GiGer Son épiderme lutta quelques secondes faisant appel à toute l’élasticité dont il était capable, avant de céder sous la pression. Ses tissus éclatèrent laissant les pointes s’enfoncer lentement déchirant tout sur leurs passages, pénétrant sa peau, meurtrissant sa chair. Le
Silence était tel qu’elle avait l’impression d’entendre le cheminement du métal à travers son corps. Une dernière
Résistance, un dernier déchirement et les aiguilles pénétrèrent ses veines.
Sur sa gauche, une armada de minuscules rouages se mit en branle, tournant et craquant dans un chuintement feutré à peine audible. Le piston s’enfonça dans le tube d’acier afin de libérer son liquide sirupeux. Ses muscles se raidirent.
La chaleur s’immisça en elle comme une trainée de poudre. Courant à travers son réseau veineux, elle dessinait la carte de son système vasculaire avec précision et célérité, donnant consistance à chaque veine, veinule, artère qui irriguait son corps. Elle l’a senti envahir son cœur et courir vers son cerveau, étape ultime. Dans un reflexe dérisoire, elle ferma les yeux afin de se protéger de l’attaque finale.
Un coup de tonnerre, un gémissement, la douleur.
Le feu lui brula la cervelle. Ses synapses furent submergées par les coups de boutoir chimiques qui l’envahissaient. Sous cette déferlante, son système nerveux central satura. Son niveau de
Stress atteint un tel degré que sa peau se mit à exsuder du sang. Des quantités plus importantes s’écoulèrent de ses orifices externes. Ruisselant le long de ses membres et de son visage, elle roulait jusqu’aux extrémités de ce monde de chair ; petites coulées vermeilles symboles externe de ses ravages interne.
Ecarteler au dessus du vide, les cheveux collés au visage par une sueur poisseuse au gout de fer, son sang suintant par tous les pores de sa peau, elle ressemblait à ces images de Christ crucifié et de Madone aux larmes de sang.
La poussée chimique se stabilisa. Elle baignait dans une atmosphère ouatée. Pas le moindre souffle d’air ne venait faire frissonner sa peau, aucun son ne perturbait son ouïe. En fermant les yeux, elle avait condamné la seule source possible de stimuli. Ce calme infini aurait pu la faire dériver vers le sommeil si le bruit de son sang tombant au sol n’était venu perturber la quiétude du lieu. Elle se laissa envahir par ce goutte à
goutte aux accents de métronome. Elle fini par rouvrir les yeux. Instinctivement, elle dirigea son regard vers le bas s’attendant à voir une petite
Mare brunâtre à ses pieds. A sa grande surprise, pas la moindre trace de sang ne venait entacher le sol.
Une goutte se détacha de l’extrémité de ses doigts. Elle la regarda s’écraser au sol formant une myriade de gouttelettes écarlates. Elle eu à peine le temps de prendre
Conscience des formes laissées sur le dallage que les taches avaient disparu. Il ne restait rien, aucune trace visible. Nul n’aurait pu se douter que, quelques secondes auparavant, du sang souillait le sol. Une autre goutte et une autre et à chaque fois le même scénario. Le sang était aspiré par de petites alvéoles laissant le sol parfaitement propre.
Une terrifiante pensée lui traversa l’esprit. Que se passerait-il si ses liens se rompaient ? La force de succion serait-elle assez puissante pour la retenir ? Son cerveau surchauffé l’imagina plaqué au sol, ces milliards de petites bouches avides collées à sa peau, l’aspirant petit à petit avec une lenteur sadique. Cela prendrait des jours voir des semaines avant qu’ils ne l’ingèrent entièrement. Elle mourrait dans d’atroces souffrances, dévorée vive par une armée de petits vampires implacables la suçotant goulument. Intérieurement elle pria pour la solidité de ses chaines.
Une fois le liquide totalement injecté, un petit bras mécanique décrocha le piston tandis qu’un autre le remplaçait par un cathéter. Une fois l’opération terminée, elle senti une aspiration au niveau de son bras droit. Elle pivota légèrement la tête et vis un liquide rouge envahir le tuyau qui sortait de son bras. Elle suivit son cheminement pendant quelques centimètres avant qu’il ne disparaisse derrière une paroi argentée.
Dans cette pénombre où seul perçait la lueur de petits voyants lumineux, nichée au creux de la structure métallique de la machine, elle avait l’impression d’être un fœtus dans le sein de sa mère. Et pourtant c’était elle l’instigatrice de cette nouvelle vie. La mère de cet enfant de métal et de sang qu’elle nourrissait de sa chair. Les pompes puisaient sans relâche dans son organisme, aspirant le substrat dont le biomécanisme avait besoin. Elle connaissait chaque circonvolution qu’il allait parcourir, chaque étape du processus. Tout d’abord, il serait filtré de ses impuretés, puis une partie serait déroutée vers le cœur de l’engin alimentant les parties organiques qui le composaient. Pendant ce temps l’autre partie serait enrichie de nanoparticules avant de réintégrer son corps. A travers cette dernière étape, la machine lui rendait les forces qu’elle laissait pour la nourrir. A chaque passage, elle distillait dans son sang des éléments qui la transformaient peu à peu, devenant à son tour l’actrice de sa métamorphose. Une homéostasie parfaite se créait entre l’humain et la machine. Toutes deux s’abreuvant l’une de l’autre.
A la fin du processus, l’enfant accoucha de sa mère. Elle fut libérée de ses entraves et roula sur le sol encore dégoulinante de sang et à peine capable de se tenir sur ses jambes. Au bout de quelques minutes, elle se redressa sentant déjà les changements s’opérer en elle. Elle s’approcha de la machine et posa sa joue contre la paroi de métal. A la fois mères et enfants, leurs destins étaient liés.