True North

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Nom du groupe Borknagar
Nom de l'album True North
Type Album
Date de parution 27 Septembre 2019
Labels Century Media
Style MusicalBlack Folklorique
Membres possèdant cet album22

Tracklist

1.
 Thunderous
 08:34
2.
 Up North
 06:29
3.
 The Fire That Burns
 06:38
4.
 Lights
 05:04
5.
 Wild Father’s Heart
 05:42
6.
 Mount Rapture
 06:08
7.
 Into the White
 05:57
8.
 Tidal
 09:32
9.
 Voices
 05:07

Bonus
10.
 Wild Father's Heart (Instrumental Demo Version)
 06:25
11.
 Up North (Demo Version)
 06:38

Durée totale : 01:12:14


Chronique @ Eternalis

08 Novembre 2019

Un album probablement moins inclassable que par le passé mais toujours autant marqué du sceau de l’excellence

C’est un peu l’histoire de la Norvège qui gravite autour de Borknagar, de près ou de loin, tant les musiciens qui ont accompagné Oystein Garnes Brun sont nombreux depuis plus de vingt ans. De multiples vocalistes ont officié au sein de la formation, ont évolué avec, avant de voguer vers d’autres horizons, plus obscures, brutaux ou au contraire s’éloignant du metal pour d’autres (Garm, pour ne citer que lui, forcément).
Si le combo est aujourd’hui connu pour son caractère unique, expérimental et avec un savoir-faire mélodique et folklorique reconnaissable entre mille, un nouvel album est toujours très attendu. Déjà pour savoir ce qu’il en découlera musicalement, car nous savons que dans cette identité impérissable naitre une direction artistique forcément différente de la précédente. Et "Winter Thrice" avait été comme un accomplissement, d'antant plus symbolique qu'il était le dixième album. La présence de trois vocalistes (quatre même si l’on compte Lars Nedland, le claviériste) n’y était pas étrangère, surtout lorsqu’ils se nomment Vintersorg, Vortex et Garm ! Mais, comme d’habitude, les changements de line-up s’en sont mêlés et c’est encore avec un personnel complètement renouvelé que "True North" apparait, notamment car Vintersorg n’est plus là, que Baard Kolstad est désormais trop occupé chez Leprous et qu’un changement de second guitariste s’imposait humainement.

Si les instrumentistes, aussi bon soient-ils (passer derrière Baard doit tout de même être un sacré challenge), se remplacent, le fait de perdre Vintersorg, sans le remplacer, n’était à priori pas une mince affaire. Affaibli par son accident de la route lui ayant provoqué certaines séquelles à l’oreille, le vocaliste a décidé de quitter le groupe, ne souhaitant définitivement plus tourner et ainsi se concentrer uniquement sur son projet solo, dont le superbe "Till Fjälls Del II" (2017) est le résultat. C’est donc Vortex qui s’occupera, en plus de son clair unique, du chant black, accompagné de Lars, sans aide extérieure. L’idée de faire revenir Garm a, il l’avoue, traversé l’esprit de Oystein mais le principal intéressé était occupé avec Ulver et il y a fort à parier que Borknagar n’officie plus dans le terrain de jeu de prédilection du norvégien désormais.
Maintenant que le contexte est planté...qu’avons-nous là ? "True North" ? Un bon album ? Mille fois oui, un travail d’orfèvre, une fois de plus !

Tout est travaillé jusqu’au bout des ongles, la production est impeccable, le style du groupe parfaitement reconnaissable même si on distingue une aura et des différences évidentes comparé aux trois précédents opus.
Déjà, le fait de réentendre chanter Vortex en vocaux extrêmes avait de quoi susciter une légère inquiétude. Inquiétude balayée dès la première écoute tant l’ensemble des lignes vocales, toujours d’une richesse ahurissante, sont le fruit d’un grand travail. Que ce soit la voix enchanteresse de Vortex, ses vocaux hurlés ou ceux plus sombres de Lars, on se demande parfois où ils vont puiser une telle inventivité dans les voix, pour marier tous ces cris, ces déclamations, ces moments de poésie...La seconde chose qui est évidente...c’est l’accessibilité presque surprenante de l’album. Non pas que l’album soit simple, très loin de là, mais son assimilation, sa compréhension et le caractère très immédiats d’un certain nombre de mélodies peuvent surprendre. J’entends déjà (vive le web !) que Borknagar est devenu plus easy-listening, c’est un pas que je ne franchirais pas mais surtout, le dire de façon péjorative serait faire injure à la qualité musicale de ce formidable opus.
Il est clair que l’entame de "Up North", le premier extrait, peut surprendre. On pourrait presque penser à Amorphis au début, avant que les différentes facettes vocales n’explosent et que le travail rythmique ne fasse son effet. Le nouveau batteur est impressionnant de polyvalence, les riffs et les mélodies se superposent de partout, des blasts surgissent sur des passages purement black dans lesquels Vortex reflètera son aura de lumière, accompagné de multiples arrangements de claviers donnant à la musique des airs de kaléidoscopes mélodiques. Si certes la mélodie principale se retient, ce n’est qu’après de multiples écoutes que toutes les subtilités ne nous parviennent.

"Thunderous" débutait pourtant sur du pur Borknagar, du haut de ses huit minutes. Toutes les influences du groupe ressortent. Un tempo rapide, des chœurs, des passages acoustiques, un semblant de folk et des moments plus intenses pour faire ressortir la colère éternelle de la nature. On retrouve cette même fascination pour la brutalité naturelle du monde et des anciens sur le ténébreux "The Fire that Burns", respirant une authenticité immense dans sa démarche musicale. Le refrain en clair est unique et permet de revenir au chant black juste après, entre ombre et lumière. Il en est de même sur le radical "Mount Rapture", typiquement norvégien et dans la veine la plus extrême des compositions du groupe, épique et guerrière à souhait.
Non la vraie différence se situent dans certaines compositions très mélodiques, presque poétiques et contemplatives, comme le groupe ne nous avait pas habitué. Oystein parle même pour "Wild Father’s Heart" de sa première « ballade », hommage à son père décédé. Acoustique, pleine de beauté et paisible, la chanson est un beau moment loin de l’habituelle décadence mélodique, parfois exubérante et expérimentale. Que dire également de la sublime "Voices", terminant l’album sur un véritable état de grâce poétique ? Le chant est d’une pureté incroyable, les riffs se décantent au fur et à mesure dans une grande mélancolie et résonnent comme une sorte de fatalité sourde, quelque chose d’inéluctable. Comme un chemin vers la fin, emplie de quiétude et de spiritualité. Les textes et le clip aident d’ailleurs à comprendre la chose en ce sens ... (« There are voices – in the air. There are voices – in my head. When I finally stop to breathe – all the voices will only linger in the field ... »).

Une conclusion à la hauteur d’un album probablement moins inclassable que par le passé mais toujours autant marqué du sceau de l’excellence et de l’honnêteté artistique. Car là où "Voices" termine l’opus, il est juste précédé par un "Tidal" de neuf minutes retraçant les différentes époques du combo, du black d’antan aux mélodies plus actuelles en passant par des passages plus progressifs des albums plus récents comme "Universal" ou "Urd". "True North" est une nouvelle réussite. Impossible de trouver un défaut objectif à tout ce travail accompli. Une œuvre dont il faut se délecter délicatement, avec le temps, et qui saura vous dévoiler tous ses secrets si vous êtes assez patients pour attendre. Magique.

1 Commentaire

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Molick - 08 Novembre 2019:

Merci pour la chronique !

Rien à rajouter, entièrement en accord avec tout le bien que tu en dis. C'est toujours très agréable d'avoir un groupe à la discographie bien fournie, qui parvient à sortir un album de cette qualité. Le groupe n'a rien à prouver, et pourtant il se surpasse sur ce True North, qui comme tu le dis, n'a pas de réel défaut. Le son est excellent (moins compressé que le précédent, plus naturel je trouve), les musiciens sont au niveau (et pourtant succéder à Baard n'est pas chose aisée), les compositions extrêmement variées (que ce soit dans un seul morceau ou sur tout l'album)...

Pour ce qui est du chant, je trouve que le duo Vortex/Lazare fonctionne incroyablement bien, comme si la musique était totalement articulée autour des lignes de chant (comme tu le soulignes, un travail dingue sur l'inventivité des lignes de chant), et surtout de leurx type de voix, ayant tous les 2 des chants clairs assez différents (Voices et Up North n'auraient pas rendu pareil s'ils avaient échangés les voix).

Bref, je pourrai continuer comme ça toute la journée. Déjà que Borknagar possédait une certaine régularité dans la (grande) qualité de leurs albums, ils trouvent le moyen de nous suprendre encore.

Chapeau bas !

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