A l'heure où l'on en parle,
Sipping accuse certainement le retard le plus important de l'histoire de la musique. Pour cause, et il le dit lui-même dans un des titres qui le représente le mieux désormais, « Back, y'a 10 ans le néo fait rage ! / Tache, mec faut qu'tu saches c'est comme ça qu'on démarre ». Paradoxalement, n'est-ce pas le propre de ce combo Lorrain que de se montrer un enfant plus rebelle encore que la première génération du genre qui a (honteusement) lâché le morceau par la suite déclarant officiellement la mort du néo-metal ? Fort de cela, cette jeune formation, dont la moyenne d'âge, - pour faire large - ne dépasse pas la trentaine parle encore de la
Team Nowhere comme si c'était un sujet brûlant d'actualité et va bien plus loin en réintroduisant sur la pochette de son dernier méfait un décor urbain et une juste retranscription en Japonais du titre de l'album émanant sans doute d'un souvenir nostalgique du premier et cultissime
Linkin Park «
Hybrid Theory ». Alors effectivement, dit de cette manière, c'est une pratique musicale totalement has-been de nos jours mais
Sipping vient peut-être de trouver la recette pour se défaire de cette image d'adolescents attardés (même s'il n'y a rien d'étonnant à ce qu'ils le revendiquent aujourd'hui étant donné leur fougue, leur énergie) et de conquérir le territoire rapcore auquel personne ne prétend en France, si ce n'est quelques groupes isolés et peu représentatifs du mouvement.
A la première écoute, le sentiment qui prédomine est la sensation étrange et inédite d'avoir affaire à un groupe moyennement voire très connu, bien de chez nous, et qui aurait pu connaître son pic de popularité au moment où
Pleymo,
Enhancer, Aqme s'illustraient côte à côte et avançaient ensemble autour d'un flow tapageur. Ce n'est pas le cas. En fait, malgré sa récente formation quatre ans plus tôt : 2011 - l'année qui va a vu l'échec musical de
Korn et le retour en force de
Limp Bizkit pour situer un peu la scène musicale, la formation a eu le temps de passer en revue toutes les étapes et autres métamorphoses connues en plus de dix ans de néo sur l'espace de trois productions seulement en comptant celle-ci. A côté de cela, le songwriting pêche toujours autant car la plume de nos membres ne tient qu'en un fil très fragile, ce qui, pour ce genre d'alternatif, demeure assez excusable : c'est l'énergie, l'efficacité qui occupe l'espace et est privilégiée tout au long de la galette. Concrètement, on vient de passer d'un néo-metal un peu plastique et qui vieillissait rapidement sur le six-titres «
49.25 - 6.20 » à une fusion un poil mieux maîtrisée, plus hardcore, et osant s'aventurer dans la modernité de ses confrères de
Smash Hit Combo. Un détail ? Non, car lorsqu'on découvre que l'album « Fin d'une Ère » s'est fait approcher, produire par CHS
Prod (Slutbox,
Expect Anything, Your Pride, et curieusement,
Smash Hit Combo depuis l'Ep « Loading »...) et que le label n'est autre que l'émergent, prometteur et ambitieux M&O Music (
Chris Holmes venant tout juste de signer avec eux, c'est dire), ça a toute son importance pour comprendre la suite de l'aventure.
Avant toute chose, à l'écoute de la fameuse « Intro », et pour peu que l'on connaisse déjà la musique de
Sipping, on se dit que le calme sera de courte durée. Pendant près d'une minute, Kev nous récite sa prose comme un bon premier de la classe, vieille bande-son grésillante en arrière-plan, nous faisant même croire à une sorte de poète de la résistance croisé avec un dépressif anonyme au bout du rouleau (le « je supporte plus la peine » clouera le "spectacle" sur l'« Outro »). Pour rappel, le combo avait gratté un micro-concept léger et amusant abordant le thème du cirque sous un autre angle d'attaque à la sortie de l'Ep précédent. Cette brève parenthèse étant terminée, aujourd'hui, les craintes se confirment. Autrement dit, le problème majeur de cet opus - celui qui empêche d'aller plus loin dans l'écoute et la découverte attentive, c'est cette tendance à produire de la musique de jeunes uniquement destinée aux jeunes. Le public visé semble bien trop restrictif, ce qui créé donc un blocage à plusieurs reprises, comme avec le mauvais et interloquent « Boobies » du fait de son refrain d'une extrême platitude cassant certains flows pourtant bien agréables : « les boobs à l'air, Été comme Hiver » ou bien le « sale pute » discrètement placé sur le second titre « E.T.U.P ». En second lieu, même si la recette fonctionne correctement en vue du court terme, on est en droit de se demander ce qu'il adviendra du collectif si celui-ci persiste à vouloir placer de la gueulante en mode pilote automatique sur chaque titre et du rap de Val qui a vraiment du mal à varier son propos (en matière de faiblesses et d'interactions limitées entre les deux chanteurs, « Soleil Vert » résume plutôt bien la situation). En revanche, le crew dispose d'une grande marge de manœuvre pour citer le son solide et marquant de l'éponyme « Fin d'une Ère » se rapportant à la période clé des Californiens de
Linkin Park, moitié «
Hybrid Theory », moitié « Meteora » jusqu'au quasi-mélancolique « Mon Temps » qui aurait bien vu l'intégration de brèves notes djent voire d'une technicité encore plus appuyée. « Parce qu'en 2014 mon gars, le néo-metal ne repose pas sous une pierre tombale et revient pour le meilleur » - paroles issues de « Comeback ». Ainsi, à travers cet exemple, on pourra souligner le fait que le groupe manque sans doute de recul sur ses compos car il reste avant tout marqué par une passion dévorante pour le néo et une envie de se défouler, de profiter, de pogoter. Une partie de son charme est toutefois tenu par cette même innocence qui le pousse à créer des morceaux "tubes" marqués d'une profonde nostalgie ; la basse claquante de « Comeback », spéciale dédicace à Fieldy, ainsi qu'avec « Ceux qu'on Laisse » qui rassemble le meilleur de
Pleymo.
En conclusion, « Fin d'une Ère » peut être interprété comme l'ouvrage terminal d'une scène néo à bout de souffle qui a dit son dernier mot au milieu de la dernière décennie. Moins négligé, mieux produit, ce premier album de metal urbain devrait au moins poser les bases de
Sipping et, à l'avenir, lui faire parvenir un peu de lumière pour lui permettre de s'imposer davantage.
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