SUICIDAL TENDENCIES
JOIN THE ARMY (CD)
1987 chez Epic Records


1. Suicidal Maniac 02:57
2. Join the Army 03:38
3. You Got, I Want 02:55
4. A Little Each Day 04:09
5. The Prisoner 02:54
6. War Inside My Head 03:51
7. I Feel Your Pain 03:27
8. Human Guinea Pig 02:06
9. Possessed to Skate 02:34
10. No Name, No Words 02:35
11. Cyco 02:13
12. Two Wrongs Don't Make a Right 02:50
13. Looking in Your Eyes 02:50


eulmatt : 15/20
En un sens, le premier album du gang de Mike Muir fût à double tranchant. En 1983, Suicidal Tendencies fit l’effet d’une bombe dans le petit monde du hardcore (mouvement encore adolescent, son grand frère le punk n’étant…pas mort). Mais la soudaine célébrité des skateurs, associée à une liberté d’expression bien malvenue dans l’Amérique Reaganienne, les place un peu trop sous les projecteurs, ce qui explique en partie leur silence de presque quatre ans. Une fois le line-up stabilisé et les problèmes de maison de disque réglés, Suicidal peut enfin rattraper le temps perdu en sortant son second opus au titre second degré toujours aussi contestataire : Join the Army.
Dès l’entame, le coup de patte est reconnaissable. Suicidal Maniac est de la pure veine hardcore, avec un Mike Muir éternel, son timbre si particulier et son débit incroyable déversé dans un torrent de riffs nerveux et de rythmique joyeuse. Reconnaissable entre mille, et pourtant la suite vient nuancer l’idée d’une filiation pure et dure avec le premier album. Join the Army, hormis l’impact furieux de son refrain, est bâti sur une solide ossature metal au tempo plus lent, et aux sonorités respectueuses d’une éducation heavy qui transpire dans le jeu du nouveau guitariste Rocky George.
Tout au long de l’album, Suicidal Tendencies propose des morceaux dont la veine metallique est indiscutable, comme sur le superbe A Little Each Day, lent mais terriblement consistant avec ses riffs thrashisants, son solo emballant et un sens mélodique notoire. Autre hymne metal qui constituera également un futur grand classique, l’emballant War Inside My Head, où se mêlent chant et refrain hardcore avec riffs et soli très heavy. Sans compter le fameux Possessed To Skate, bâti sur la même approche et cette capacité à pondre des mélodies qui restent longtemps dans la tête…
Dans le même esprit, lorsque le rythme vient à s’accélérer, c’est le thrash qui vient s’inviter à la furie hardcore de Suicidal, pour donner de purs moments d’énergie brute et de furie, comme sur I Feel Your Pain ou Two Wrongs Don’t Make A Right.
Conservant son impact et son entrain, le combo californien semble avoir trouvé une belle homogénéité dans cet enchaînement de compos de deux ou trois minutes à la construction carrée et aux refrains accrocheurs. Il en résulte un disque épatant, à la fois accessible et subtil, nerveux et profond.
Cette fusion de punk/hardcore et de metal, si elle était difficilement envisageable en 1983, à une époque où ces scènes se regardaient en chien de faïence, est devenue possible désormais. L’avènement du thrash y est pour beaucoup, partageant la même adrénaline et les mêmes goûts pour les thèmes politiques et sociétaires. Des groupes de metal comme SOD avaient ouvert la voie. C’est donc ainsi que les skateurs de LA se retrouvent à la sortie de Join the Army associés presque naturellement à la scène thrash metal, au firmament en cette année 87. C’est le début de la période dorée de ST, qui en cinq années va pondre une discographie homogène et dense, unanimement appréciée par les fans de thrash metal comme ceux de hardcore.

2008-01-24