Dagoba

L’idée de nouveau départ est un eden qu’énormément d’artistes recherchent dans la quête de nouveauté, parfois de rédemption auprès des fans, pour justifier une évolution ou évoquer une différence manifeste avec le passé.
Il faut avouer qu’avec Dagoba, cette notion a pris dernièrement tout son sens. Changement massif de line up, direction musicale renouvelée, logo redéssiné et un groupe gonflé à bloc défendant becs et ogles Black Nova, son septième rejeton. Place à Werther, bassiste de la formation depuis dix-sept à la gentillesse inestimable et la modestie plus qu’appréciable. Morceaux choisis d’un entretien fleuve d’une cinquantaine de minutes !

[Par Eternalis]

interview DagobaJe suppose que vous êtes bien occupé avec la promo de « Black Nova » en ce moment. Comment cela se passe-t-il ?
Tout d’abord, je tenais vraiment et sincèrement à m’excuser pour le retard [ndlr : l’entretien a commencé avec une demi-heure de retard].

Pour la promo, cela se passe super bien. On a eu beaucoup de boulot, l’album a été très bien accueilli par les fans. Nous sommes arrivés 38e du top des ventes en France, nous y sommes encore en deuxième semaine et ça se passe aussi très bien en Allemagne. On est agréablement surpris mais on espérait en même temps un tel accueil. Maintenant, on va commencer la tournée et on aura des concerts en France jusqu’à fin décembre avant de débuter en Europe. Super satisfait donc.



Avant d’entamer les discussions autour du nouvel opus, tu ne pourras pas couper la question autour du changement drastique de line-up. Il a été dit beaucoup de choses sur les réseaux sociaux et internet mais finalement peu par les principaux intéressés donc je te laisse la parole …
Bien sur, je n’ai aucun problème pour en parler.

Déjà, nous avons annoncé que nous séparions de Z et Franck car la situation devenait simplement insupportable. Z nous a annoncé qu’il ne voulait plus venir en concert car sa vie personnelle ne collait plus avec l’activité du groupe. Nous avions été prévenu longtemps avant et il faut savoir que nous avions une tournée de prévue au Canada avec les visas et le transport qui était déjà payé et mis en place. Ce qui était prévu, c’était que nous partions et à la base, nous voulions prendre un remplaçant car Z avait été franc sur son désir de ne plus partir loin de sa famille.

Ensuite, je pense que quelqu’un [ndlr : pour ne pas le citer] a été moins honnête et nous a planté environ deux mois avant la tournée. Nous avons donc décidé de prendre aussi un remplaçant pour la batterie mais la situation s’est ensuite envenimée et il y a eu des histoires acadabrandesques quand on est en groupe depuis 17 ans.



Je peux comprendre qu’il y ait une perte de motivation, qu’on ne veuille plus partir ou quoique ce soit mais la chose est juste d’être honnête, de le dire pour ne pas planter le groupe et les fans au Canada. Certains veulent toujours avoir le beau rôle et ne pas dire les choses, ne pas avouer qu’ils ne veulent plus cette vie et ensuite rejettent la faute sur ceux qui font vivre et avancer le groupe. Il y a eu malheureusement beaucoup de rumeurs et des saloperies qui sont venues de l’interne et nous étions dans une situation sans issue et sans solution. Les gens se font ensuite des idées, racontent des choses sans savoir alors que la vérité c’était que des tensions accumulées depuis de nombreuses années avec un membre en particulier a fait qu’il était temps de trouver une autre solution.

Il y a eu un effet boule de neige…



Le problème des réseaux sociaux finalement…
Il y a du bon et du mauvais dedans mais le problème est surtout que ceux qui ont le plus parlé n’étaient pas ceux qui participaient à la tournée. Ensuite, les réputations de certains ont été utilisées pour jouer en défaveur de Dagoba, il y a eu une volonté de nuire au groupe pour des intérêts personnels et je trouve que c’est quelque chose d’inacceptable. Quand on dit « la bande à Shawter » pour le critiquer, ça me fait rire. J’existe dans ce groupe et j’y suis depuis 17 ans et si c’était une tyrannie, je pense que je n’y serais plus depuis un moment. Toute la musique a toujours été composée par Shawter donc quand j’ai lu que c’était certains anciens membres qui composaient, je peux te dire que c’est faux ! Ils apportaient des éléments et des influences mais comme dans tous les groupes.

Je te parle très franchement car tout cela a pris d’énormes proportions alors que nous, nous avons simplement écrit un communiqué. Le principal reste la musique et c’est aussi pour ça que nous voulions que « Black Nova » parle pour nous.



Est-ce que quelque part, le point de départ de « Black Nova » est ce changement de line-up ? L’album aurait-il été différent avec les anciens membres ?
Je vois exactement ce que tu veux dire. Une grosse partie de l’album était déjà composée avant cette histoire mais il y avait de grosses dissensions entre deux membres du groupe en particulier mais c’est finalement quelque chose qui arrivait depuis quatre albums.

Il n’acceptait plus la voie que nous prenions et il avait pris l’habitude de mettre son veto partout, voir même essayer d’influencer les autres membres du groupe pour qu’ils soient de son avis et je trouve que c’est un comportement qui n’est pas sport vis-à-vis de Dagoba en général. Ces discussions autour de la direction artistique à prendre arrivent dans chaque groupe mais il est clair que c’est un poids en moins aujourd’hui.

Les paroles en revanche ont été beaucoup influencées par toute cette histoire car Shawter et moi avons tout de même maintenu le groupe à bout de bras pendant plusieurs mois. Il y a eu après l’intégration de Nico et JL mais cela a pris un peu de temps avant qu’ils ne s’intègrent complètement, qu’ils dominent la musique et l’état d’esprit de Dagoba. Il y a une volonté d’avoir une rupture nette. C’est pour ça qu’il y a un nouveau logo, un nouveau producteur et une envie de fraicheur que nous ne pouvions plus avoir par le passé.



Tu anticipes ma prochaine question puisque la première chose qui m’a frappé sur l’album est ce retour à une production un brin démesurée et énorme que vous aviez avec Tue Madsen à l’époque de « What Hell is About » et « Face the Colossus ». Vous retournez en plus au Danemark, cette fois avec Jacob Hansen mais est-ce qu’il y avait une volonté de revenir à ce type de son qui, personnellement, me manquaient cruellement quand j’écoutais vos
interview Dagobaderniers opus ?
Complètement. On fonctionne toujours par cycle de deux opus et les deux albums que tu évoques en était un très fort. Je vois que tu connais bien notre musique et effectivement, nous voulions rappeler que « Face the Colossus » qui a été très critiqué était un super album.

Il y a avait beaucoup de synthés et, à cause de la promo, les gens se sont dit que tout l’album serait comme le titre qui a été dévoilé. Ceux-là n’ont pas forcément été écoutés des morceaux comme « Orphan of You » ou « The Crash » ou même « Nightfall… ». Il s’écoute peut-être plus tranquillement chez soi qu’en voiture.



Avec le temps, cet album commence à être aimé et on se rend compte que le titre éponyme est l’un des plus écoutés du groupe et que ceux que l’on joue en concert sont souvent les meilleures réactions. Et nous avions justement envie de revenir à ce son très massif, de ne plus mélanger le côté symphonique ou electro et de pousser toutes nos influences au maximum. Un titre comme « Inner Sun » n’aurait pas été possible avant, il aurait fallu mettre des couches de synthés et de violons pour que cela plaise à tout le monde et nous voulions revenir à quelque chose de bien plus massif que la période Logan Mader. Il a fait du super taf sur « Post Mortem… » mais je suis moins fan du rendu de « Tales of the Black Dawn ». Nous avons toujours été fan du « Mutter » de Rammstein et c’est dans cette direction que nous souhaitions aller.



Justement, quel bilan tires-tu des deux opus avec Logan Mader ? « Post-Mortem Nihil Est » a notamment été l’opus du départ aux Etats-Unis avec toute la promo que cela a engendré…
Ce sont deux albums très différents. « Post-Mortem » est arrivé après une période compliquée, à savoir le départ de Izakar, et je trouve que c’est un excellent album. Il y a de très bonnes chansons dedans et c’est un album où on commençait à avoir de la maturité et tenter beaucoup de choses musicalement. Nous avons changé d’agents à ce moment là et l’environnement du groupe a été différente mais ça a été un grand pas en avant et j’en suis très fier.

« Tales… » … [ndlr : il hésite…] je suis moins fan. J’aime beaucoup « Born Twice » par exemple mais c’est un album très sombre et dark qui est arrivé très vite. On a eu deux ans de tournée, on a enchainé directement sur cet album et encore sur une tournée et je pense que nous n’avons pas eu assez de recul. La production a été moins réussie également, elle est très « roots » et ne correspond pas au son que le groupe a…



Je dirais qu’elle correspond au son que Logan donne à ses groupes quand il n’a pas de directives particulières car il produit souvent de la même manière, à la différence de producteurs comme justement Jacob Hansen ou Andy Sneap qui tentent de s’adapter pour donner aux groupes un son personnel…
Je suis assez d’accord avec toi. Il a vraiment réussi la production de « Post Mortem… » et il y a une grosse puissance dessus. Le suivant est plus plate, elle manque d’amplitude et je suis personnellement arrivé à saturation de certains sons sur ce disque. Nous voulions donc quelque chose de différent sur le nouvel album, de très dynamique finalement. Nous avons enregistré la batterie de manière naturelle, testés de nouvelles sonorités et voulions assumer que si un passage est calme, il ressorte de cette manière afin que les passages brutaux le soient encore plus. Jacob a vraiment compris la direction artistique du groupe, il a pris beaucoup de temps avec nous sur les démos et les pré-productions.

Il a aussi beaucoup apprécié les chansons en soi et je pense qu’il y a de très grandes compositions sur ce nouveau disque.



En parlant de compositions. J’ai eu la sensation que vous alliez sur des éléments nouveaux sur « Stone Ocean », « Inner Sun » ou « Legacy of Ares » alors que « The Grand Emptiness » m’a fait penser à « What Hell is About » pour les attaques de caisse claire ou encore « Lost Gravity » qui aurait pu apparaitre sur « Face the Colossus ». Comme si « Black Nova » était une synthèse entre passé et futur de Daboba …
On a toujours aimé composer un large panel de titres sur nos albums.

Tu as l’air de bien connaitre notre discographie et tu sembles bien analyser les choses parce que je suis vraiment d’accord avec toi. « Lost Gravity » pourrait évoquer « The Loss » ou « Another Day » sur l’éponyme et montrer des éléments très ouverts et mélodiques tandis que « The Grand Emptiness » ou « The Infinite Chase » sont plus violents et très énervés. C’est quelque chose qu’on aime et peut développer maintenant alors que nous nous mettions probablement des barrières avant…



Tu évoques souvent les synthés. Comment sont-ils composés ?
C’est Shawter qui amène tout ça. Il commence par les riffs et, très rapidement, est capable de rajouter des violons, des lignes de claviers ou des arrangements électroniques. En revanche, ces éléments arrivent toujours après les riffs qui restent la source même de la composition.

On a une énorme banque de sons et les choses arrivent au fur et à mesure. Certains éléments arrivent à l’instinct alors que d’autres sont très travaillés. Parfois, des arrangements se font presque par accident et c’est toujours une super sensation quand on sent les éléments qui s’imbriquent les uns dans les autres.



Shawter justement avec « Stone Ocean » n’a surement jamais aussi bien chanté en clair que sur ce titre. Est-ce qu’il a voulu repousser ses propres limites de ce côté-là ?
Il a toujours voulu chanter dans cette veine-là, un peu comme James Hetfield finalement et il s’y sent de plus en plus à l’aise. Si tu prends « Vantablack » par exemple, il y a 4/5 ans, ça aurait été uniquement
interview Dagoba en growl alors que désormais, il y a une réelle envie de servir la chanson et d’avoir un type de chant qui colle exactement à la production.

Il s’assume aussi complètement et cet album, en ce sens, est beaucoup plus « sans complexe ». Il n’y a eu aucun tabous, comme une prise de conscience, de faire exactement ce que nous voulions sans imaginer ce que certains pourraient y penser. C’était plus que nécessaire. Un titre comme « Stone Ocean » n’aurait jamais pu atteindre ce niveau ni voir le jour auparavant. Certains disent que c’est trop mélodique mais c’est aussi une facette de ce que nous voulions aujourd’hui.



L’artwork est vraiment superbe et vous avez collaboré de nouveau avec Seth Siro Anton qui avait déjà fait la pochette de « Post … ». Qui a eu l’idée de retravailler avec lui ?
C’est moi qui l’ai relancé parce que Shawter avait cette idée car ils sont amis et nous nous connaissons tous car nous avons joué pas mal de fois avec Septic Flesh mais il pensait que Seth ne serait pas disponible.

Nous avions pensé à lui pour l’album précédent mais il rentrait en studio pour Septic Flesh [ndlr : pour l’enregistrement de « Titan »]. Cette fois-ci, nous avions vraiment de l’avance car l’album est fini depuis le mois de février donc nous voulions faire les choses bien. Seth a donc pris le temps, nous avions des thèmes et des directives et il a fait quelque chose de génial. Il nous a proposé une quinzaine d’artwork différents avec les images que nous voulions, nous avons sélectionné et finalement, il avait du temps donc il a fait l’ensemble du booklet. Nous avions l’idée de faire un vinyle et d’avoir un bel objet car Sony et Century Media voulaient que les choses soient bien faites. Je pense en plus sincèrement que Seth sort des sentiers battus avec cette pochette, il y a l’idée de l’eau qui revient souvent…j’en suis très fier.



Qui avait eu l’idée de la pochette de « Tales of the Black Dawn » ? On avait l’impression que ce n’était pas une pochette définitive car cette chauve-souris s’éloigne beaucoup de vos artworks ambitieux et grandiloquents, comme si elle avait été faite un peu « à l’arrache » si je peux me permettre …
[ndlr : il soupire]. Le problème, c’est que cet album a été fait dans la précipitation. On a eu un ouragan de concerts pour la tournée précédente et nous n’avons pas eu le temps de travailler les choses autour de la musique pour ce disque. Tant mieux pour les dates et les concerts mais je pense que nous n’avons pas assez pris notre temps.

Seth n’était pas dispo et nous avons sorti cet artwork là et nous nous sommes dit que ça collerait avec l’esprit plus sombre et dark de l’album. C’est pour ça qu’il y a cette chauve-souris et ce sang mais effectivement, la pochette est moins ambitieuse je suis d’accord.



Comme tu l’as dit, cela fait 17 ans que tu es avec Dagoba. Comment analyses-tu toutes ces années avec le recul ?
On a toujours la tête dans le guidon finalement. On ne s’est jamais senti intouchables ou quoique ce soit, simplement l’envie d’être une grosse machine en live et d’être performant sur album. Des moments difficiles on en a eu, avec des membres ou des labels par exemple, comme ce fut le cas récemment. Pour le management, le groupe ou ceux qui travaillent avec nous c’est difficile quand il n’y a pas de soutien. Mais on retient surtout la passion qui nous anime dans ce qu’on fait.

Tu évoquais les influences que chacun pouvaient apporter précédemment. Si tu devais ressortir cinq albums qui t’ont influencé en tant que musicien, quels seraient-ils ?
Ouh…je dirais déjà « Far Beyond Driven » de Pantera pour les riffs, la furie et la lourdeur de l’album. Sans aucun doute également « Puritanical Euphoric Misanthropia » de Dimmu Borgir qui est album qui sort du cadre du black metal et qui est une de plus grosses influences. Même si cela va surement surprendre, « Sons of Northern Darkness » de Immortal est l’un des albums le plus important pour moi et qui a beaucoup influencé la manière donc je joue et imagine la musique. C’est pourtant très loin de mon paysage musical mais j’adore ce disque.

Je dirais aussi un Soundgarden car c’est un groupe avec un son à part. Ce n’est pas du metal mais c’est un pilier et il y a quelque chose de très mélancolique et je dirais que c’est un pont entre les années 90 et ce que font beaucoup de groupes aujourd’hui. Un cinquième maintenant…un Nine Inch Nails par exemple…ou peut-être Ministry. Non, « The Downward Spiral » ou « The Fragile » qui est un disque que j’adore. Trent Reznor est un artiste complet qui a apporté tellement de choses…je l’ai vu en concert plusieurs fois et c’était à chaque fois fantastique.



En parlant de concerts, tu parlais de dates en France jusqu’en décembre. Je suppose que vous allez tourner en Europe également ?
On a 23 dates en France/Belgique/Suisse effectivement dans énormément de villes. A partir de Janvier, on va accompagner Kreator pendant 18 dates, avec peut-être également Decapitated mais c’est difficile de savoir s’ils vont pouvoir nous suivre [ndlr : évocation de l’histoire de l’arrestation du groupe pour des accusions de viol]. On retournera probablement au Japon ensuite. Tu vois, je parlais de bons moments et bien celui-là en était un quand nous y avons été. On a fait complet sur 4 dates, les gens sont géniaux humainement et culturellement et nous ne nous attendions à rien pour finalement avoir beaucoup !

Je te laisse finir …
Je m’excuse encore du retard et j’invite tous les fans à venir nous voir en concert. C’est l’essence même du groupe et c’est uniquement par ce biais que je souhaite que Dagoba s’exprime et restaure les vérités. A très bientôt et merci du soutien !
>
interview réalisée par Eternalis

0 Commentaire

0 J'aime

Partager
Share to Facebook Share to Myspace Share to Twitter Stumble It Email This More...
    Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire

En voir plus