Throes of Joy in the Jaws of Defeatism

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18/20
Nom du groupe Napalm Death
Nom de l'album Throes of Joy in the Jaws of Defeatism
Type Album
Date de parution 18 Septembre 2020
Labels Century Media
Style MusicalGrind Death
Membres possèdant cet album14

Tracklist

1.
 Fuck the Factoid
 
2.
 Backlash Just Because
 
3.
 That Curse of Being in Thrall
 
4.
 Contagion
 
5.
 Joie de ne pas Vivre
 
6.
 Invigorating Clutch
 
7.
 Zero Gravitas Chamber
 
8.
 Fluxing of the Muscle
 
9.
 Amoral
 
10.
 Throes of Joy in the Jaws of Defeatism
 
11.
 Acting in Gouged Faith
 
13.
 A Bellyful of Salt and Spleen
 

Bonus
12.
 Feral Carve-Up
 
14.
 White Kross
 
15.
 Blissful Myth
 

Durée totale : 00:00


Chronique @ JeanEdernDesecrator

16 Septembre 2020

Une illustration de la délicate ultra-violence de l'oxymore

J'ai eu la double chance de voir Napalm Death en concert en mars dernier. Une bouffée d'oxygène salutaire, sachant que voir un groupe jouer dans une salle de concert relève maintenant plus de la science fiction qu'un film de Christopher Nolan. Une baffe dans la gueule aussi, que le chanteur Barney Greenway et sa bande ont assénée avec une fougue juvénile, avec une setlist savamment concoctée de classiques dévastateurs. Seulement voila, les petits sacripans avaient terminé leur gig par deux nouveaux morceaux intrigants et torturés, dont... une reprise tétanisante du "White Kross" de Sonic Youth.
Il se trouve que ces deux titres aux sonorités très noisy sont sortis en février de cette année sous la forme d'un EP "Logic Ravaged by Brute Force", et que Barney clame à qui veut l'entendre que Napalm Death fait actuellement un virage en direction des influences de leur jeunesse, à savoir Killing Joke ou les Swans par exemple. Si on considère en sus les deux singles extraits du futur nouvel album de Napalm Death, à sortir la 18 Septembre 2020 sur Century Media, qui fleurent bon l'Indus dépressif de fond de cuve radioactive, je jubilais d'entendre monter au ciel la prévisible complainte des grindcoreux explorés.

Car Napalm Death, depuis son premier album "Scum" en 1987, représente toujours l'extrémisme musical indépassable, la balise du bout du monde au delà de laquelle les notes chutent libre vers l'infini néant qui entoure la Terre Plate. Évidemment, on peut faire plus chaotiquement bourrin, blaster plus vite comme un Lapin Duracell-Terminator, vomir des borborygmes plus vociférants, mais à quoi bon ? Quand on pense Grindcore, Metal Extrème, depuis plus de trente ans, c'est Napalm qui surgit à l'esprit.
Et pour cause. Pochettes à base de collages cradingues, morceaux lapidaires expédiés en une ou deux minutes - voire moins, vocaux gutturaux et ultra criards, guitares accordées très graves et très saturées, tout était poussé au maximum. Mais ce qui changeait tout, c'était les bombardements de blasts supersoniques de Mick Harris, qui écrasait à l'époque tout le monde en matière de rapidité et d'explosivité. Mais aussi de grimaces, il était champion incontesté des grimaces.

Ce groupe anglais a été créé en 1982 à Birmingham, et pour résumer sa carrière de 16 albums et pléthore d'EPs en quelques lignes, on pourra la scinder en quatre époques.

Des premières années chaotiques, avec d'incessants changements de membres, choisis parmi les musiciens les plus extrêmes d'Albion. Parmi lesquels son fondateur Nic Bullen, Bill Steer (Carcass), le chanteur Lee Dorian (futur Cathedral), Justin Broderick ( futur Godflesh), Mick Harris ( futur Scorn). Cette période aboutira à une rapide reconnaissance underground, avec deux albums brûlots, "Scum" et "From Enslavement to Obliteration", sortis sur Earache Records, qui ont pour ainsi dire mis fin à la course à l'armement du metal, jusque là dominée par le "Reign in Blood" de Slayer. Napalm Death apparaissait même à l'époque comme un phénomène de foire jusque dans des médias plus généralistes. Ils fûrents en outre adoubés par John Peel, qui a consacré plusieurs de ses plus fameuses Peel Sessions à Napalm Death, avec au passage un enregistrement bien plus flatteur que celui de leurs deux premiers albums.

La deuxième est une période plus orientée death metal, avec "Harmony Corruption", qui verra un ralentissement sensible des cadences, un alourdissement des guitares, et un rallongement des morceaux qui bénifiecieront de véritables structures. Le line-up va se stabiliser pour de longues années autour du guitariste Mitch Harris et de Shane Embury à la basse. Arriveront successivement un Barney Greenway (growls) à peine sorti de l'adolescence, et venus d'outre atlantique, le batteur Danny Herrera, et le guitariste de Terrorizer, Jesse Pintado. L'album suivant "Utopia Banished", produit par Colin Richardson, confirmera cette tendance à l'épaississement de la couenne par le death metal.

Viendra alors une période assez controversée, où Napalm Death changera radicalement d'orientation musicale, pour un death à tendance industrielle très sombre et dépressif, avec "Fear Emptiness Despair", en 1994, et "Diatribes" en 1996. Il se trouve que ce sont mes albums préférés de Napalm Death, mais beaucoup ont lâché le groupe à cette époque, ne retrouvant plus l'ultraviolence qui caractérisait le groupe. L'identité visuelle a subi elle aussi un lifting radical, avec un logo simplifié, et des artworks plus communs, pour ne pas dire anodins. Les deux albums suivants "Inside the Torn Apart" et "Words from the Exit Wound" seront de l'avis général les moins bons de Napalm Death, bien loin de leur Death/Grind d'antan, et il était clair que le groupe était en bout de course, notamment avec son Label Earache, dont ils se séparèrent dans la foulée.

Depuis 2000 et le furibard "Enemy of the Music Business", c'est justement un retour salutaire à une bonne et saine ultra-violence musicale qui a remis en selle les pionniers du Grindcore. Les sept livraisons discographiques qu'ils ont catapulté au XXIème siècle, si elles ont chacune leur couleur propre, ont en commun une sauvagerie intacte et un retour aux thèmes qui fâchent : même l'imagerie et le logo mythique portent la marque de cette intransigeance revendicatrice. Cette période a été aussi marquée par le départ de Jesse Pintado en 2004, miné par une certaine lassitude, mais aussi par des problèmes d'alcool, qui ont mené par la suite à son décès en 2006. Depuis, le groupe en est resté au quatuor Barney Greenway/Shane Embury/Danny Herrera/Mitch Harris, ce qui a resséré la musique du groupe et augmenté son efficacité, s'il y en avait besoin. Leur dernier album en date, "Apex Predator - Easy Meat", en 2015, montrait un groupe en pleine forme, balançant avec une maîtrise difficilement égalable une Musique Extrème (mettons des majuscules): de la violence impitoyable avec toutes les couleurs de la boucherie.

Si on se retourne sur la discographie de Napalm Death, on peut voir qu'ils ont exploré tous les territoires musicaux qui éveillaient leur curiosité, quitte à se perdre en chemin, avec plus ou moins de conviction. Chaque album est unique, et même si certains ont divisé les fans, l'honnêteté et l'intégrité du groupe, dans tout ce qu'il fait, forcent le respect.

Nous voici revenus en 2020, et Napalm Death a du interrompre sa tournée en Allemagne. L'actualité de nos britons favoris n'est pas restée confinée pour autant, puisque Shane Embury, avec son side-project en solo Dark Sky Burial, a sorti en Avril 2020 un envoûtant disque d'indus ambiant synthétique, "De Omnibus Dubitandum Est" à la croisée de Scorn, Godlesh, Ulver et Kraftwerk. Heureusement pour nous, Napalm Death n'a pas ajourné tous ses plans pour 2020, et leur nouvel album "Throes of Joy in the Jaws of Defeatism", produit par Russ Russell, verra bien le jour cet automne.
Le militantisme du propos est toujours présent, dans les thèmes abordés par les paroles (ici, la négativité dans la société, la peur et les rapports entre les gens), et bien sûr dans l'artwork de Frode Sylthe. Moi qui n'aime rien tant que le rituel du poulet dominical, à la peau dorée suintant le gras, la vue de ce pauvre volatile étranglé par une main en gants de latex a un peu gâché la fête. La chair est faible, pauvres mortels.

Si on en revient à la musique, je vous rassure, Napalm Death n'a pas viré sa cuti pour faire du post rock noisy. L'enchaînement des quatre premiers titres branle la gueule, pour le dire poliment. Les passages grinds et roulements mitrailleuse sont de sortie dès l'opener "Fuck The Factoid", et la voix caverneuse de Barney harangue l'indolent avec toujours autant de véhémence. Il n'est cependant pas question ici de refaire un "Apex Predator 2", et cet album surprend par sa variété autant que sa puissance massive.
Napalm est arrivé à fusionner toutes ses composantes les plus caractéristiques et les plus irréconciliables. On encaisse avec un masochisme retrouvé la brutalité des grinds, on hoche frénétiquement du chef au rythme de leur explosivité punk et hardcore ("That Curse of Being in Thrall", "Zero Gravitas Chamber"), on jubile de ces murs de guitare bien grasse Death et/ou Thrash (ah, le riff moteur vicieux de "Fluxing of the Muscle"), on frémit aux notes dissonantes qui distillent une ambiance torturée, et on se pète les cervicales sur des breakdowns à Moshpits ("Backlash Just Because",...).
L'aspect vieil indus/noise promis est bien présent, mais juste sur quelques titres comme "Amoral", qui fait penser à un mélange de Ministry et Killing Joke avec un rythme martial et presque dansant, ou "Invigorating Clutch", lancinant et massif comme un Iceberg qui chatouille un supertanker. Le coté dissonant se trouve niché au coeur des "mélodies", dans quelques passages de-ci de-là, lents style Killing Joke, ou rapides à la Converge.
Mais il y a aussi une étrangeté atonale dérangeante dans certains titres, comme "Joie de ne pas Vivre", ou le tribal et mystique "A Bellyful of Salt and Spleen", avec le concours de l'Académie des Gros Toms Basse (ne cherchez pas, je l'ai inventé, et il faudrait que ça existe). Cela fera au total quatre titres qui pourront rebuter certains, pour ne pas dire la majorité des fans, car certains errements musicaux demandent une certaine capacité d'abandon pour entrevoir un genre de beauté repoussante. Un peu comme sur leurs pochettes.
Tout cela s'enchaîne avec le naturel d'un bol de Quinoa et la précision d'un scalpel sur une carotide. Il y a une concision dans le choix des riffs et des genres qui rendent les compositions fluides, bien plus que sur l'album "Utilitarian", pour ne pas le citer.

Plusieurs choses m'ont enchanté sur "Throes of Joy in the Jaws of Defeatism" : cette efficacité implacable, amplifiée par une production à la fois claire, puissante et brute, ainsi qu'une présence, une âme qui hante chaque titre comme un fantôme, tribale, païenne, désincarnée mais si vivante. Un album furieux et halluciné, qui parvient à toucher des cordes sensibles en vous défonçant sans ménagement.
Je confesse que j'aurais été curieux de voir un album totalement noise/industriel, et il est fort probable que Napalm aurait réussi l'exercice, tout en se mettant à dos des aficionados les plus féroces. Et ça aurait été bien dommage.
Mais heureusement, le quatuor de Birmingham a réussi à merveille à mixer sa brutalité légendaire à ces velléités exploratrices, avec une efficacité et un sens de la composition qui me laisse coi. Comme toujours, cet album ne fera pas consensus, mais je gage que les Napalm Death ont réalisé l'album qu'ils désiraient vraiment à ce moment.

Difficile de réaliser que ces quatre musiciens jouent ensemble depuis 28 ans, et ont réussi envers et contre tout à garder une fraicheur, une envie de jouer et de créer qui anime aussi bien leurs prestations scéniques que leurs enregistrements. Album après album, Napalm Death se renouvelle comme un serpent fait sa mue, en jouant sur toute sa palette d'influences. En 77, les Sex Pistols criaient "No Future", en 2020, Napalm Death balance "Throes of Joy...". Comme quoi, il y a encore de l'espoir.

16 Commentaires

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krakoukass56 - 20 Septembre 2020:

Barney Green c'est le cousin de Derrick ?
 

JeanEdernDesecrator - 20 Septembre 2020:

Krakoukass56 : Uh Uh, non, il s'appelle Greene, Barney. Par contre, Derrick Green, c'est pas non plus le fils caché de l'Inspecteur Derrick, je t'arrête tout de suite, :-p

 

krakoukass56 - 20 Septembre 2020:

Euh... c'est pas Greenway, on m'aurait menti ?
 

JeanEdernDesecrator - 20 Septembre 2020:

Krakoukass56 : Merde. Je vais aller m'enterrer au Groeland. C'est Greenway. En plus, j'ai répété l'erreur plusieurs fois dans la chro. Hop, corrigé !

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