Eternalis : 14/20 | Aussi étrange que cela puisse paraître, "Are you Dead Yet ?" reste à ce jour mon opus préféré des finlandais de Children of Bodom. Pourquoi ? Un son beaucoup plus cru, une agression vocale de tous les instants, une atmosphère lourde et noire, une ambiance malsaine ("Punch Me I Bleed" en est le parfait exemple) et un Alexi Laiho sortant enfin de son registre black criard.
J’attendais donc beaucoup de ce "Blooddunk", que j’espérais dans la continuité de son prédécesseur. Dans la continuité il l’est, c’est certain, mais sans l’émotion et sa tension.
Il m’aura fallu de nombreuses écoutes avant de me faire un avis définitif sur le disque, ce qui est relativement rare pour Children je dois l’avouer. Il aura fallu sortir de cette déception qui se sera insidieusement emparée de moi pour ne plus vouloir me lâcher pendant de nombreux mois, lui préférant sans aucun doute possible les tourments de l’album précédent ou la furie de "Hate Crew Deathroll".
Mais le temps a fait son œuvre, et je suis enfin parvenu à me faire un avis objectif sur ce disque, qui reste cependant bien en dessous de ce à quoi nous avait habitué le groupe (mais qui est paradoxalement la meilleure vente du groupe depuis sa création).
Les riffs thrash ont ici pris dorénavant le pas sur le heavy mélodique des débuts, et la tournure n’en est que plus crue et directe. Le morceau-titre est en cela très réussie car il parvient à proposer un riff aussi simple qu’efficace chevronné d’un refrain guerrier repris en chœur par la troupe pour s’enfoncer dans le crâne très rapidement.
Il y a du très bon sur ce disque, il ne faut pas non plus tout y jeter. Le très rapide et brutal "LoBodomy" par exemple, aux vocaux d’Alexi plus hurlé que jamais, sans aucune fioritures ni retenue, mais sans cette expression si torturée qui faisait toute l’excellence d’antan. Les solos, bien moins spectaculaires que le passé, deviennent des transitions émotionnelles, ne servant qu’à guider l’auditeur vers plus de mélodie dans un opus résolument agressif et sombre. Souvent triturés, ils ne dévoilent quelques épisodiques trésors qu’après de nombreuses écoutes.
"Roadkill Morning", speed de bout en bout mais dénué de rage (ça tape mais la conviction ni est pas) et au chant souvent un poil raté, se veut en revanche très réussie dans ses mélodies de claviers qui, sans être trop présentes, servent réellement le morceau et impressionne quand les solos arrivent. Car, à l’inverse d’Alexi, Janne est de plus en plus impressionnant derrière son instrument, tout du moins techniquement.
Mais au détour d’une bombe comme "Smile Pretty for the Devil", marquée du sceau de COB par ses riffs aussi mélodiques que techniques, sa double pédale omniprésente et son chant plus proche de ce que faisait Alexi par le passé (quelques narrations rappelant "Follow the Reaper" par exemple !). Et que dire de cette magnifique ligne de claviers amenant le solo, superbe et fouillée, avant que Janne et Alexi ne dévalent une pluie de notes que l’on pourra trouver aussi géniale qu’obsolètes et prétentieuses (selon les gouts).
Mais voilà, au détour d’un titre comme celui-ci, il faudra faire avec des "Done With Everything, Die For Nothing" ou "Hellbounds On My Trails" beaucoup plus conventionnels et absents de toutes surprises, assurant le minimum syndical et enchainant riffs tantôt lourds tantôt rapides sans pour autant nous émoustiller plus que ça (bien que Alexi délivre sa meilleure performance vocale sur le premier des titres susnommés, froide et crue comme jamais !).
La faute aussi à des solos devenant rébarbatifs car loin de la fougue qu’un jeune groupe pouvait proposer. A ce petit jeu, même les plus grands techniciens parviennent à ce répéter.
Finalement, "Blooddrunk" se laisse écouter avec bien plus de plaisir qu’il pourrait n’y paraître de prime abord, mais ne restera certainement pas dans la discographie des finlandais. Un petit faux pas, sur les marches de la gloire. Ne dit-on pas qu’il faut savoir tomber afin de mieux se relever ?
2009-03-28
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