Tu te rappelles,
Dis, ces gros nuages cotonneux et tristes ?
Tu te rappelles,
Dis, ces arbres maigres, ces arbres gros, nus ou feuillus, qui semblaient des spectateurs de notre passage ?
Tu te rappelles ces rails qui se suivaient sans jamais se toucher, comme des amants chastes et éternels ?
Tu te rappelles ces routes sans fin, qui coulaient calmement vers l'autre bout du monde, et qui semblaient nous promettre d'extraordinaires aventures ?
Tu te rappelles ces voitures qui semblaient toujours trop lentes et qui nous donnaient l'impression d'arriver constamment en avance aux rendez-vous du destin ?
Tu te rappelles,
Dis, ces
Horizons qui nous faisaient rêver et qui ne demandaient qu'à être explorés ?
Tu te rappelles ces forêts de brouillard et leurs
Secrets si bien gardés ?
Tu te rappelles toutes ces fois où le monde nous semblait intouchable, inaccessible ?
Tu te rappelles,
Dis, cet espace sans hommes ?
Tu te rappelles les regrets que nous abandonnions avant de partir, et que nous regardions sur le quai comme de tristes inconnus ?
Moi je m'en souviens, mais je crois que nous arrivons.