence » et son riff Maidenien emprunte sans coup férir un chemin plus rapide et agressif, balisé par les riffs tranchants de la paire Logue/
Marshall. La basse toujours survoltée s’amuse alors que le chant atteint un niveau fort honorable pour un novice. Douceur et volupté se cueillent quelques secondes au début de «
Flesh and blood », vite enterrées par un riff acéré comme une lame de guillotine. La batterie à peine en place et les guitares délivrent leur dose d’énergie communicatrice dans un style très proche de la Vierge de Fer passée sous amphétamines. Grosse basse et appui de double grosse-caisse, solo tellurique de Chris Logue trop bref, reprise puissante après un break salvateur sont les ingrédients de la recette d’un morceau typique du répertoire de
Savage Grace.
Dans une suite logique de «
Master of Disguise »,
Savage Grace enfonce à nouveau le clou de la carte speed metal mélodique, couramment en vogue aux US en ce milieu d’années 80. L’absence d’un vocaliste attitré et fidèle depuis leurs débuts restera leur talon d’Achille. Le style gagne certes en maturité mais construire une carrière dans la durée nécessite d’avoir un chanteur professionnel sachant se muer en front man charismatique. De nombreux groupes auront manqué ce virage critique et sombré, malgré leur fougue, dans le commun du rock system qui ne fait pas de quartier et pas plus de sentiment. Malgré une seconde tournée européenne,
Savage Grace ira rejoindre le peloton des groupes aux illusions perdues. Les exemples sont nombreux et le bourreau du show business aura fait son office de plus d’une nuque offerte à son impitoyable et lourde lame.
..some heads are gonna roll
Didier – mai
2012
je rigole à l'idée de Gene qui tient le drum kit de Dave Lombardo sur l'enregistrement de Chemical Warfare car il glissait sur le tapis du studio !
Superbe album d une bien belle epoque. Je l ai enfin rentré en vinyle...suis vraiment heureux de cette acquisition...surtout au detour d un bac rempli de vinyles tout styles confondus...le titre est en lettres d or?
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