Quid Pro Quo

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Nom du groupe In Extremo
Nom de l'album Quid Pro Quo
Type Album
Date de parution 24 Juin 2016
Style MusicalFolk Metal
Membres possèdant cet album15

Tracklist

1.
 Störtebeker
 03:34
2.
 Roter Stern (ft. Hansi Kürsch (Blind Guardian))
 03:32
3.
 Quid Pro Quo
 03:06
4.
 Pikse Palve
 03:41
5.
 Lieb Vaterland, Magst Ruhig Sein
 05:16
6.
 Flaschenteufel (ft. Heaven Shall Burn)
 04:22
7.
 Dacw' Nghariad
 04:18
8.
 Moonshinder
 04:12
9.
 Glück auf Erden
 02:54
10.
 Чёрный Bорон (Schwarzer Rabe)
 03:44
11.
 Sternhagelvoll
 04:03

Bonus
12.
 Wenn das Licht Angeht
 03:26
13.
 Palästinalied
 03:48
14.
 Quid Pro Quo (Akustik-Version)
 03:27

Durée totale : 53:23


Chronique @ Hibernatus

12 Décembre 2016

Retour aux fondamentaux par certains aspects, mais aussi tentation d'explorer d'autres horizons

Originaire de l'ex-Allemagne de l'Est, In Extremo exploite, à l'instar de leurs compatriotes de Subway to Sally, le créneau original du Metal médiéval. Le Rock avait une tonalité sulfureuse dans l'ancien paradis des travailleurs d'Erich Honecker et la jeunesse se réfugia parfois vers des musiques moins susceptibles d'attirer sur leurs têtes les foudres de la Stasi, comme les musiques folkloriques et moyenâgeuses, très en vogue en DDR. La chute du mur libéra énergie et confiance et permit l'éclosion d'étonnantes fusions comme la musique d'In Extremo, où les soli ne sont jamais de guitare mais plutôt de cornemuse.

Les récentes productions du groupe m'avaient un peu déçu et éloigné de cette formation que j'apprécie beaucoup. Mais il y a quelques mois, chez mon disquaire préféré, la pochette de leur dernière sortie en date, « Quid pro Quo », attira mon regard. La mémorable bagarre entre des membres du groupe à l'évidence très éthylisés m’interpella et je me laissai tenter. Bien m'en prit : si cet album n'atteint pas les sommets de « Verehrt und Angespien », « Sünder Ohne Zügel » et autres « Sieben », il est d'une très honorable facture, d'une écoute fort agréable et pourrait même augurer certaines futures inflexions stylistiques. Ajoutons qu'il est servi par une production impeccable et puissante.

Expédions d'abord les choses qui fâchent. Lieb Vaterland, Magst Ruhig Sein, dont l'intitulé provient d'un chant patriotique allemand du XIXe, Die Wacht am Rhein, se veut dénoncer l'endoctrinement et la fascination pour la guerre instillée dans l'esprit de la jeunesse au nom du nationalisme. Soit. Mais sur la forme, il a tendance à me hérisser le poil : il est décliné sur une bien mièvre mélodie (ces chœurs d'enfants gnan-gnan sur le 2e refrain!) et empreint d'un pathos maladroit. Fin du coup de gueule ronchon, passons au reste, bien plus positif.

Bonne surprise de l'album, In Extremo renoue avec les réinterprétations de chansons traditionnelles en langues anciennes ou étrangères, parfois des plus improbables, et qui manquaient cruellement dans les précédentes sorties. Ne trouvant un peu de son électrifié que sur la fin, Pikse Palve est une danse incantatoire rythmée par des percussions païennes et chantée en... estonien ! Introduit par des tambours et des cornemuses solennels, puis par la chalémie aux sonorités de bombarde bretonne (c'est de la même famille, celle du hautbois), le traditionnel gallois Dacw 'Nghariad se voit très vite soutenu par le caractéristique riffing pesant du groupe et enlevé par la voix rugueuse de Micha Rhein, « das letzte Einhorn » (la dernière licorne).

Intuitivement surprenant chez des anciens Allemands de l'Est, les membres du groupe sont très russophiles et tournent d'ailleurs souvent dans les pays de l'ex-URSS. Rien d'étonnant donc que le 3e titre traditionnel, le Corbeau Noir (je m'épargne le cyrillique et vous donne la traduction française) vienne du pays des steppes infinies et soit chanté en russe. Le creuset alchimique d'In Extremo fait merveille : il sertit comme un diamant la sensibilité musicale exacerbée de la Russie dans l'écrin d'un Metal à la fois lourd et fluide, aidé en cela par la participation (homéopathique) des chœurs cosaques Kasatschij Krug de Moscou.

Ces mêmes chœurs contribuent également à une autre composition russophile, mais cette fois originale, Roter Stern (attention, cette étoile rouge n'est pas celle que l'on pourrait croire, mais le logo d'une marque de vodka!) ; das letzte Einhorn cède ici la place au vocaliste de Blind Guardian, Hansi Kürsch, qui se trouvera étonné d'avoir à chanter ce mélodieux mid-tempo... en allemand, sa langue natale ! Décidément bien partageux, In Extremo offre aux Saxons metalcoreux de Heaven Shall Burn les plages vocales de Flaschenteufel (le diable de la bouteille), une énergique pièce aux tonalités orientalisantes, bien normales pour un titre inspiré des « mille et une nuits » ; plus en harmonie avec celle de Rhein, les voix rêches de Marcus Bischoff et d'Alex Dietz surprennent moins que celle de Kürsch sur Roter Stern.

Les membres d'In Extremo adorent la mer, chose qui me les rend d'autant plus sympathiques, et il est rare qu'un de leurs albums n'y fasse pas référence : ici, Störtebeker emplit cet office. Ce titre enjoué et haletant évoque un pirate géant ayant écumé la Baltique au XIVe siècle et considéré comme un Robin des Bois nautique. Son nom signifiait « vide le godet » et faisait référence au fait que toute personne voulant intégrer son équipage devait avaler cul sec une chope de 4 litres. Capturé et condamné à mort, il demanda la grâce de ses camarades pour peu que son corps décapité les dépasse en taille, et la légende veut que son cadavre supplicié se soit relevé pour passer en revue ses infortunés compagnons qu'il dominait toujours (précisions utiles pour saisir la vidéo officielle, par ailleurs assez loin de l'imagerie pirate).

Tout en respectant formellement les canons Folk Metal du groupe, le reste de l'album est plus moderne d'inspiration. Deux titres aux ambiances douce-amères exaltent les plaisirs de ce monde, et notamment ceux de la dive bouteille. Le très irlandais Sternhagelvoll insère dans ses paroles allemandes une discrète référence au traditionnel « Wild Rover » : « I spent all my money on whiskey and beer ». Et la tranquille ballade Moonshiner (aussi en allemand, en dépit du titre) fait aussi penser au Wild Rover avec ses allusions rêveuses au vagabondage, au jeu et à la picole.

On passe à d'autres préoccupations avec le rythmé Glück auf Erden, soucieux d'écologie : le groupe ne nous avait pas habitué jusqu'alors à des problématiques sociales contemporaines. Et pourtant, l'éponyme Quid pro Quo surenchérit en la matière, dénonçant vivement l'universelle marchandisation de nos sociétés, non sans insister avec auto-dérision sur la complaisance avec laquelle nous nous y soumettons tous... Mais c'est avant tout musicalement que ce morceau interpelle. Agrémenté de rares cornemuses, il est carrément indus et se met à ressembler plus que jamais à Rammstein. Un bon titre, mais déroutant chez In Extremo ; quand on y réfléchit, on dénote des signes de cette évolution indus dans le reste du disque, sur Flaschenteufel, notamment.

On peut dès lors s'interroger sur l'avenir musical du groupe. Retour aux fondamentaux par certains aspects, mais aussi tentation d'explorer d'autres horizons. L'avenir dira ce que privilégiera In Extremo, mais place au plaisir immédiat : à long terme nous serons tous mort. Et sur cette question, ce disque des Allemands, qui fait globalement plus de place au gros riff qu'aux instruments traditionnels, est un hymne à la vie, il met de bonne humeur. Sa tonalité d'ensemble est joyeuse, une joie bancale, non exempte de gravité, certes, mais obstinément résolue. En témoignent les photos qui émaillent le livret du CD : bagarre et réconciliation démonstrative d'ivrognes, joueurs de cartes enthousiastes et hallucinés, cohorte plus ou moins titubante arpentant une rue nocturne au terme d'une soirée arrosée... Un retour aux affaires qui fait grandement plaisir et qui donne envie de savoir de quel bois sera fait le prochain.

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samolice - 17 Décembre 2016: Merci Jean Luc pour la chro d'un groupe dont je ne connaissais pas l'existence avant ce jour. J'ai donc écouté le titre posté au bas de ton texte. Je dois confesser que je crains fort que le folk metal ne soit jamais ma tasse de whisky. Si tant est que tu classes ce groupe dans le folk métal, ce que je ne peux garantir puisque j'y pipe que dalle. Bref, j'aurai probablement l'occasion de retenter le coup avec ce groupe en ta compagnie. Lors d'une soirée arrosée par exemple. Tu m'as bien initié à Virgin Steele :-)
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