II

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Nom du groupe Mehen
Nom de l'album II
Type Album
Date de parution 03 Janvier 2020
Style MusicalMetal Progressif
Membres possèdant cet album1

Tracklist

1.
 Alaska
Ecouter06:30
2.
 Perpetual
Ecouter03:46
3.
 Cathartic
 06:47
4.
 Mausoleum
 04:46
5.
 Acres to Hectares
Ecouter07:28
6.
 Nadir
 03:59
7.
 Quasars
 05:55
8.
 Cycle
Ecouter04:41

Durée totale : 43:52

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Mehen

  • Vestiges


  • Chronique @ JeanEdernDesecrator

    13 Janvier 2020

    Un metal progressif antédiluvien et enchanteur

    A Spirit Of Metal, nous avons avons des produits frais concoctés par des petits producteurs locaux, artisans bourrus de la chronique, reporters de guerre du Live en rase campagne, interviewers de protagonistes chevelus introuvables dans les hypermarchés du metal.
    Et il existe dans notre forum un "Antre des Guitaristes" (ce n'est pas un donjon de Skyrim, jeune otaku), petite pépinière de talents ou nos SOMiens musiciens nous font partager leurs créations. Je citerais quelques groupes comme Bestial Order et son thrash old school, et des One Man Bands, Dissident0 et son Ghost Agora proposant un thrash aux accents orientaux en constant progrès, Chaoticalex74 et son black/death progressif agrémenté de claviers virevoltants, et Ankalagon aka Fall Of Sapiens qui mèle metal, symphonies de cuivres et cordes sur fond d'ambiances naturalistes contemplatives.
    Et il y a Mehen, un One Man band qui nous vient de Nancy, dont j'avais chroniqué le très prometteur EP "UN" il y a quelques mois. Aux manettes, se trouve J. qui œuvre aussi dans un duo (Two Men Band ?) appelé Decoherent, qui a déjà accouché un très intéressant album en 2015, et en mode standby depuis lors. Ce premier EP "UN" avait déjà de la gueule, un son puissament correct et un potentiel certain.

    Etant d'un naturel généreux et désintéressé (à l'armée, on me surnommait "Mère Theresa"), j'essaie de donner un maximum de retours à nos forumeurs musiciens, pour les titiller un peu, aussi. A l'époque de la chronique de "Un", quelques futures compos de "II" étaient déjà en ligne sur la page Bandcamp du projet, et je ne cache que j'avais un peu peur que Mehen souffre du Syndrome qui gangrène les One Man Bands amateurs : seuls avec leur musique, sans avis extérieurs, beaucoup répètent les mêmes erreurs, ou s'endorment sur leurs cyberlauriers et n'arrivent pas à faire évoluer leur musique au delà d'un certain stade.
    Si la partie guitare était encore plus impressionnante que sur "II" que sur "Un", la basse était quasi inaudible, la batterie programmée était moins recherchée, et les compos plus répétitives souffraient d'un certain manque de relief. Quand au son, il était meilleur pour chaque instrument mais assez déséquilibré. Certes c'étaient des versions de travail pas mixées, mais il vaut mieux recevoir des critiques constructives à ce stade qu'une fois l'opus lancé en grande pompe.
    Beaucoup de One Man Bands auraient considéré ces retours du genre : "Balek, je fais ce que je veux, I am the king of the world.", quand on est tout seul aux commandes, on peut être persuadé d'avoir toujours raison. Mais J. a semble-t-il pris le temps de tout remettre à plat et de changer de braquet pour pousser plus loin ses ambitions.

    Quelques mois de silence insoutenable plus tard, "II" est ressorti du four bien différent du premier jet. Une première chose saute au visage : le son est impressionnant pour une autoproduction, plein comme un œuf de tricératops, avec une lourdeur maîtrisée dans les graves, un bon équilibre général et des sons de guitare d'une amplitude généreuse réglés au quart de poil. J'avais beau connaître déjà certains titres comme "Alaska", "Perpetual" ou "Catharsis", le travail de ciselure soigné transforme complètement leur écoute et ajoute relief et substance aux morceaux.

    J. étant guitariste, cet instrument est à particulièrement l'honneur ici, on a à la fois une sensation "mur de guitares" à la Gojira (spécialistes s'il en est des parpaings sonores), et dans le même temps, en tendant à peine l'oreille, on peut discerner les différentes couches mélodiques. Les différents tones de guitare sont bien définis, rythmiques pachydermiques, guitares mélodiques claires ou crunchs, avec ce qu'il faut de reverb, de delay et de tutti quanti pour donner de l'ampleur aux compositions.
    Il y a parfois presque trop de pistes guitares, mais heureusement, le dosage reste cohérent et adapté suivant les parties.

    La basse est enfin présente, autour de la ligne de flottaison sonore. Parfois elle disparait un peu sous les guitares rythmiques sur les passages les plus écrasants (les allers retours saccadés marqués à l'unisson de "Mausoleum"), mais dans les passages mélodiques (les morceaux "Nadir", "Quasars", et "Cycle") elle se montre enfin et fait apprécier son grain sonore. Elle aurait gagnée à être un micro poil plus forte. On ne le répètera jamais assez, messieurs les six-cordistes, mettez de la basse, plein ! Et arrêtez de vous foutre de la gueule des bassistes.

    Les rythmiques programmées souffrent toujours un peu du Mal-du-One-Man-Band-De-Guitariste : une grosse caisse trop uniforme en volume, chose difficile à rendre réaliste si on a pas tâté sérieusement des fûts, je le concède. Cependant, la batterie étant mixée un poil en arrière, rentrée dans le mix, l'effet double grosse caisse de Terminator est atténué, ouf. Pour tout le reste du kit, les éléments sont bien rendus.

    Coté compositions, ça n'a pas chômé on est passé d'un ex-futur EP un peu rèche à un véritable album de 43 minutes, avec huit morceaux chiadés dans la lignée de The Ocean, Gojira et Neurosis. Comme le suggère la très jolie pochette de temple souterrain égyptien, il y a une influence orientale/Egypte antique dans certaines mélodies ou ambiances ( l'intro et la fin de "Perpetual", le thème général de "Cycle", …), qui apporte une dose d'originalité bienvenue.
    On peut dégager deux parties à cet album : un Mehen monolithique et antédiluvien, sur les cinq premiers titres, avec des passages lourdissimes, parfois syncopés. Le couple grosse caisse/caisse claire suit le plus souvent les guitares rythmiques, avec parfois des patterns déconstruits mode indus, ou un coté tribal (les cavalcades de kick de mammouth sur "Alaska"). Il y a heureusement des plages de soulagement enchanteur ("Perpetual") ou inquiétant (la fin de "Cathartic"), dans certaines intros, fins, ou disséminées dans les morceaux. La deuxième partie de l'album voit un Mehen plus aventureux et aérien, toutes proportions gardées, sur les trois derniers morceaux, qui relâchent toute la pression accumulée sur la première partie et permettent de finir ce repas auditif pantagruelique sans rôter d'indisgestion.
    Vu l'homogénéité du disque, difficile de faire ressortir un titre du lot, si ce n'est un "Perpetual" majestueux, un "Acres to Hectares" à la progression en montagnes russes qui me colle bien les poils, un "Mausoleum" violent qui n'a pas grand-chose à envier à un Gojira instrumental, ou "Cycle" qui clôt cet album sur une note contemplative.

    Il y a bien -mode chipoteur ON- quelques menus défauts, hormis ceux déjà cités. On peut noter une certaine redondance rythmique sur la longueur, pour les passages les plus lourds assaisonnés de double grosse caisse. Il manque aussi des mélodies vraiment marquantes ou catchy (qu'il y avait sur "UN"), ce qui fait que plusieurs écoutes sont nécessaires pour rester accroché. D'ailleurs, ce défaut était bien plus présent sur la version de travail, et je dois avouer que j'avais peur que "II" soit moins bon que "UN" s'il restait en l'état, même si le coté un peu répétitif était recherché et assummé par J. Le tir a été rectifié en grande partie sur l'ensemble de l'album pour le rendre plus digeste et haut en couleurs.
    Il y a bien un autre manque, bien qu'il soit inhérent au genre (c'est de l'instrumental, banane !), c'est celui du chant, même si tout est fait pour qu'on ne s'ennuie pas. Chanter ne s'improvise pas, surtout en matière de metal, à moins de se découvrir des facilités cachées. Un bon chanteur avec des compétences solides en growls et en chant clair aurait fait passer Mehen dans une autre dimension, la dimension où il aurait fallu trouver des musiciens et aller jouer tout ça en concert. Mais ça ne serait plus un OMB, et la liberté de composition serait bouffée par les compromis. La preuve, Misha Mansoor et Periphery ont mis une éternité à trouver la recette.

    S'il partait moins bien que "UN" au départ, entendu qu'une progression est attendue d'un premier enregistrement au deuxième, "II" se révèle bien meilleur à l'arrivée. A chaque réécoute, de nouveaux détails apparaissent à l'oreille parmi les multiples couches de ce mille-feuilles d'outre-tombe. Plus je l'écoute et plus il me met sur le cul, surtout en montant bien le volume pour apprécier la puissance du son.
    Le pire, ou le meilleur, est que si la qualité sonore de "II" se rapproche du max de ce qui est faisable en home-studio, on sent que Mehen en a encore sous le pied en terme de composition et d'inventivité.

    Pour finir, je rappellerais qu'il faut soutenir les petits artisans locaux du metal, non pas en leur passant de la pommade sur la rondelle, mais en prenant le temps de leur donner des retours et des critiques constructifs. La preuve avec ce très bon premier full length de Mehen, qui pète pas mal d'albums de metal instrumental plus chevronnés. Si vous avez dans votre entourage, ou sur SOM, des potes qui font de la musique ou des concerts, dire "Ouais c'est cool.", c'est bien gentil, mais c'est un peu court jeune homme. N'hésitez pas à leur dire ce qui est bien et aussi les lacunes, et même ce qui pue un peu, ou ce que vous auriez imaginé sur tel ou tel morceau… Ca filera un regain de motivation au troubadour, un autre éclairage sur sa musique, et s'il est ouvert à la critique constructive et bosseur, qui sait, le résultat pourrait en surprendre plus d'un.

    J'espère que MEHEN ne sera pas le seul artiste présent sur Spirit Of Metal à sortir un album aussi digne d'intérêt, et aussi que tous ceux qui écoutent notre musique préférée et se demandent s'ils pourraient jouer d'un instrument... sautent le pas. Quand on veut, on…

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