Une excellente surprise en tout cas…
Oui, excellente, surprenante même, venant de ce jeune combo français qui semble avoir trouvé ses influences de l’autre côté de la manche, voire de l’Atlantique, pour créer son spectre musical et conceptuel.
Enter Shikari fait de plus en plus d’émules depuis son magistral "A Flash Flood of Colour" et cela suinte assez clairement sur ce premier full-lenght de Lopsided.
Effectivement, catalogué parfois en metal progressif, le groupe est avant tout composé de musiciens rejetant les différentes barrières stylistiques pour embraser les genres, aller autant dans le metal, la fusion, le hip hop ou encore le hardcore pour proposer une musique neuve et fraiche, sans frontières. Certes,
Faith No More l’a fait il y a vingt ans mais de plus en plus de jeunes combos se jettent dans ce nouveau giron, forcément novateur mais qui se doit de garder une certaine honnêteté pour conserver tout son attrait et sa force.
Lopsided, avec "Holda’s Grace" (quelle artwork magnifique !) reste encore relativement sage, ne bousculant pas complètement l’auditeur, mais pose de nombreuses graines de ce qu’il pourra devenir plus tard et surtout de l’évolution future de sa musique. Dès l’introductif "White Dress…" suivi du réel premier titre "…for a
Black Sheep", les français pénètrent un monde metalcore auquel s’ajoute des phases mélodiques évidentes que l’on rapprochera inévitablement du djent (les leads de guitare à la
Protest the Hero ou encore les lignes de basse évoquant TesseracT) dans une optique vocale moderne alternant hurlements « soft » et passages mélodiques à la limite du phrasé rap/fusion. Forcément, on trouve également une trace de post-hardcore également (nous n’en sommes encore qu’au premier titre) qui tire directement son influence des
Neurosis, Cult of
Luna,
Isis ou autres At the Soundawn ayant sorti des albums plus que marquants ces dernières années.
"Ramparts", plus ambitieuse, complexifie sensiblement son approche par un tempo de batterie beaucoup plus insaisissable et une approche vocale plus virile et très américaine, à la fois agressive mais également très accrocheuse et accessible, facilement crédible dans le rôle d’un single commercialisable en radio (pauvre France que nous sommes).
Lopsided se disperse lors des onze titres que compose son album, sans pour autant se perdre ou offrir la désagréable sensation de ne pas savoir où il veut aller. Il expérimente simplement les différents chemins qui s’offrent à lui pour s’intégrer dans un processus de plus en plus présent chez les jeunes groupes ; à savoir de multiplier les ambiances et les couleurs pour ne jamais se rattacher complètement à une vague ou une étiquette réductrice et inconfortable.
En ce sens, il n’est pas choquant de passer d’un quasi rock US "Madmartigan" à un carrément plus expérimental et obscur "Moaï", étrange et difficile à appréhender entre son rythme lent, ses samples de voix diverses, sa mélodie répétitive et mélancolique avant une explosion radicalement plus directe sur le final. A l’inverse, les publics potentiels pouvant être tellement différents qu’il faut une nécessaire et indispensable ouverture d’esprit pour appréhender l’album dans son ensemble et surtout l’apprécier dans son intégralité.
De ce fait, il est inévitable qu’il est parfois difficile de savoir où l’on en est, de ressentir une certaine lassitude avant de se retrouver face à de superbes idées qui nous font oublier l’état dans lequel nous nous trouvions quelques secondes auparavant. Certes, l’hétérogénéité a du bon mais son excès peut parfois complètement nous perdre. "Gripped by Fear", plus percutant et direct (l’ombre de TesseracT plane toujours, même si les registres vocaux sont très différents) permet de se retrouver en territoire manifestement connu mais un petit tour du côté d’"Another Parallel
Road" nous ramène vers une musique beaucoup plus barge et presque progressive (le titre passant, en plein milieu, d’un passage agressif à une mélodie acoustique sans crier gare), dans laquelle les repères ne sont que peu présents.
Il est donc difficile de trancher en la faveur de ce "Holda’s Grace" mais il est certain qu’il contient foule d’éléments intéressants et qu’il est indispensable d’attendre un second album pour vraiment savoir ce que détient réellement Lopsided dans le ventre. Ce premier essai est en soi une réussite car elle retient notre attention et nous interpelle pour attendre une suite. Et vu la fréquence de sortie des groupes signés chez Klonosphere, il est probable que nous n’ayons pas à attendre très longtemps…
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