S.C.I.E.N.C.E.

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Nom du groupe Incubus (USA-1)
Nom de l'album S.C.I.E.N.C.E.
Type Album
Date de parution 09 Septembre 1997
Produit par Jim Wirt
Enregistré à 4th Street Recording
Style MusicalNéo Metal
Membres possèdant cet album126

Tracklist

1. Redefine 3:22
2. Vitamin 3:13
3. New Skin 3:51
4. Idiot Box 04:07
5. Glass 03:37
6. Magic Medicine 03:03
7. A Certain Shade of Green 03:11
8. Favorite Things 03:11
9. Summer Romance (Anti-Gravity Love Song) 04:26
10. Nebula 03:50
11. Deep Inside 03:55
12. Calgone 16:05
Total playing time 55:52

Chronique @ Game_system

17 Novembre 2018

Un véritable laboratoire musical où des genres improbables se croisent pour une expérience intense

En plein milieu des années 90, le monde bougeait et sautait au son de la toute nouvelle génération néo-metal qui révolutionna le genre metal à jamais, au rythme des riffs énergiques et des vocaux saturés des premiers Korn, Limp Bizkit et autre Deftones. Tandis que ces derniers se sont rapidement imposés dès le premier album, quelque part en Californie un groupe au nom d’Incubus sort en toute discrétion une première œuvre en 1995, au doux nom de Fungus Amoungus. Pas vraiment dans la fièvre de la mouvance néo-metal qui ne cesse de faire des adeptes à travers le monde, ce premier album était davantage dans une optique funk metal. Passé inaperçu, il s’inscrit pourtant dans l’ère de son temps à l’heure où des formations telles que Rage Against The Machine, Suicidal Tendencies ou encore Infectious Groove ont apporté des touches funk aux sonorités hard rock et metal. Cela n’a semble-t-il pas découragé le groupe qui a décidé de continuer sa route avec la sortie en 1997 de son deuxième album, SCIENCE. Et là, c’est une toute autre histoire.

SCIENCE, en voilà un album dont le nom a été soigneusement choisi pour représenter le mieux possible son contenu. Car ici, nous avons bien affaire à un laboratoire, où divers horizons musicaux se croisent et se mélangent pour former un tout qui est le résultat d’expériences inédites dans le domaine. C’est la vision qu’avait Incubus au moment de le concevoir, ils voyaient cela comme une occasion d’expérimenter la fusion de genres a priori éloignés entre eux et dont rien ou presque ne semble pouvoir lier les uns aux autres, dans le but d’obtenir une patte musicale unique. D’où le titre de l’album, SCIENCE, qui fait directement référence aux méthodes scientifiques (ou plutôt chimiques) qui consistent à mettre en relation des substances différentes entre elles dans le but d’observer le résultat et de garder le ou les plus utiles pour faire avancer la science (vous remarquerez des éléments de la table périodique sur la pochette, accompagnés de la tête du père du chanteur Brandom Boyd sur un paysage de fond de montagnes, mais là par contre ne me demandez plus pourquoi).

On retrouve dans l’album les éléments funk caractéristiques de Fungus Amoungus, avec une base bien groovy et rythmée, mais avec des rythmiques nettement plus influencées par le hip-hop. A cela s’ajoutent des éléments directement issus du jazz et du néo-metal (comprenez par là des riffs taillés pour les mouvements de foule et les headbangs, les scratchs de la platine du DJ et la présence d’un chant largement valorisé, accompagné de quelques hurlements) et vous obtenez l’un des albums les plus créatifs et uniques que la génération néo-metal des années 90 a pu avoir avec Rage Against The Machine et System Of A Down.

« Redefine », qui a la tâche d’ouvrir l’album, constitue déjà un bon exemple de l’expérience musicale atypique qui nous attend. Il débute avec un son étrange (elle semble issue d’une sorte d’instrument à vent) accompagné par un riff de guitare qui monte très vite vers le saturé accompagné de sons de platines. Tout au long de l’écoute, le titre va connaître divers changements musicaux avec des parties funk à d’autres plus metal en passant par des sonorités hip-hop, le tout avec un refrain entêtant. Cela peut paraître un peu casse-gueule dit comme ça, et pourtant, à aucun moment la chanson ne perd en cohérence. Dans le même degré d’expérience musicales loufoques, il y a le très bon « A Certain Shade of Green », choisi comme premier single (avec un clip vidéo déjanté à l’image de la musique) qui mélange tout autant de genres musicaux différents mais avec un rythme plus effréné et qui fait beaucoup mieux en termes de refrain et de riffs ; à n’en douter une des plus réussies. Les délirants « Deep Inside » et « Calgone » poussent le bouchon encore plus loin en mélangeant des genres et des structures toujours aussi éloignées les unes des autres : on passe facilement de passages jazzy à des riffs néo explosifs en mode jump pour la première ou encore de moments atmosphériques hypnotisants à des passages très rapides et lourds chantés de manière quasi-schizophrénique pour la deuxième ; et ce, sans jamais perdre l’art de pondre de bon riffs et d’excellents refrains (particulièrement pour « Calgone », d’une grande efficacité) qui fait définitivement la marque de fabrique d’Incubus dans cet opus.

Qu’à cela tienne, SCIENCE ne se contente pas seulement de mélanger. Certaines chansons sont plus posées, plus classiques et moins loufoques, mais sans jamais perdre une once d’efficacité. Ainsi, « Idiot Box » a un lourd riff joué plus lentement accompagné des excellents vocaux de Brandom Boyd qui, cette fois-ci, se contente de seulement chanter. C’est également le cas de « Favorite Things », un peu plus dynamique que la précédente mais répondant à la même structure. D’autres sont dans un genre complètement différent. « Magic Medicine » est un titre trip-hop instrumental, accompagné de samples vocaux ironiques de contes pour enfants. Je ne vais pas vous cacher le manque d’intérêt que j’éprouve vis-à-vis de cette chanson, qui constitue, de mon point de vue, la seule et unique qui rate son coche dans tout l’opus. Beaucoup plus intéressant, « Summer Romance (Anti-Gravity Love Song) » est une dance ballade avec des instruments et des structures exclusivement jazzy et… qu’est-ce que ça fait bouger ! Le titre porte bien son nom, on s’imagine parfaitement sur une terrasse en fin d’une chaude après-midi d’été, près de la plage avec le petit vent frais qui va avec, en train de dancer en rythme tout en claquant des doigts… Un petit vent de fraîcheur bienvenu qui rend l’écoute de l’album plus agréable mais aussi un dernier court instant relax avant l’avalanche que constituent les derniers titres, qui sont dans un registre plus délirant et plus rapide. Enfin, dernier apport original, dans « New Skin » et « Vitamin » on note la présence de percussions réalisées avec… un bongo ! Quant on vous dit que cet album mélange tout ce qui paraît improbable. À noter que l'album contient une piste cachée, vraisemblablement sans nom, assez curieuse. Elle assemble plusieurs parties musicales complètement différentes qui semblent n'avoir aucun rapport les unes avec les autres, et ce durant plusieurs longues minutes (elle est plus longue que "Calgone").

Le succès de SCIENCE n’est pas seulement musical, il est aussi en grande partie dû aux grands talents du chanteur Brandom Boyd, qui nous gratifie d’un exercice vocal exemplaire. Il montre qu’il est un grand chanteur, et va encore plus loin que sur l'album précédent ; là, il développe ses cordes vocales avec une plus grande liberté, dans chaque chanson ou presque il tente quelque chose de différent et s’adonne au défi de l’expérience vocale au même titre que la musique. Alors il rappe, parfois il hurle, à d’autres moments il prononce des mots à une très grande vitesse… mais lorsqu’il chante on reste sidéré par tant de talent et de maîtrise. « New Skin » nous met une claque avec son excellent refrain chanté à la perfection, d’une puissance et d’une clarté qui impressionnent. « Summer Romance (Anti-Gravity Love Song) » n’aurait jamais été aussi dansant sans la prestation exemplaire du chanteur, qui s’essaye avec grand succès au style jazz/soul avec plus de sensualité et de chaleur dans sa prestation, à en croire qu’il a pratiqué cela durant toute sa vie. « Idiot Box », « Calgone » et « Deep Inside » sont également notables par ses bonnes performances vocales. Cet album constitue sans doute l’apport le plus remarquable de la part de Boyd chez Incubus.

Les nombreux styles musicaux dans l’album ne se mélangent pas toujours parfaitement sur quelques rares passages, mais contribuent à créer un son solide et personnel qui définit l’identité du groupe, faisant de ce SCIENCE un OVNI musical pour son époque. Un véritable laboratoire musical où des genres improbables se croisent pour une expérience musicale intense. Une contribution admirable pour un genre plus connu pour balancer des décibels que pour offrir une expérience inédite de qualité. Malheureusement, aussi réussie cette expérience musicale soit-elle, ce sera la seule à proposer un son pareil dans la carrière d’Incubus. En effet, dès l’album suivant, Make Yourself, le groupe tentera une approche plus axée vers l’alternatif metal tout en gardant une part importante d’expérimentation sonore, pour un résultat certes peut-être moins excitant, mais tout aussi intéressant.

6 Commentaires

3 J'aime

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Game_system - 20 Novembre 2018:

@Rambo53: Je pense que n'importe quel fan du groupe est d'accord pour dire qu'il s'agit bien de leur meilleur album. Qu'ils se soient mis à faire quelque chose de plus pop, à la limite c'était prévisible j'ai envie de dire, mais le problème c'est qu'ils ont perdu une grande partie de leur personnalité en se concentrant trop sur ce côté pop. D'où le manque d'intérêt des derniers albums.

Un didgequoi ! xD Dis comme ça, jamais entendu parler de cet instrument, je vais voir ça tout de suite, merci pour l'info !

@Rollon63: Content de t'avoir fait raviver de si précieux souvenirs :) Je le suis pris également une immense claque sonore en achetant cet album pour la première fois, je connaissais déjà A Certain Shade of Green que j'avais vu à la télévision et que j'adorais déjà. Durant tes jeunes années metal tu as donné juste là où il fallait !

krashno - 02 Décembre 2018:

Bonne chronique, bon album. Une fusion pas si éloignée  de ce que faisait Faith No More.

Game_system - 08 Décembre 2018:

Merci pour ton com' ! Oui, on peut comparer cela avec ce que faisait Faith No More, sous une forme peut-êtrep lus metal, mais tout aussi plaisante

Goneo - 15 Décembre 2018:

Leur meilleur opus pour moi aussi, même un des meilleurs albums de néo métal. Un groupe que j'ai complétement laché à la sortie de Mourning view.

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