NORTT
GALGENFRIST (CD)
2008 chez Avantgarde Music


1. Galgenfrist 3.41
2. Til Gravens Vi 8.19
3. Af Døde 7.11
4. Kaldet 1.49
5. Over Mit Lig 10.22
6. Havet Hinsides Havet 10.53
7. Hjemsøgt 4.56

Total playing time 47.09


Vinterdrom : 17/20

Traînant son abominable carcasse depuis déjà 13 ans (les superstitieux apprécieront !) dans les profondeurs abyssales de l'underground et auteur de plusieurs albums ainsi que d'une série de maxi et de split culminant dans un black/doom/ambiant des plus sinistres, Nortt s'est une nouvelle fois extrait de son ossuaire putride pour venir, tel un oiseau de mauvais augure, hanter nos chaumières et répandre sa "bonne" parole avec son dernier (mort)-né "Galgenfrist" ("La Tentation de la Potence" en danois).

Confirmant la direction prise par son prédécesseur "Ligfaerd" ("Marche Funèbre"), à savoir la prise de pouvoir de la facette dark ambiant et des longues nappes de synthés froides et glauques, ainsi que la mise en sourdine de l'aspect black au profit d'un doom que l'on pourrait qualifier de drone tellement il est distordu et agonisant pour ce qui est de la facette metal, cette nouvelle œuvre maudite enfonce le clou par la même occasion : passages ambiants toujours plus longs, son de guitare toujours plus grave, percussions toujours plus espacées, textes réduits au strict minimum et interventions vocales toujours plus rares et noyées dans la masse brumeuse. Ces dernières sont les ultimes liens (ténus) rattachant encore le one-man band danois avec ses racines black.
Toujours plus extrême, Nortt se rapproche désormais de Until Death Overtakes Me dans sa forme, tout en représentant paradoxalement son exact opposé dans le fond : le second nommé tutoie la stratosphère, tandis que le premier s'escrime à creuser sa tombe toujours plus profondément.
Toute notion d'esthétisme, de beauté et de sophistication se trouve ici réduite en cendres. Ne restent que la crasse, la pourriture, la décomposition, la puanteur et la solitude. La solitude d'une mort survenue sans personne pour vous tenir la main durant vos derniers instants.
Même les notes de piano de "Af Døde" et "Havet Hinsides Havet" ne parviennent pas à réchauffer l'étouffante et persistante atmosphère de caveau humide où la température reste désespérément bloquée en dessous de zéro.

Un album véritablement jusqu'au-boutiste, une pure folie constituée de sept titres érigés à la gloire du dégoût de toute chose ayant le malheur d'être en vie, s'enchaînant sans interruption et renforçant par là-même l'impression de se trouver en face d'un monolithe aussi compact et inamovible que menaçant et gorgé d'ondes néfastes.
En quarante-sept minutes, Nortt a accompli son œuvre de désespoir, Nortt s'est totalement coupé de toute attache avec le genre humain, auquel il a définitivement tourné le dos, et s'en retourne irrémédiablement auprès de ses semblables, habitants du royaume des Morts, comme le suggère si bien la pochette. Serez-vous prêts à l'y suivre ?

2008-03-07