Gods without Name

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16/20
Nom du groupe Aoratos
Nom de l'album Gods without Name
Type Album
Date de parution 22 Mars 2019
Style MusicalBlack Metal
Membres possèdant cet album17

Tracklist

1.
 Parallax I
Ecouter03:51
2.
 Holy Mother of Terror
Ecouter04:13
3.
 Of Harvest, Scythe and Sickle Moon
Ecouter05:19
4.
 Gods without Name
Ecouter07:03
5.
 Thresher
Ecouter05:56
6.
 The Watcher on the Threshold
Ecouter04:53
7.
 Prayer of Abjection
Ecouter04:09
8.
 Dread Spirit of the Place
Ecouter06:52
9.
 Parallax II
Ecouter02:32

Durée totale : 44:48

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Aoratos



Chronique @ Icare

15 Avril 2019

Pour les amateurs de Nightbringer, Bestia Arcana et ceux qui n’ont pas peur de se perdre définitivement dans les abysses

Lorsque la tête pensante de Nightbringer et Akhlys annonce qu’elle va fonder un nouveau groupe, on se doute bien que l’on ne va pas lorgner vers le post black shoegaze ou le black mélo à tendances gothiques. De fait, l’annonce de la formation d’Aoratos avait déjà de quoi réjouir les adeptes du Mal, et ce Gods Without Name était déjà attendu au tournant par les inconditionnels de ténèbres musicales. Naas Alcameth, Nox Corvus et Menthor se réunissent donc pour une nouvelle invocation, et pour le maître de cérémonie, les choses sont claires : « Je veux qu’à l’écoute de cet album, l’auditeur ressente de la désolation, de la crainte, de l’effroi ». Avant même que le premier glas ne sonne, la messe semble dite.

Et c’est Parallax I, longue intro ambiant autant que morceau à part entière, qui a la lourde responsabilité de nous immerger lentement dans les profondeurs, nous imbibant de cette noirceur savamment orchestrée aussi fascinante qu’horrifique. Crépitements et murmures diffus, soupirs et autres bruits profanes des profondeurs se mêlent à des cordes qui chuchotent leurs mélodies orientalisantes condamnées depuis des millénaires dans les entrailles de la terre. La batterie et les guitares viennent sortir ce leitmotiv maudit de sa torpeur, et l’ensemble expire et vient se fondre dans Holy Mother of Terror, qui reprend ces notes arabisantes et démoniaques et les noie dans un océan de guitares mortes et distordues qui flottent comme mille spectres dans ces ténèbres sans fond. Les guitares grincent, le chant incantatoire de Nox Corvus résonne sous les immenses voûtes noires, la batterie se fait laconique avant de dérouler un tapis de double pédale mouvant et inhumain qui imprime un rythme obscène à ces riff boursouflés et sifflants, puis après une courte montée en puissance, à 2,05 minutes, c’est l’explosion : les grattes nous harcèlent de leur bourdonnement aigu et infernal, et une pluie de blasts ultra rapides s’abat impitoyablement sur nous.

On sent bien la volonté d’Aoratos de nous offrir la quintessence d’un black orthodoxe spirituel, religieux et personnel dans toute sa noirceur, avec ces guitares décharnées et acides qui nous rongent et cet enrobage ambiant omniprésent qui vient rajouter une couche de brume et d’occultisme à ces 44 minutes. Le son est parfait pour ce genre d’incantation et participe à l’identité du groupe, noyé de saturation mais néanmoins net, savamment étouffé par ces tonnes de granit et ces millénaires d’oubli, comme provenant des entrailles de la terre, et la musique même du groupe est assez unique, totalement possédée et ritualiste, enveloppée par ces plages ambiant crépusculaires aux lourds relents d’encens. On reconnaît immédiatement la patte de Naas Alcameth, et la filiation avec Bestia Arcana surtout est évidente. On alterne donc sur neuf titres entre déchaînements furieux où blasts, guitares stridentes et hurlements black nous laminent et passages plus lents, graves et solennels, faux calme après la tempête et qui annonce déjà la suivante, durant lesquels on erre misérablement à la recherche des débris de notre esprit défait. C’est sur ce principe que s’articule le long morceau éponyme, tour à tour rampant et colérique, ces guitares aiguës dominant toujours sournoisement le chaos primal pour venir nous assaillir de leurs mélodies hantées.

L’ambiance est assurément l’un des maîtres mots de ce premier full length, loin devant la brutalité, qui, passé le choc des deux premiers morceaux, devient rapidement stérile car trop répétitive. En effet, le propos musical des Américains manque de variations pour nous tenir en haleine du début à la fin, et malgré quelques excellents passages (le véloce Thresher et sa pluie de notes lucifériennes aussi lumineuses que démoniaques qui rappelle Nightbringer, le début majestueux et mystique de Dread Spirit of the Place), l’hermétisme et la redondance de l’ensemble empêchent une immersion totale.
En revanche, ce sentiment d‘horreur et de cauchemar que le groupe veut nous faire ressentir est omniprésent, et ce rituel macabre qui mêle grandeur et décadence fait réellement froid dans le dos, distillant une terreur diffuse qui nous fige, nous hypnotise et nous domine, les passages les plus lents et caverneux étant paradoxalement plus effrayants que les attaques frontales à la puissance certes dévastatrice mais dont les trop nombreux blasts finissent par lasser.

Pour conclure, Gods Without Name est un bon album de black metal, à la fois brutal, rapide et intense et aux ambiances prenantes et travaillées mais d’une homogénéité tellement anxiogène et compacte qu’il nous suffoque avant même de nous envoûter complètement. Une belle descente aux enfers donc, à recommander en priorité à tous les amateurs de Nightbringer, Akhlys et Bestia Arcana ainsi que tous ceux qui n’ont pas peur de se perdre définitivement dans les abysses.

Roots deep down
Neath rock and clay
Unto the heart
To the one I pray

2 Commentaires

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Etterna - 16 Mai 2019:

Un album surpuissant, mais également très bien dosé, et doté d'une atmosphère angoissante et térrifiante qui me renverse à chaque écoute depuis la toute première fois. Pour moi, Gods Without Name est un monument dédié aux morts et aux abysses. 

Fyrnael - 20 Avril 2020:

Mise à part la voix, ça sonne quand même très Nightbringer je trouve, mais ce n'est pas du tout pour me déplaire, cet album est énorme! Tellement grandiose et écrasant, une superbe découverte! Merci pour la chro =)

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Chronique @ Ghul

26 Fevrier 2021

Le black metal a encore beaucoup à dire, particulièrement pour les passionnés de black occulte !

J'ai déjà un peu évoqué le nom et prénom du musicien américain Kyle Spanswick lors d'une de mes premières chroniques pour Spirit of Metal sur l'album Thronosis du groupe de death occulte EXCOMMUNION. Dans le paradigme parallèle et jumeau au death metal, le black metal, Kyle Spanswick a opté pour le pseudonyme et l'identité d'un certain Naas Alcameth. Et avec le dark ambient, c'est le style musical avec lequel il s'exprime le plus.

Naas Alcameth est quelqu'un que je n'hésite pas à considérer comme un sorcier, musicalement parlant. C'est un véritable génie. Et des génies dans le black metal, ça commence malheureusement à se faire rare selon moi.
Il a notamment commencé à exprimer son art avec son groupe principal, NIGHTBRINGER, fin 90, début 2000. Et ce groupe de black occulte possède une essence particulière qui pourrait, selon moi, se distinguer encore plus dans les années à venir. Loin de moi l'idée de tirer des plans sur la comète. Mais avant Death and the Black Work sortit en 2008, aucun album de black occulte ne sonnait comme ça, à part peut-être les toutes premières démos de NIGHTBRINGER...
Naas Alcameth a également varié son art avec la fondation de son side-project BESTIA ARCANA, un black occulte plus directe et monolithique.
Et enfin, après Supplication d'AKHLYS sortit en 2009, il a transformé ce projet solo de dark ambient en projet de black plus ambient mais toujours occulte, avec The Dreaming I, sortit en 2015.

Début 2019, voir fin 2018, Naas Alcameth a annoncé la sortie du premier projet d'un nouveau groupe qu'il venait de fonder, AORATOS, composé de deux autres membres de NIGHTBRINGER. Ces deux autres membres sont Nox Corvus à la guitare, et Menthor à la batterie. Nous pouvons également noter un quatrième membre utile pour rajouter de la profondeur aux parties vocales. Et il s'agit d'un certain Chtonia, ou d'une certaine Chtonia, on ne sait jamais, mais passons.
Le premier album d'AORATOS se nomme donc Gods without Name, et sort chez Debemur Morti. Et personnellement, le premier morceau présenté en single d'avant-première, "Thresher", m'a évoqué un des morceaux courts d'AKHLYS, comme "Tides of Oneiric Darkness", un des moments les plus intenses de The Dreaming I ! Autant dire que je m'attendais à du black occulte avec des passages plus ambient. Donc, je m'attendais plus ou moins à une deuxième version d'AKHLYS et de The Dreaming I.

Sur les deux premiers morceaux de Gods without Name, ritualistes, posant les bases du son de cet album, on se rend compte que ce dernier est plus sinistre et moins onirique que sur AKHLYS. "Parallax Pt. I" commence avec du dark ambient pur, aux mélodies asiatiques, puis enchaîne sur un riff de guitare, lent mais déjà angoissant. "Holy Mother of Terror" continue sur cette même mélodie orientale, mais en rajoutant du blast beat.
Le concept de l'album, tout aussi sinistre et terrifiant, reste ésotérique comme sur NIGHTBRINGER et sur les autres projets de Naas Alcameth. J'invite d'ailleurs les personnes se sentant "appelées" par l'occultisme à faire leurs propres recherches sur le concept autour des dieux sans noms auxquels AORATOS fait mention sur ce projet. Il y a de quoi s'égarer l'esprit.

Les morceaux, plus courts que sur les autres projets de Naas Alcameth, ne dépassent jamais les sept minutes. C'est selon moi la distinction majeur d'AORATOS avec les autres projets. Gods without Name est ainsi plus facile d'accès. Le morceau "Gods without Name", aux sept minutes qu'on ne remarque même pas défiler, semble être un des points culminants de l'album. Mais c'est sans compter le morceau suivant que j'ai déjà évoqué en tant que single, l'ultime et ensorcelant "Thresher".
Et ce n'est pas fini, car la contemplative et terrible "The Watcher on the Threshold" est un autre de mes coups de cœurs, même si je la trouve légèrement en-dessous des deux autres. Mais ce morceau reste également excellent, et bien au-dessus de la masse du black metal actuel !
En bref, le plus gros de l'album défile dans nos oreilles sans arrêts, et ce jusqu'à l'interlude dark ambient "Prayer of Abjection". De mon côté, je ne suis pas spécialement super fan de ce genre de morceau dans le black metal, surtout dans celui de Naas Alcameth. Mais "Prayer of Abjection" se laisse malgré tout écouter.

Cet album dédié aux Dieux Sans Noms offre donc une nouvelle variante de l'art noir joué par Naas Alcameth, mais également par Nox Corvus et par Menthor. Très proche selon moi d'AKHLYS, AORATOS offre malgré tout, avec son premier album, la perspective d'un black occulte plus sombre, sinistre et avec des morceaux plus courts.
AKHLYS, en revanche, offre la perspective d'un black occulte sombre, mais malgré tout onirique, explorant l'univers des rêves et des cauchemars. Mais pour en revenir à la musique de Gods without Name, cette dernière est de haute qualité et, encore une fois, bien au-dessus du lot.
Un album à relier aux mêmes playlists d'écoutes que les autres albums récents de NIGHTBRINGER, AKHLYS, et BESTIA ARCANA. Et en plus des projets de Naas Alcameth, je rajouterai, en recommandations de black occulte, HETROERTZEN, DODSENGEL, AOSOTH, ASCENSION, BLUT AUS NORD, DEATHSPELL OMEGA, et bien d'autres formations de qualité qu'il serait trop long de citer entièrement.

On peut ne pas aimer ce style de black metal, et je comprends, mais c'est pour moi un des créneaux les plus prometteurs pour l'avenir de ce sous-genre du metal. Après, j'estime également qu'il faut aussi pouvoir revenir aux basiques des années 90 et pouvoir apprécier le black traditionnel.

Le black metal a encore beaucoup à dire, particulièrement pour les passionnés de black occulte !

4 Commentaires

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MasseGrav - 26 Fevrier 2021:

Excellente chronique qui résume à merveille un album terrible ! J'ai vraiment adoré ce Gods Without Name et l'ai trouvé bien au dessus du lot, mais globalement Debemur Morti signe vraiment de très bons groupes avec une vision de la musique assez personnelle, du tout bon pour moi, pour le groupe comme pour le label.

Je trouve également que tu as raison en disant que le black metal a encore beaucoup à dire, ça fait plaisir de lire ça alors que beaucoup tendent à se plaindre que ça tourne en rond... Ce qui n'est pas si vrai si on prend la peine de chercher !

Ghul - 26 Fevrier 2021:

Tant mieux si t'as aimé...

Par rapport à ceux qui se plaignent que ça tourne trop en rond, si ces derniers préfèrent le black traditionnel ou le war black, je peux comprendre. Les grands classiques de ces styles-là sont sortis, pour la plupart, il y a très longtemps. Et pour moi, le style de Naas Alcameth, c'est un style de black metal actuel, contrairement aux anciennes visions du black metal des années 80, 90, voir même 2000. Après, un style comme le black traditionnel par exemple, continue encore de proposer de nouvelles visions plus ou moins inédites. Mais selon moi, ce n'est pas aussi nouveau qu'avec Naas Alcameth.

MasseGrav - 26 Fevrier 2021:

Difficile de ne pas ressentir une certaine redondance si effectivement on ne jure que par Marduk (si on parle de War black) qui se répète en boucle depuis un bail (sans être mauvais pour autant) , ou d'autres groupes de black plus traditionnel comme il y en a des centaines, tout ça peut être très sympa mais c'est vraiment chez certains artistes un peu plus originaux sont fait partie Naas Alcameth qu'on trouve le plus de matière a vraiment voyager vraiment à mes yeux 

Ghul - 26 Fevrier 2021:

En terme de war black, je pensais plutôt à des groupes comme CONQUEROR ou REVENGE, plutôt qu'à MARDUK.

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