Parmi les innombrables groupes de death (/black) mélo suédois qui ont radicalement changé la scène musicale extrême du pays durant la première partie des années 90,
Gates of
Ishtar fait figure de second couteau, au même titre que des formations voisines comme A Canorous Quintet ou Sacrilege, et comme ces derniers, c’est aux cadors de la scène de Göteborg, les
At The Gates,
Dark Tranquillity et
In Flames, que le combo doit son style de melodeath si savoureux. Un mélange de riffs agressifs et de lignes mélodiques accrocheuses sur des sujets plus psychologiques et spirituels que les classiques thèmes macabres et funéraires définis par le carré d’as suédois quelques années plus tôt. Une scène vite arrivée à saturation lors de la seconde moitié des années 90, mais dont il est nécessaire de se rappeler les premiers fondements, ou bien, dans le cadre de
Gates of
Ishtar, l’héritage.
Le groupe se forme dès la fin 92 autour de Michael Sandorf (chant) et Andreas
Johansson (guitares) qui décident de quitter leur formation respective (Agroth et
Disrupt) pour quelque chose de plus mystique. En témoigne le nom du combo qui renvoie à la déesse mésopotamienne
Ishtar, divinité astrale liée à Venus dont elle reprend la dualité. Après quelques changements de line up, la formation se stabilise et compte désormais dans ses rangs le bassiste Niklas Svensson qui vient de participer à la promo démo de
The Moaning, le batteur Oskar Karlsson (
Sarcasm,
The Everdawn,
Scheitan) et Tomas Jutenfäldt en renfort de
Johansson aux grattes.
C’est la première démo de la formation,
Seasons of Frost en 1995, auto-produite mais au son excellent, qui attire l’attention des labels grâce aux critiques enthousiastes du milieu. Rapidement épuisée, elle donne au groupe le luxe de pouvoir choisir son label parmi de nombreux prétendants. Spinfarm Records, le label finlandais ayant signé les fabuleux
North from Here et
Skydancer (
Sentenced et
Dark Tranquillity), décroche le groupe qui se dirige, non pas vers le Studio Fredman de Göteborg comme tous ses frères d’armes suédois, mais au Tico-Tico Studio entre les mains expertes du finlandais Ahti Kortelainen (ingé-son de
Impaled Nazarene,
Mythos,
Belial ou
Demigod).
Enregistré dans le même temps que The
Jester Race et
Blood From
Stone (
In Flames,
The Moaning),
A Bloodred Path débarque l’année suivante, en Juin 96, soit sept mois après
Slaughter of Soul de
At The Gates et
The Gallery de
Dark Tranquillity, les deux albums invincibles du mélodeath suédois. Très logiquement, le groupe reprend les quatre titres de la démo et y ajoute cinq pistes, dont une cover de
WASP. La prod au Tico-Tico Studio permet au groupe de gagner en profondeur et en relief, sans perdre la clarté extrême et l'aspect froid des compos qui faisaient la qualité de la démo. Tous les instruments sont lisibles, de la basse bien ronde aux guitares incisives et nerveuses typiques du genre, en passant par les frappes sèches de Karlsson et le chant naturellement écorché de Sandorf.
Très vite, on sent l’ombre du early
In Flames, celui de Lunar
Strain et Subterranean, ainsi que les deux premiers albums exceptionnels de
Dark Tranquillity, planer sur les compos pleines d'émotion de
Gates of
Ishtar. En témoigne le morceau "Tears", pépite bourrée de feeling évoquant le meilleur d’un
The Gallery, agressif, prenant, et diablement mélo avec son solo maidenien et ses lignes mélodiques d’une puissance émotionnelle inouïe, et dont le riff d'entame évoque pour sa part le titre d'ouverture de l'unique album de
Uncanny. D’autres pistes comportent aussi de belles accélérations, comme les parties blastées bien glaciales de "The
Silence", "
A Bloodred Path" ou "When Daylight’s Gone", qui évoquent les grands noms du black death melo suédois, comme
Unanimated,
Dissection et
Eucharist, ayant défini le genre dès 93. On peut même discerner dans l’accélération finale de "Into
Seasons of Frost" une influence
Gorgoroth avec un sprint et un break gelée façon "Maaneskyggens Slave" (oui oui !). Toutefois
Gates of
Ishtar sait ne pas abuser des bonnes choses lorsqu’il distribue ses parties véloces, les rendant ainsi plus jouissives quand elles surviennent, et reste la moitié du temps sur des mids mélancoliques sympathiques et entrainants : "Where the
Winds of
Darkness Blow", "
The Dreaming Glade", "
A Bloodred Path", ou "When Daylight’s Gone", doté d’un solo dans la plus pure tradition heavy metal. Beaucoup de liens peuvent également être fait avec le
Blood From
Stone des copains de
The Moaning, sorti peu après mais enregistré à la même période, que l’on pourrait d’ailleurs considérer comme un cousin blackisant de
Gates of
Ishtar, tant les similarités dans le riffing et les mélodies sont nombreuses, d’autant que le bassiste Niklas Svensson constitue l’un des dénominateurs communs.
Finalement, les seuls défauts de cet album résident sans doute dans sa cover de
WASP, certes sympathique et bien faite, mais détonant au sein d’un album à l’esprit mélancolique et froid, et dans sa courte durée. 33 petites minutes pour un full length aussi immédiat, c’est un peu léger là où certains étalons du genre auraient placé un ou deux morceaux supplémentaires.
A Bloodred Path, ce n’est pas la technicité ou les constructions à tiroirs d’un
Skydancer, la richesse absolue d’un
The Gallery ou encore l’incision à toute épreuve d’un
Slaughter of Soul, mais un mélodeath simple et accessible touchant la corde émotionnelle de la façon la plus efficace possible, et doté de morceaux courts et simples, sans esbroufe ni prétention.
A sa sortie, l'album obtint des retours dithyrambiques de la part de critiques qui n’hésitèrent pas à voir en
Gates of
Ishtar "le nouveau
Dissection" ou "l’après
At The Gates", qui en cette année 96 venait tout juste de splitter. Mais sans tournées pour promouvoir l’album, ainsi que quelques départs (Karlsson et Svensson chez
The Everdawn notamment),
Gates of
Ishtar ne toucha pas vraiment le marché européen, et peina à rivaliser avec certains de ses compatriotes suédois, ce qui ne l'empêcha pas de livrer en 97 et 98 deux nouveaux albums très sympathiques, bien que peut-être, un peu moins marquants.
Récemment,
Gates of
Ishtar s’est reformé en vue d’assurer un concert exceptionnel avec le line up originel de
A Bloodred Path. Leur participation au Party San Festival allemand en Août 2016 aurait du constituer un moment unique pour les fans, mais la mort prématurée du batteur Oskar Karlsson a forcé le combo a annuler son show. La ré-édition 2017 de ce jalon du mélodeath suédois propose d'ailleurs un nouvel artwork, dans l’esprit de l’original, mais façon glacée, dans lequel une triste épitaphe lui est respectueusement dédiée.
Je dois dire que je suis d'accord avec toi, que ce soit sur Tears qui pue l'Iron Maiden à des kilomètres à la ronde ou la cover de WASP qui n'apporte rien.
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