Bon, une fausse bonne idée mise en texte. En fait pour être précis, c'est un concept que j'ai développé quand j'arrivais pas à dormir, et comme chacun sait les idées nocturnes s'avèrent rarement bonnes à la lumière du jour

. Un certain nombre de détails plus ou moins intéressants je pense, mais pas mal de clichés dans l'écriture et dans les descriptions, au niveau des adjectifs utilisés notamment. D'ailleurs le début du texte a été dur à lancer tant je trouvais ça ridicule.. M'enfin maintenant que c'est écrit je peux me le sortir de la tête, c'est toujours ça:
J'avais passé cette après-midi de juin à errer en ville sans réel but, poussé par l'envie de chasser de mon esprit cette puérile haine de tous qui avait tendance à remplacer lors des journées trop ensoleillées la haine de soi habituelle chez le dépressif que j'étais alors. Après plusieurs heures de dérive dans un état de faiblesse de plus en plus accentué - je n'avais de fait rien mangé depuis la veille - je décidais de m'assoir à l'ombre d'un kiosque situé au milieu d'un square dont je ne me rappelle ni le nom ni l'emplacement. Combien de temps je restais immobile et perdu dans mes pensées, je ne le sais, mais un détail attira soudainement mon attention.
Un oisillon venait de tomber de son nid juste devant moi. Sans aucune plume, la peau rose
Grisâtre, les yeux clos, petite larve informe et
Grotesque se débattant au sol. Un moineau adulte descendit de son perchoir et prit le rejeton dans son bec dans ce qui me semblait être alors une tentative de sauvetage. Puis l'un de ses congénères le rejoint et ils se disputèrent leur butin en piaillant. Le
Cauchemar commença.
I. Malgré le fait que ma vue se soit étrangement brouillée, j'arrive à distinguer que le sol est constitué d'un mélange de plumes pourries, de fientes et de coquilles d’œuf. L'odeur est épouvantable. Une fanfare m'accueille, d'abord hypocritement majestueuse tant que je cherche à dissiper le brouillard qui trouble ma vision, puis horriblement cacophonique lorsque je prends enfin
Conscience de la nature de ses membres.
C'est une congrégation de volatiles caquetants, gloussants qui célèbre mon arrivée. Une dizaine d'entre eux joue de l'accordéon en dansant, imitant et parodiant les postures et attitudes humaines dans leur sarabande. Le plus horrible n'est pas les bras maigres, lisses et blafard qui remplacent leur ailes ni le sourire sardonique qu'ils arrivent à afficher au mépris de toutes les lois de l'anatomie, c'est bien la voix haut perchée avec laquelle ils hurlent mon nom à chaque fois qu'un coup de tambour résonne dans le chaos ambiant. Ceux ci sont assénés par un grand échassier aveugle dont les pattes démesurées, enchaînées et attachées à son énorme instrument, se plient en dépit du bon sens à la manière humaine, l'angle du genou fermé vers l'avant.
Autour de lui se situe la majeure partie de cet orchestre obscène. Une centaine d'oiseaux, ailés ceux-ci, jouent de la trompette et du tubas. Ils sont positionnés en trois groupes distincts sans qu'aucun élément sonore ou musical ne donne une explication à cette organisation, trace ridicule d'ordre dans une orgie anarchique moquant les coutumes humaines. Je hurle, et de plaisir ils hurlent avec moi. La manière dont ils avalent l’extrémité de leur instrument pour mettre en contact l'embouchure avec le fond de leur bec est l'apogée de cette vision d'horreur. Je prends la fuite, poursuivi par leurs acclamations.
II. Je suis dans un pièce meublée et recouverte de boiseries étrangement inclinées. Parmi les nombreuses horloges de haute taille qui ornent les murs, un héron me regarde. D'abord figé sur place, je me hâte d'emprunter la porte pour me retrouver dans une salle adjacente, et la série noire se lance. Chaque section du bâtiment que je traverse comporte au moins un échassier silencieux, m'observant avec attention. Je n'ose m'approcher d'eux, et suis condamné à emprunter à chaque fois les ouvertures les plus éloignées de ces guetteurs malsains, malgré l'idée qui se forme peu à peu dans mon esprit qu'ils ont conscience de ma répugnance à leur égard et qu'ils s'en servent pour me guider vers une destination que je présume néfaste. Ils sont vraiment partout, postés dans les coins d'ombre et immobiles à l'exception de leurs yeux qui me suivent tandis que je traverse les couloirs, chambres et corridors. Cigognes, grues, marabouts - tous en ont commun leur impassibilité et la lueur d'intelligence froide et calculatrice qui brille dans leur yeux.
Lorsque enfin j’atteins l’extérieur, mes nerfs lâchent et je m'effondre au sol. Les environs du manoir sont peuplés de centaines d'échassiers portés par des pattes ridiculement longues, et le soleil est l'un des leurs.
III. Je me réveille au milieu d'un charnier de petits animaux. Souris, grenouilles et lézards, les cadavres emplissent l'étrange cavité où je me trouve désormais, caverne obscure et étonnement chaude dont les murs sont tapissés de couvertures et autres pièces de tissu. Ce détail me fait pendant un court instant éclater de rire, malgré l'horreur que suscite en moi le reste de la scène. Je me recroqueville, tentant d'éviter tout contact avec les petits habitants de cette grotesque nécropole.
Une cloche retentit soudain, et je vois s'avancer une procession d'êtres indistincts et indéterminables, psalmodiant une comptine ou une berceuse enfantine. Ces créatures, dont je n'arrive même pas à évaluer les dimensions, se mettent à déterrer un corbeau mort, le premier de son espèce que je rencontre depuis le début de cette horreur. L'oiseau est dépiauté, débité et transporté au rythme des clochettes dans une boîte métallique qui est ensuite emportée dans les ténèbres par cette étrange assemblée. Je n'ose les suivre, dégouté par l'idée de toucher la mer de cadavres qui m'entoure, et résolu à rester sur place jusqu'à la fin. La chape d'obscurité s'alourdit, et je disparais enfin dans le noir le plus complet..