Après dix ans de loyaux services chez la modeste formation «
Circle Of
Grief », Peter Cerveny et
Sebastian Albrecht décident de fonder «
Winterstorm » à l’aube de l’année 2009. Un projet qui a pour ambition de mêler le power metal au froid du nord, d’où le choix tout trouvé d’appeler ce combo «
Winterstorm ». Les guitaristes Armin Haas et Michael Liewald se joignent à eux. Le claviériste Matthias Müller ne restera lui qu’un an, soit jusqu’en 2010. Un chanteur ne sera trouvé qu’après une âpre recherche, durant l’été 2009, en la personne d’Alexander Schirmer. Ensemble, ils se lancent aussitôt dans l’élaboration d’un album, et trois mois de travail acharné de février à mai 2010, au sein des 3HE-Studios de Speichersdorf, en Bavière, leur seront nécessaires pour la conception d’«
A Coming Storm ». Ils signent là une première œuvre toute en singularité à sa sortie, qui lorgne comme annoncé vers le nord, mais plus précisément vers la Suède. A croire qu’ils annonçaient une tempête en provenance de là-bas.
Assez curieusement le titre éponyme n’a pas eu le privilège d’un morceau à part entière, mais apparaît comme introduction de l’album. Il ne va pas sans dire que cette introduction est un véritable régal, époustouflant par la qualité de l’orchestration, bien que se pliant à tout ce que l’on observe depuis pratiquement le milieu de la décennie 2000 dans les styles power symphonique et pagan metal. Est-ce du pagan ou du power symphonique ? Le titre «
A Coming Storm », usant de grands renforts cuivrés, y compris d’une narration, laisse la question en suspens. La réponse n’en sera que plus intrigante. « The Final Rise » est donc le premier véritable substrat du metal pratiqué par «
Winterstorm ». Nous n’atteindrons pas là l’inatteignable majesté de l’introduction. Le groupe nous répond par un power metal façonné dans une atmosphère légèrement épique, qui s’attache plus à du «
Freedom Call » qu’à du «
Rhapsody Of Fire » pour l’instant, contrairement à ce que l’on a peut-être pu espérer. Cela s’avère, par contre, moins fluide que les travaux de la bande de Chris Bay, mais suffisamment pour n’en retenir aucune raideur de la part des guitares, un peu comme s’ils faisaient du power metal suédois, en vérité.
Ils ont le mérite de ne pas se reposer entièrement sur l’excellence de l’orchestration et de laisser beaucoup de champ au jeu solide des guitares. «
Thirst of
Revenge » en fait une brillante démonstration, entreprenant, motivé, énergique. Il nous délivre un power metal assez costaud parsemé d’une tendre atmosphère cristalline, qui est un trait de noblesse spécifique au power italien et finlandais. Le chant d’Alexander est ici très posé, n’empruntant pas le même dynamisme que les instruments, mais de circonstance. On pourra lui trouvé un lien avec le chant de Mathias Blad. C’est vrai qu’il a une voix assez similaire à celle du frontman de «
Falconer ». C’est plus qu’une simple idée à l’écoute de « Winterheart ». Le groupe nous plonge d’ailleurs dans l’ambiance médiévale du premier album de la formation suédoise. On croise cette influence sur l’autre très bon morceau, «
Battlecry », néanmoins dilué dans des airs épiques hérités de «
Turisas » et des riffs plus endurcis, contrairement au récréatif « Winterheart ». La patte de «
Falconer » sur «
Battlecry » doit en fait beaucoup au refrain et à la guitare acoustique en fin de piste.
Ce dernier cité avait été précédé par l’extrait « Climb the Highest Mountains », une gracieuse power ballade accompagnée au piano. Celle-ci est remarquable par sa maitrise, mais aussi par son aspect très théâtral, qui nous renvoie aussi bien à «
Falconer » qu’à «
Rhapsody Of Fire ». On est alors loin du ton martial, de l’écrasement provoqué par les orchestrations du court et passager « March on the Peaks », mais également distant du fort enthousiasme affiché par « Winterhumppa » et « Fotune’s
Blood ». L’un est davantage un vibrant et jovial hommage au style humppa originaire de Finlande, l’autre est constitué d’un power metal éclatant, parcouru par quantité de mélodies, mais dont la tonalité est ici étrangement légèrement enfantine. Cet exemple précis créera quelques émules, notamment chez «
Gloryhammer ». Cependant, le power metal n’est pas toujours employé avec succès. On salue évidemment le sens inné de la mélodie, la grande profusion sonore. Néanmoins, on touche parfois à la redondance, comme le prouverait « A
Wizzard’s
War ». Dans ce cas, c’est surtout à Alexander qu’en revient la faute. Il est vrai que l’on ne peut éternellement misé sur un chant neutre, aussi peu émotif.
«
Winterstorm » est un groupe allemand. Ne l’oublions pas. Les germains sont pourtant bien connus pour leur power metal aux riffs secs et compressés. A écouter ce groupe et cet album, on jurerait qu’il s’agit d’un combo venu de Suède, de Finlande ou d’Italie. Leur jeu est intensément mélodique, mis en relation directe et en conflit avec de puissantes orchestrations, de voluptueuses nappes de claviers. Nous pourrons parler de power épique dans leur cas. Quelques-uns oseront même le placer au sein de la catégorie power folk, que s’est accaparé «
Elvenking » par exemple. Il est toutefois juste que l’on puisse parfois évoquer la présence d’éléments folkloriques dans la musique de «
Winterstorm », mais ils sont encore trop rares pour que l’on y attache une importance capitale. C’est également le cas de son confrère et parent «
Falconer », que l’on a pu à maintes occasions d’entrapercevoir le long de ce premier album. Il avait bien été annoncé une tempête en provenance du nord ; mais il s’agit d’une petite tempête pour le moment.
14/20
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