Méconnu,
Voodoo Child, groupe originaire de la région de Clermont Ferrand (Courpière plus précisément) a pourtant fourbi ses armes sur la même scène que Motörhead en 1983. On peut rêver pire comme carte de visite. Le métissage était encore monnaie courante en ces temps reculés et une opportunité de ce genre ne se refuse guère... Formé de 5 musiciens dont 2 frères (guitaristes tous les 2 pour ne rien gâcher),
Voodoo Child sort son 1er et unique album en 1985. Armés d'un chanteur à forte personnalité et d'une fine gâchette en la présence de respectivement Manu Gonzales et Paco Mediavilla, ils produisent un "
Adrenaline" qui ne possède pas moins de 8 "tubes" sur un album de 9 titres. J'exclue ici volontairement l'instrumental "Heavy
Metal Song" qui ne démérite pas d'un poil mais hors comptage puisque un ton en deçà du reste (à mon sens) en terme de potentiel "hitesque".
Replongeons nous bien sûr dans le contexte pour les néophytes de l'ambiance "hard français" et dans nos jeans serrés et vestes à patch pour les autres : Ce qui le fait à l'époque, c'est de parler du diable, être rebelle et à cran. Et ça,
Voodoo Child le fait très bien. De "
Lucifer" et son solo déjanté au fabuleux instrumental "Ballade pour
Adrénaline" (oui, 2 sur le même album il faut oser, mais avec une section rythmique et un soliste de cette trempe, on ose Messieurs-Dames) qui fera se dresser vos poils sur les avants bras de sensibilité, en passant par "Toi" et son refrain qui se scotche à votre mémoire, pas un instant ne semble long. Il faut comprendre que certains musiciens, en plus de ne pas être des manches, savent trouver la note, la mélodie, le tempo qui vous font du bien, sans que vous sachiez exactement pourquoi. Je sais que vous voyez pertinemment ce que je veux dire : quand vous avez la sensation qu'un solo parle, chante et s'exprime plutôt qu'être un empilement de note, on y est. Quand un rythme se casse ou s'accélère en vous prenant à contre-pied - ou à contrario - en suivant votre pensée (souhait ?), on y est encore. Quand la rime du couplet colle tellement bien sans être là par hasard, on y est toujours.
C'est exactement ce que je dis : 8 titres sur neuf sont ainsi. Alors oui, il y a (peut-être) un point noir pour certain(e)s : la voix de Manu Gonzales. Nasillarde, elle peut agacer. Je la trouve certes surprenante, mais en osmose avec le reste du groupe. Originale pour le moins, elle délivre ses textes avec convictions. Textes convenus voire clichesques ("Toi", "Je Ne Veux
Pas Devenir Vieux") ou métaphoriques ("Cocaïne Tush"), (re)plongez-vous dans la musique de
Voodoo Child et si ce n'est pas déjà fait vous découvrirez un album dont le seul vrai défaut est sa production, égale à nombre de groupes français de l'époque : plus que moyenne.
Le label grec No Remorse Records vient de rééditer cet album dans une édition limitée CD (500 exemplaires) et LP (300 exemplaires), commandable directement via leur site (http://www.noremorse.gr/).
Je vais enfin pouvoir découvrir ce groupe, dont on m'a toujours dit le plus grand bien mais que je ne connaissais pas jusqu'ici ! :)
Repassant par là par hasard – et ayant donc découvert cet album depuis ma dernière visite voilà 6 ans –, deux petites remarques additionnelles :
- le riff d'intro du dernier titre, "Destin", ressemble quand même farouchement à celui de la chanson "The Ninth Wave" de Manilla Road. Celle-ci étant parue la même année sur l'album "Open the Gates" sur le label français de Black Dragon, j'avoue que j'ai du mal à n'y voir qu'une étrange coïncidence,
- @Swit : en fait, Arlekin n'est autre qu'un groupe formé par deux ex-membres de Voodoo Child après le split de ces derniers en 1987. Une unique démo 6 titres fut enregistrée en 1991, et la formation disparut à son tour en 1995. Ces infos sont disponibles dans les liner notes de la réédition No Remorse dont je parlais ci-dessus en 2015, sous la plume archéologique de Christophe Bailet. Voilà sans doute pourquoi l'ensemble des titres ont dû se retrouver regroupés, de manière plus ou moins officieuse, sur un même support.
Pour le reste, voilà un disque fort plaisant, souvent inspiré, sur lequel la voix certes atypique apporte une petite dose d'originalité bienvenue. Une découverte aussi heureuse que tardive :)
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