Behind the Demon's Eyes

Liste des groupes Heavy Metal Hellwell Behind the Demon's Eyes
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18/20
Nom du groupe Hellwell
Nom de l'album Behind the Demon's Eyes
Type Album
Date de parution 14 Avril 2017
Enregistré à Midgard Sound Labs
Style MusicalHeavy Metal
Membres possèdant cet album7

Tracklist

1. Lightwave 03:53
2. Necromantio 04:51
3. To Serve Man 16:07
4. It's Alive 07:12
5. The Galaxy Being 06:53
6. The Last Rites of Edward Hawthorn 13:36
Total playing time 52:32

Chronique @ Hibernatus

04 Juin 2017

Allo la Chine ? Laissez tomber les ailerons

Le requin est un survivant de l'évolution. Prédateur suprême, il apparaît dès l'ère primaire et ne tarde pas à dominer les océans, à une époque où ses ailerons n'étaient pas convoités par quelques millions de Chinois et où l'humanité n'était qu'un improbable cauchemar d'amibe. Par ailleurs le plus gentil des hommes, Mark « The Shark » Shelton mérite bien son surnom. Il y a quarante ans (plusieurs ères géologiques à l'échelle du Metal), ses puissantes nageoires et son corps fuselé de tueur s'agitent pour la première fois dans sa formation fondatrice Manilla Road : elle est toujours vivante, et dans une forme olympique. L'inextinguible appétit du chasseur n'allait pas se limiter à ce groupe unique et on le retrouve ici dans la seconde sortie de Hellwell, son plus récent projet parallèle.

Le premier opus fut d’autant plus salué qu'il éclipsait les deux albums de Manilla Road qui l'encadraient. Associant sur des thématiques sinistres les fondamentaux du groupe et les accents étonnants et rétros de l'orgue hammond de Ernie C. Hellwell, «Beyond the Boundaries of Sin » fut une indéniable réussite. Longtemps promis et attendu depuis cinq ans, « Behind the Demon's Eyes » est tout simplement une tuerie qui réaffirme pleinement, s'il en était besoin, les capacités créatrices de Shelton et des musiciens dont il sait s'entourer.

L'album est d'une grande noirceur, bien digne de l'intention affichée du projet : « no happy end ». Il est pourvu d'une pochette en adéquation, sombre et aux détails indistincts, avec ce personnage au masque de crâne jouant de l'orgue dans une salle de torture emplie de cadavres à demi-dépecés : elle est inspirée du cannibale et tueur en série Carl Denke, qui fut organiste de son état et dont l'histoire anime ce morceau de bravoure qu'est To Serve Man.

Gage d'efficacité, la formation resserrée s'articule autour de trois acteurs principaux. Mark Shelton est bien sûr à la guitare et s'occupe ici de la totalité des lignes vocales ; en sus, last but not least, des compositions, bien entendu. La qualité de ses leads est sans surprise, ils sont au top niveau. E. C. Hellwell est à la basse, généralement peu perceptible derrière ses parties de claviers profondes et monumentales (Shelton s'arrogeant toutefois les passages au piano sur le dernier titre). Et la batterie revient à un revenant : rien de moins que le cogneur prolixe et volubile de la grande époque de Manilla Road, Randy « Thrasher » Foxe.

Voilà qui était annoncer de belles intentions. Allez savoir pourquoi, le Shark se lance dans des pruderies de pucelle qui ne sont plus de son âge en sortant :  « All in all, BTDE seems to be a little heavier than our first effort »... Ben t'as raison Gaston : l'album est aussi furibard qu'aux heures les plus dantesques d'« Out of the Abyss » et jouit d'une indéfectible inspiration qui ne laisse pas déplorer la moindre scorie dans les six brûlots qui défilent au cours des trop courtes 52' du disque. Sans aller jusqu'au Speed/Thrash, les titres s'inscrivent résolument dans du up-tempo, les seuls passages lents ne figurant que dans les 5 premières minutes du dernier morceau et n'étant que le prélude à un remarquable et réussi crescendo. Sauvage et indomptée, la voix du Shark participe de cette brutalité : jamais ses grondements n'étaient allés aussi loin et aussi souvent sur les extrêmes limites du growl.

Le premier titre, Lightwaves, est une véritable déclaration de guerre ; s'il est moins rapide qu'un Metalström ouvrant « Open the Gates », il ne laisse aucun doute quant à la volonté destructrice animant les trois cavaliers de l'apocalypse à l'œuvre sur l'album. Sur un format court et ramassé, l'orgue d'Ernie et les roulements furieux de Randy offrent aux feulements haineux de Mark un cadre tout en densité et en puissance pour évoquer ce déferlement d'entités démoniaques venues dévorer la race humaine depuis les tréfonds de l'espace. Le décor est planté sans la moindre fioriture, et on devine qu'on aurait dû avaler une grosse goulée d'air avant de commencer le disque : on ne va plus respirer jusqu'à la fin.

L'objectif est clairement de broyer l'auditeur et toutes les ressources de l'art sheltonien sont mises à contribution. Le format peut être classique, comme sur les très Manilla Roadiens The Galaxy Beeing et It's Alive ; on retiendra surtout ce dernier, dont les claviers 70' rappellent ceux du premier Hellwell. C'est un long monologue où Shelton met en scène la frustration de savant fou d'un Dr Frankenstein avide de la reconnaissance de ses pairs, dans de superbes parties vocales. Couplets grondés, refrains en voix claire, presque plaintive, et final halluciné où le Shark exprime à la fois terreur, surprise et exultation face au résultat de l'expérience fatidique.

Necromantio évoque le fantôme du guerrier grec mort d'épuisement après avoir couru annoncer à Athènes la victoire de Marathon. Sur un rythme plus lourd, la voix du Shark se fait monotone et incantatoire ; à mi-morceau, un solo qui fouette les airs inaugure un long développement instrumental où les claviers restent en retrait, et une mélodie sereine sinon optimiste vient éclairer l'album comme un bref rayon de soleil transperçant les lourds nuages d'orage.

Sur les deux plus longs morceaux, Shelton développe une composition plus complexe qui prend une tournure franchement progressive. C'est surtout dans les 13' de The Last Rites of Edward Hawthorn que s'affiche pleinement cette facette : longue ouverture instrumentale au piano d'inspiration classique, avec quelques assaisonnements au synthé ; le piano se fait ensuite plus Folk Rock, avec un jeu de cymbale solennel de Randy Foxe, un peu de guitare jouée par le fils du maestro Ian Shelton, et le Shark qui chante tout en douceur et en sérénité, tel qu'il s'exprime dans son projet acoustique "Obsidian Dreams". Puis montée aux extrêmes, redoutable d'efficacité, pandémonium martelé par les coups de boutoir de Foxe, évoquant par instants un rythme cardiaque totalement déréglé, vibrant sous les accents flûtés et malsains de l'orgue de Hellwell. Un court final sépulcral au piano et au synthétiseur conclut l'évocation de ce rituel sinistre déroulé sous une lumière proprement luciférienne.

Mais ce sont les 16 minutes de To Serve Man qui constituent le sommet (le point d'orgue, si j'ose dire) de cet album délicieusement maléfique. Une première partie lente, chaotique et heurtée, scandée lugubrement par de longs accords d'orgue, est animée par de profonds et traînants grondements d'outre-tombe d'un Shelton entièrement possédé par son sujet. Un lumineux solo s'exhale de ce putride marécage, un passage en voix claire s'ensuit et le titre semble mourir pour en fait laisser place à un orgue d'église qui casse totalement le rythme ; on peine à y croire, mais on dirait le très sérieux et très dévot Jean-Sébastien Bach jouant sous l'emprise d'un très mauvais trip à l'acide... L'enfer se déchaîne alors dans un déferlement d'apocalypse dominé par guitare, batterie et grognement furieux. Le rythme se calme un peu pour prendre une ampleur de vaste houle et le titre parvient à une apothéose. Shelton alterne magnifiquement entre les limites d'un growl grinçant et une voix profonde aux riches harmoniques, antinomie seyant merveilleusement à l'ambiguïté du monstre protestant de son humanité : « You are what you eat », n'est-ce pas ?

Une bien belle réussite, en somme, que ce second album de Hellwell. Et une réussite qui fait chaud au cœur : Shelton démontre qu'il est un des derniers dinosaures du Heavy Metal du début des 80' à regorger encore de créativité. Sans chercher à trahir son style si caractéristique, il sait l'enrichir de variations nouvelles qui font toujours mouche. Chapeau l'artiste, et encore merci.

Allo la Chine ? Laissez tomber les ailerons, le Shark est trop coriace.

6 Commentaires

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Hibernatus - 05 Juin 2017: Ah Ah Ah! J'ai déjà lu ton entame quelque part mais où?... Merci pour ton com. Eh oui, déjà 5 ans, à nos âges le temps file plus vite qu'un morceau d'Exciter. Je te rassure, je n'oublie pas "Voyager", mais je suis à la peine sur une autre chro que je voudrais finir et qui me tient à cœur, et en plus le prochain MR est prévu pour fin juin... Bah, "Voyager" avant la fin de l'année, juré craché ;-)
ZazPanzer - 05 Juin 2017: Putain tu manques pas de couilles toi mon Jean-Luc pour chroniquer des albums de 2017 même pas écoutés dans ton adolescence !!! On sent le VRAI bonhomme, que dis-je, le "PRO" !!! ;-)))
Très bel article en tous cas qui donne bien envie de se lancer, mais il me faut avant combler le précipice de ma méconnaissance de Manilla Road, promis j'en achète bientôt !
largod - 06 Juin 2017: Super papier, trop long comme du Manilla Road qui ne respecte pas les codes de la chronique des nombreux professionnels de ce site. Dommage !..
Bien joué mon canard. Les tripes et les sentiments ont plaidé la cause !
MarkoFromMars - 06 Juin 2017: J'ai comme l'impression que ton prof de Français n'a jamais eu de problèmes avec toi, point de fessée pour toi, peut-être aurais tu aimé ?
Superbe appât que tu as lancé en tous cas, attirant et forcément alléchant. Merci.
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