tonio : 16/20 | TONIO
Asphyx fait partie de ces groupes "pas de bol" qui ont démaré une carrière prometteuse par un ou deux albums marquants avant de se ramasser la tronche à cause d'une popularité mal gérée ou d'innombrables changements de line-up. Le groupe sort The Rack, son premier album, en 1991 et marque son petit monde grâce à une personnalité bien affirmée, à une époque où le death métal était en pleine explosion.
Le groupe néerlandais se forme en 1987 et produit trois démos et un E.P. avant de s'attaquer à ce premier album, ce qui justifie son style déjà si personnel. Asphyx ne se lance pas dans la course du groupe le plus rapide ou le plus technique, son death métal est pesant et semble dégouliner des murs de votre chambre comme une vermine vicieuse et malsaine. Les compos sont partagées entre parties rapides (loin du blast quand même) et intermèdes doomesques d'une pesanteur pachydermique. Ces passages plombés sont parfois relevés de petites mélodies de gratte assez planantes ("Evocation", "Ode To A Mameless Grave") qui font mouche à tous les coups. Dommage d'ailleurs que ces denières ne soient pas d'avantage exploitées, voir même carrément développées en solos, car elles sont bien courtes. En parlant de solos, ceux-ci sont malheureusement quasi innexistants, et c'est pour moi l'ingrédient indispensable qu'il manque à cet album pour être parfait.
Dans l'ensemble, les riffs et la construction des morceaux sont plutôt simples et restent définitivement ancrés dans le style fin 80 / début 90, dans un registre proche des premiers MORGOTH, voir du premier album de PESTILENCE. Pourtant Asphyx parvient avec cet album a créer un univers étouffant et pénetrant assez unique, 36 minutes pendant lesquelles vous restez hypnotisés par la noirceur des compos et l'épaisseur du son. Le clou de cet album est le dernier morceau, "The Rack", qui dépasse sans qu'on ne s'en rende compte les 9 minutes et qui résume à lui seul l'univers glauque de Asphyx à travers des harmonies simples mais pénetrantes et grâce à des riffs rouleaux compresseurs.
La voix de Martin Van Drunen, également hurleur de PESTILENCE, fait bien évidemment merveille et relève les compos à un niveau superieur, comme le fait par exemple john tardy pour OBITUARY. Ses vocaux sont reconnaissables entre mille et sans lui, The Rack aurait pu paraître bien fade !
Clair qu'en 2007 les death métaleux de moins de 20 ans élevés à coup de DECAPITATED, KRISIUM ou GOD DETHRONED ne se passionneront sans doute pas pour cette oeuvre old-school, mais cet album, qui permit au groupe de tourner avec ENTOMBED, BOLT THROWER ou BENEDICTION, reste un grand classique du genre et incarne à lui seul une époque. Une époque ou beaucoup de groupes ne se limitaient pas à une débauche de technique et à des productions ultra léchées mais cherchaient avant tout à créer leur monde et les compos qui vont avec. A jouer avec leurs tripes quoi ! Mais ça c'est la parole d'un vieux grincheux un brin nostalgique...
Au jour où j'écris ces lignes, Asphyx a décidé de se reformer avec son line-up d'origine et avec comme unique objectif de remonter sur scène. Je ne sais pas trop si c'est une bonne idée. Les mecs vont-ils passer pour de vieux ringards périmés ou mettre tout le monde à genoux ? J'ai un peu peur que la réponse ne soit la première proposition... En fait je n'aime pas trop les reformations, ça a plutôt tendance à casser les mythes je trouve. Wait and see... 2007-03-24
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