Moth's Illusion

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Nom du groupe Enisum
Nom de l'album Moth's Illusion
Type Album
Date de parution 15 Mars 2019
Style MusicalBlack Atmosphérique
Membres possèdant cet album7

Tracklist

1.
 Cotard
 01:51
2.
 Anesthetized Emotions
 04:37
3.
 Where Souls Dissolve
 05:09
4.
 Afframont
 05:51
5.
 Moth's Illusion
 06:19
6.
 Last Wolf
 04:04
7.
 Ballad of Musinè
 05:58
8.
 Coldness
 04:17
9.
 Petrichor
 05:01
10.
 A Forest Refuge
 04:49
11.
 Lost Again without Your Pain
 06:27
12.
 Burned Valley
 07:35

Durée totale : 01:01:58


Chronique @ Icare

06 Avril 2019

Enisum parvient à nous transporter, et c’est bien là le principal

Mon premier est une conjonction de coordination. Mon deuxième est l’abri que se fabrique l’oiseau dans un arbre. On enclenche mon troisième sur son appareil photo pour faire des gros plans. Mon tout est un quatuor de metal italien fondé en 2006 à Turin. Ca y est, vous l’avez ? Non ? Alors il va falloir sérieusement songer à vous remettre aux charades, ou au black atmosphérique, c’est au choix.
En effet, Enisum en est déjà à son sixième album depuis sa formation, et il n’a cessé de gagner en popularité jusqu’à la sortie de Seasons of Desolation sur Avantgarde Music en 2017 qui l’extirpe définitivement de l’underground. Le voilà qui revient le 15 mars avec son nouvel album, The Moth’s Illusion, qui poursuit la voie entamée sur la galette précédente vers une musique à la fois plus profonde, mélodique et lumineuse.

Autant vous prévenir tout de suite, si vous n’aimez pas les mélodies, Enisum n’est pas fait pour vous : les Italiens s’évertuent depuis leurs débuts à produire un black metal aérien très mélancolique, léché et bien produit, et ce Moth’s Illusion ne fait pas exception à la règle.
Les Turinois proposent toujours cet habile mélange de plans acoustiques et de parties saturées en des compositions à la fois simples et accrocheuses qui mettent largement en avant les émotions. D’entrée, la courte intro Cotard, que l’on pourrait facilement imaginer ouvrant un album de Sigur Ros ou Death in Vegas, nous accueille tout en sensibilité avec ces cordes frottées et sensuelles, avant que Anesthetized Emotions ne nous plonge dans le vif du sujet : mid tempo mélancolique mais bien rythmé aux motifs automnaux, alternance de vocaux black très écorchés et d’un chant guttural profond, petit break acoustique suivi d’une montée en puissance progressive, la recette est simple mais fait mouche, car les riffs sont bons et le titre solidement composé.
Il faut reconnaître que dans cet art de la simplicité Enisum excelle, et que sur ces 61 minutes, rien ne semble laissé au hasard. Si sur Seasons of Desolation, certaines maladresses naïves pouvaient encore nous faire sourire, ce nouvel album transpire le professionnalisme jusqu’au bout des ongles et paraît calibré pour plaire à un large public. Le son est énorme, puissant et limpide, mettant parfaitement en avant tous les instruments, les transitions entre parties metal et acoustiques sont mieux amenées, les voix, parfaitement maîtrisées, apportent beaucoup de profondeur à l’ensemble et les contrastes sont judicieusement creusés.

En effet, certains titres se font plus profonds et brutaux que par le passé, avec la présence d’un blast lourd qui nous enfonce dans notre rêverie plutôt qu’il ne nous en tire (Afframont, avec son superbe riff entêtant et épique appuyé par un growl caverneux, Lost Again Without Your Pain). Le chant rauque et gras apparaît plus souvent ici, enveloppant l’ensemble d’une tension dramatique palpable, ce qui ajoute en intensité à la musique, alors que les douces vocalises d’Epheliin ont presque entièrement disparu (on ne les retrouve que sur le titre final) au profit d’un chant exclusivement masculin.
Ceci dit, à côté de ça, on a des ballades gothico folk atmosphérique comme Moth’s Illusion, Ballad of Musine ou Petrichor, parfaitement calibrées pour inonder les culottes des petites gothiques de 14 ans comme les joues des gros metalheads barbus, avec ce chant clair désabusé et plaintif, cette saturation qui va bien et ces petits arpèges larmoyantes : oui, les ficelles sont grosses, tout ça sonnerait presque un peu artificiel, mais force est de reconnaître que ça passe crème car c’est incroyablement bien foutu et que l’émotion, primordiale dans ce style, est omniprésente et palpable.
Et quand Enisum décide de mêler ses facettes brutasses et pleurnichardes, ça donne l’imparable A Forests Refuge avec la panoplie complète du groupe, venant nous séduire avec une intro chantée en clair, un riff atmosphérique lumineux, des hurlements black savamment écorchés et de très beaux leads oniriques propulsés par une pluie de blasts.

Finalement, Enisum poursuit son exploration des contrées easy listening entamées sur l’album précédent avec une part de chant clair toujours plus importante et des mélodies très soignées – peut-être trop pour certains. L’album n‘est pas parfait, avec quelques longueurs et des titres moins marquants (Last Wolf, Coldness, aux mélodies moins touchantes), néanmoins, l’ensemble garde une belle cohérence et parvient à conserver une balance acceptable entre moments de pure évasion et agressivité, le groupe n’ayant pas entièrement remisé ses velléités black au placard.

Voilà donc, une fois de plus, pour tous les metalleux qui ne sont pas réfractaires à une musique très mélodique, soigneusement esthétisée et lissée, un très bel album du quatuor italien. Malgré sa longueur, Moth’s Illusion reste homogène et parvient à ne pas lasser grâce à un talent de composition certain et une interprétation très juste qui laisse toujours s’exprimer une mélancolie sombre et à fleur de peau aux enivrantes fragrances de romantisme. Les mauvaises langues diront peut-être que l’ensemble est un peu facile, plat et prévisible mais le fait est là : Enisum parvient à nous transporter, et c’est bien là le principal. Comme le papillon de nuit dont il chante la complainte, il semblerait qu’Enisum souhaite bel et bien fuir l’ombre dans laquelle il est trop longtemps resté caché pour s’élever vers le soleil. Espérons simplement que cet envol ne soit pas une illusion et que la lumière ne lui brûle pas les ailes...

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