La recette du
Doom Death est assez bien établie, les ingrédients ne sont pas trop compliqués, mais c’est pourtant très facile à rater et nombreux sont ceux qui estiment que c’était meilleur avant, En revanche, quand c’est bien fait, avec des ingrédients de qualité et un bon tour de main, ça peut devenir un vrai plat pour gastronomes. Trêve de métaphore culinaire...
En 2014, Giannis Koskinas (basse) et Filippos Koliopanos (guitare) forment
Ocean Of
Grief avec pour ambition de marcher dans les pas de formations telles que
Saturnus et
My Dying Bride, pour n’en citer que deux, mais avec un blase de cet acabit (
Ocean de Douleur), pas la peine de faire trop long dans les références. Après un superbe premier EP en 2016, déjà bien servi (5 titres pour 26 min), les 6
Hellènes qui composent le combo signent chez Naturmacht/
Rain without
End Records pour leur premier full length, le bien nommé «
Nightfall’s
Lament », crépusculaire à souhait.
Sans révolutionner le style,
Ocean Of
Grief y apporte une patte personnelle plutôt convaincante. C’est du point de vue mélodique que le groupe semble vouloir ancrer son identité en plaçant le curseur du côté d’un
Draconian, sans la voix féminine cependant et sans chant clair pour autant. Le grunt du vocaliste, sans être d’une profondeur extrême, affiche une belle tenue. Mais c’est surtout du côté des guitares que les morceaux brillent de mille feux et contrefeux, un vrai concours de leads et de riffs tournoyants qui se répondent dans un ballet sonore constant, amplifiés par la reverbe idoine qui spatialise le tout façon cathédrale étincelante. La basse n’est pas en reste et affute ses arguments de façon intelligible et judicieuse. Pour finir, les claviers éthérés viennent soutenir les fondations de ce maelstrom avec discrétion et efficacité.
Les compos sont à la fois d’une rare élégance et d’une grande puissance d’évocation. Avec toujours une qualité d’écriture qui évite l’ennui et se pare de subtilités bien venues. On peut juste regretter que le morceau introductif choisi soit en fait le moins marquant de tout l'album. Passé ce mauvais point, les morceaux s'enchainent avec une belle progression et les Grecs finissent par une victoire aux points plutôt que par KO, ce qui est le signe d'un album qui devrait pouvoir tenir la route sur la durée, même si, personnellement, j’aurais apprécié un peu moins de retenue, plus de débordements sonores et émotionnels.
En exergue, le sublime et poignant « The Breeding of Death » déboule sur un « Fade In » épatant, donnant l’impression de rentrer dans le morceau à l’envers, en pleine tempête de leads désespérés : j’imagine que le procédé a déjà été utilisé par d’autres, mais l’effet est garanti et fait mouche à chaque écoute.
Un premier album solide et prometteur, un groupe inspiré et classieux, qui ne peut que séduire les amateurs du genre.
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