La tâche s'annonçait complexe alors qu'il fallait déterminer très précisément la nature de la musique des nordistes de
Sin Cera. Tant et si bien qu'afin de rendre cette tâche moins ardue, des qualificatifs tels que puissance, harmonie, gravité, mélodie, grandeur et décadence semblaient appropriés. Et en des termes qui satisfera plus pleinement les adeptes d’étiquettes ineptes
Deathcore, Metalcore, Thrash, Hardcore,
Death mélodique, Divers et variés, desquels ces musiciens tirent indéniablement leur inspiration, paraissait tout aussi adaptés. Le tout étant si adroitement mêlé qu’il devenait quasiment utopique de vouloir affirmer l’appartenance de ce groupe à l’un ou l’autre de ces mouvements en particulier. Certains y parviendraient sans doute, mais le sens d’une telle démarche apparait terriblement dérisoire et terriblement inutile à votre modeste obligé.
En tous les cas, il y a une atmosphère musicale très particulière qui enrichit ce L’Autre
Fera le Lien, premier effort de cette formation. Ce climat très singulier, dont il est donc difficile de saisir d'emblée toutes les nuances, s’épanouis pleinement dans le précepte simple, semble-t-il, d’un refus catégorique de se laisser emprisonner dans un genre spécifique aux règles tacitement définies mais surtout sclérosantes. Seule la liberté créative semble, en effet, primer ici. Et pour clore définitivement le délicat débat sur l'horrible obstacle de l’obligatoire définition musicale, la vérité sur l’art de ce quatuor lillois se trouve, sans doute, dans ces propres mots lorsqu'il se décrit ainsi : ‘‘
SIN CERA puise dans les différentes inspirations de ses membres pour arriver en trois ans d’existence à un metal à la fois puissant et harmonique, incisif et mélodique, lourd et ambiant. Héritiers d’une scène contemporaine, ses quatre membres ont développé avec le temps une identité musicale singulière imprégnée de la sensibilité de chacun.’’
Au-delà de cet aspect musical d’emblée captivant, aspect dont les contours incertains promettent de nous laisser loin de certaines attitudes habituelles maladroites et assommantes, se dissimule l’autre spécificité séduisante de ce groupe. Lui donnant tout son caractère surprenant, ces musiciens font, en effet, le choix audacieux d’exprimer tous leurs maux, et tous leurs mots, en français. L’entreprise est délicate tant, souvent, l’univers de ceux qui le font n’est guère à la hauteur de leurs immenses ambition et tant, de surcroit, leur prose est décevante. Loin de cette banalité affligeante,
Sin Cera trempe sa plume dans une délicieuse amertume, nous offrant les teintes grises d’un tableau au réalisme cinglant. Mais, encore une fois, c’est l’artiste lui-même qui se définit le mieux en ces termes : ‘‘Un maelstrom d’idées et de sonorités qu’on retrouve sans conteste dans cette musique, puissante, directe et sombre, véhiculée par des textes français poussant à s’interroger sur la véritable nature de l’Homme.
Mais soyons concret. Le premier album autoproduit de
Sin Cera, L’Autre
Fera le Lien, nous propose donc, en un résultat très soigné, d’entendre le témoignage tangible des afflictions de notre société et ce au travers d’une vision très personnelle. Chacun des titres de cette œuvre s’alourdit d’une conviction pesante superbe, en une alliance subtile de passages lourds à d’autres plus aériens voire furieux, dans laquelle s’exprime de délicieux sentiments obscurs trouvant superbement écho en chacune de nos propres souffrances tels que sur Ce Qu’il Nous Reste, Enchainés, l’excellent et dense A la Dernière Heure, ou encore Vrais Visages. De cette épaisseur palpable délicieusement gênante, les lancinantes mélodies d’un remarquable Les Mécaniques du Chaos, semble nous accabler plus pleinement encore. Plongé au cœur de cet abyme noir et tourmenté, point de salut et seule la conclusion moins troublée de Ici et L’enfer, ou encore le pont moins anxieux de Mille Réalité nous offre une respiration perdue en ce cri meurtris que constitue cet album.
L’Autre
Fera le Lien est donc un premier effort remarquablement torturé et remarquablement réussi sur lequel
Sin Cera a une vision d’une lucidité exemplaire lorsqu’il affirme que cette œuvre : ‘‘…peut être vu comme un cri, une délivrance, une nécessité de sortir de son propre chaos.’’
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