Art(s) et littérature >> Vos compositions littéraires...
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Lundi 15 Avril 2013 - 14:33:26
Premier chapitre d'une petite nouvelle.

Chapitre I - Burning Angel

Après plusieurs heures de marche, la taïga s'arrêtait brusquement. Sans aucune logique, la haute forêt cédait sa place à une série de petits vallons, eux-mêmes rapidement remplacés par une plaine de glace. A l'extrémité de cette dernière, une chaîne montagneuse brillait sous un soleil rasant. Jetés au milieu des vallons, des bosquets d'arbres semblaient avoir été placés ici dans le Seul but de combler un vide trop angoissant. Cette volonté n'avait cependant pas réussi à chasser l'impression d'espace et d'isolement qui dominait les lieux.   

  Des pics rocheux fermaient trois des côtés de la péninsule. Les eaux glaciales de la mer du nord venaient s'y briser. La violence des courants et les arrêtes tranchantes de la roche rendaient tout accostage impossible. La majesté du paysage n'avait d'égal que son hostilité. L'ensemble ressemblait à une image d’Épinal sortie tout droit d'un conte pour enfant.

    Trois mois par an, un ersatz de printemps réchauffait la péninsule. La Toundra se recouvrait d'herbe tendre et de fleurs multicolores. Une débauche frénétique de couleurs et de vie se réveillait avant de se figer à nouveau dans un décor de givre. La glace et le froid reprenaient alors leurs droits pour le reste de l'année. Blancheur et Silence en étaient les maîtres mots. 

    Ces conditions extrêmes avaient déterminé son choix. Elle s'y était exilée, fatiguée de la compagnie des hommes. Au fil des années, elle avait perdu toute empathie pour la race humaine. Elle ne voyait plus en eux qu'un ramassis de tartufes cachés derrière une armada de convenances, portant bonnes moeurs et bonnes manières comme des étendards, condamnant à l'infamie tous ceux qui déviaient de « Leur » droit chemin. Mais rongés par l'envie, crevant sous le poids de la jalousie, ils déversaient leur haine derrière des masques de probité, sanctifiant la morale mais s'empressant de la fouler au pied derrière les portes closes de leur demeure. Plus la morale publique était vertueuse, plus les bordels fleurissaient. Plus les discours appelaient aux bonnes moeurs, plus les exutoires étaient morbides.

   Leur vrai visage se révélait lors des exécutions publiques. Ils se regroupaient, masse grouillante, serrés les uns contre les autres, se touchant, se frôlant, la concupiscence déformant leurs traits. Vibrant d'une fièvre malsaine, ils attendaient. Lorsque le condamné apparaissait, la foule se déchaînait. Vociférant, éructant, bandant. Ils ne faisaient plus qu'un. Chacun poussant l'autre, l'accompagnant, l'encourageant dans la monstruosité. Tous complices donc tous innocents.

    Toute la ville réclamait sa ration de sang. Se rejoignant dans une extase morbide lorsque le bourreau enflammait le bûcher. Savourant chaque étape du supplice du pauvre bougre, ils assistaient, avides, à la transformation des suppliques en hurlements et des hurlements en silence. Lorsque la mort délivrait le « monstre » de ses souffrances, ils retournaient à leurs occupations, rassasiés, puant la mort, attendant avec impatience la tombée de la nuit l'excitation chevillée au corps. Ce soir, de nouveaux êtres seraient ensemencés dans le sein de leur mère. Fils et filles de la laideur humaine. Et, indécence suprême, les os du condamné seraient vendus à prix d'or comme talisman. Misérable.

    Elle consomma sa rupture avec le monde des hommes lors d'une tentative d'annexion de son territoire par un des nobliaux frontaliers. Elle avait sollicité une audience afin de lui demander de renoncer à son projet. Il lui avait ri au nez, lui proposant d'intégrer son harem en dédommagement. Elle s'était retenue de ne pas lui trancher la gorge. Trop de gardes. Ils l'auraient transpercé de flèches avant même qu'elle puisse sortir son épée du fourreau. Ravalant sa rage, elle rentra chez elle préparer son offensive.

    Elle l'avait défié de venir la chercher dans ses montagnes, arguant qu'il était bien trop couard pour oser les escalader. Elle savait qu'il relèverait le défi. Ce genre d'hommes était tellement imbu d'eux mêmes qu'ils étaient prêts à toutes les stupidités surtout si le défi venait d'une femme. Comme elle l'avait prévu, il se lança à l'assaut des contreforts. Lorsque l'armée fut à mi-chemin, elle déclencha une avalanche. La coulée engloutit les hommes. Une poignée de survivants tenta de se dégager de la gangue de neige mais désorientés et paniqués, ils étaient des proies faciles et elle, une chasseuse implacable.

Ce soir là, elle rentra chez elle un goût de sang dans la bouche, son bras tremblant de s'être tant de fois abaissé pour donner la mort.

     Des patrouilles furent envoyées pour savoir ce qu'il était advenu. Ne trouvant ni corps ni traces de bataille, l'idée d'une intervention surnaturelle fit son chemin. Au cours des mois suivants, elle veilla à alimenter cette théorie en effrayant les quidams qui s'aventuraient sur son territoire. Pour ce faire, elle utilisa ses connaissances en chimie et l'art de la mise en scène théâtrale.  Au bout de quelques mois, légendes et histoires en tout genre circulèrent dans la région. Les lieux furent déclarés maudits. 

    A partir de ce moment, rare furent ceux qui s'aventurèrent au-delà de la forêt. Les plus audacieux montaient leur campement au niveau des premiers vallons mais jamais plus loin. La peur lui garantissait sa tranquillité. Elle avait déterminé une stratégie bien précise pour maintenir cet état de fait. Si les intrus n'avaient pas quitté les lieux au bout de trois jours (temps moyen d'une partie de chasse dans la région), elle déclenchait les hostilités. Rien de bien méchant, tours de passe passe, mise en scène fantasmagorique suffisamment effrayante pour des esprits superstitieux. En général, ils déguerpissaient à l'aube, terrifiés. Par contre, s'ils ne comprenaient pas la manière douce et persistaient à violer son territoire, la mort était la finalité à leur entêtement. Par deux fois, elle avait dû en arriver à cette extrémité. Durant quatre jours, elle avait joué sa petite comédie mais rien ne semblait les effrayer. Un matin, l'un d'eux s'était même rapproché dangereusement de sa demeure de pierre et avait failli la voir. Sa réaction fut brutale et définitive.

Comme sur son nouvel univers, une chape de glace s'était déposée sur son coeur.


Lundi 15 Avril 2013 - 23:11:00
Bravo ! toujours un plaisir de te lire ...


Par contre, si tu veux et/ou si tu n'as pas le temps, je peux corriger tes fautes ...


Mardi 16 Avril 2013 - 00:06:10
@Elv: Merci et vas y fait toi plaisir pour les fautes. J'ai un mal de chien à me relire sur l'ordi. C'est plus facile sur papier. Je crois que l'écran accentue ma dyslexie.


Mardi 16 Avril 2013 - 00:43:13
Ça marche ! (je m'occupe de ça demain soir en rentrant )


Mardi 16 Avril 2013 - 08:53:13
@ Deriv': Aïe, aïe, aïe! Faut que tu arrêtes de poster d'aussi bons trucs, sinon je ne vais jamais oser balancer mes textes minables!


Mardi 16 Avril 2013 - 12:29:05
@Morsifer: Merci.
T'inquiète, au pire ça Fera 10 pages de commentaires


Mardi 16 Avril 2013 - 13:45:00
tres bonne

Mercredi 17 Avril 2013 - 18:01:47
Voilà, j'ai corrigé.


citation :
DerivationTNB dit :
Si les intrus n'avaient pas quitté les lieux au bout de trois jours (tant moyen d'une partie de chasse dans la région)

Juste que tu me confirmes sur ce passage : je suppose que tu fais référence à une durée en rapport avec les 3 jours (m'a fallu un moment avant de saisir ... si j'ai bien compris) ?


Mercredi 17 Avril 2013 - 20:36:13
Punaise j'ai honte

J'ai modifié.


Mercredi 17 Avril 2013 - 21:07:58

citation :
DerivationTNB dit : Punaise j'ai honte

Je quote, ça peut servir pour le futur