CHILDREN OF BODOM
BLOODDRUNK (CD)
2008 chez Spinefarm Records


1. Hellhounds on My Trail
2. Blooddrunk
3. LoBodomy
4. One Day You Will Cry
5. Smile Pretty for the Devil
6. Tie My Rope
7. Done with Everything, Die for Nothing
8. Banned from Heaven
9. Roadkill Morning

Bonustrack
10. Ghostriders in the Sky (Stan Jones Cover)


eulmatt : 11/20
Avertissement au lecteur :
Bien que j’avoue publiquement ne pas être un grand fan des Finlandais, je vous prierais de bien vouloir croire en l’impartialité et l’honnêteté de cette chronique.
Les fans de CoB se sentant froissés par les propos à venir voudront bien m’excuser, je n’ai bien évidemment rien contre eux.
Je peux y aller ?

Des mois que les blonds finlandais font la une de la presse un tant soit peu spécialisée. Après Dimmu Borgir l’an dernier, le buzz d’avant Blooddrunk fut particulièrement dérangeant, bien trop encombrant pour être honnête. Pourtant, bien loin de cracher dans la soupe finnoise qui ne m’a jamais dérangé outre mesure, ni jamais soulevé d’enthousiasme d’ailleurs, j’ai voulu juger par moi-même. Voulant jouer le jeu jusqu’au bout, j’ai emprunté le phénomène le temps de quelques écoutes, histoire de jauger la galette en tentant autant que possible d’éviter les écueils d’une critique systématique et jouée d’avance, tout en conservant une forme de recul toujours sceptique sur le prétendu génie de Laiho et sa bande.
Ces garçons dans le vent, il faut en convenir, font une nouvelle fois la démonstration de leur évolution continuelle. CoB ne fait pas dans l’immobilisme, c’est un bon point.
Quelle est donc la nouvelle teneur de leur musique ? Des rythmiques thrash ultra entendues mais jamais désagréables, des refrains et des breaks lourdement chargés de nappes de claviers et de riffs mélodiques tordus, sans parler des soli tournant à la démonstration de vélocité aussi stérile que creuse. Laiho garde toujours son débit de chant écorché, histoire de faire illusion une dernière fois quant à une quelconque ascendance death metal, même mélodique.
Vous l’aurez compris, c’est une véritable démonstration de metalcore très thrashisant dans tout ce qu’il a de plus technique…et de plus creux, à laquelle se livre CoB.
Du parti pris ? Très franchement, je n’exagère pas. Je ne trouve honnêtement aucune faute de goût, aucun riff foireux, aucune construction bâclée. Voilà du bien bel ouvrage, bien fini, bien pensé, qui jamais ne heurte la cage à miel, même la plus sensible.
Le disque s’écoule donc, sans baisse de rythme, sans heurt, sans envolée non plus. Un joli son, ou plutôt fond sonore. Tiens un solo, beau comme tout. Tiens, du clavier un poil pompeux, voire franchement rococo. Ah, un bon vieux riff binaire avec ce son cristallin, bien gras, épaulé d’un jeu de batterie carré, propre comme tout à défaut d’être inspiré et innovant. On sent d’ailleurs que la rythmique n’a pas pour vocation première d’occuper trop le devant de la scène réservé à Monsieur Alex, tout juste se montre t-elle assez musclée pour survitaminer un metal davantage tourné vers la mélodie que la virulence.

Toujours est-il que je m’avoue incapable de vilipender un morceau plus médiocre que les autres, tout autant de mettre en avant un moment fort du disque. Dix bonnes secondes sont systématiquement gâchées par une surenchère technique qui ne s’impose pas, chaque riff bien foutu interrompu trop tôt par une circonvolution impromptue, chaque refrain accrocheur emballé dans une nappe trop pompeuse de clavier kitsch. Oh musicalement, il n’y a pas faute, les enchaînements s’articulent parfaitement, c’est juste cette impression que je ne pourrais pas m’immerger comme je l’entends dans une atmosphère que j’aurais souhaité plus sincère et plus marquée. Une atmosphère qui n’existe pas, en fait.

Au final, demeure l’impression d’un disque qui cherche à revendiquer son appartenance au metal brutal, mais dont le semblant de virulence et d’impact est soigneusement enrubanné dans un bel emballage fait de touches mélodiques, de claviers et de prouesses techniques d’abord destinés à flatter les tympans les plus fragiles et à rendre l’ensemble « joli » à écouter. Je n’ai pas trouvé de qualificatif mieux approprié.
C’est bien d’emballage dont il s’agit, car au-delà de l’esthétique et de la plastique de Blooddrunk, je cherche toujours sa cohérence profonde et une force suffisante pour me faire lever le cul de mon siège ne serait-ce qu’un instant.

Pour résumer, ce disque est quelque part du foutage de gueule. Ces jeunes garçons ont un talent fou, j’en suis convaincu. Sauf qu’à user de grosses ficelles pour plaire à son public plutôt que d’aller chercher au fond de ses tripes de l’authenticité, à se perdre en longues tournées et campagnes promotionnelles (recette largement éprouvée), les Finlandais auraient pu tout simplement faire reposer la machine plutôt que proposer…ça. Seule bonne nouvelle, personne ne pourra encore nous faire croire que CoB joue toujours du death metal.

Note au lecteur :
Ce disque étant intrinsèquement loin d’être mauvais, il mérite bien entendu la moyenne. Vous aurez compris que mon grief porte sur le fond, pas sur la forme qui une fois encore est irréprochable.

2008-03-26