ArchEvil : 16/20 | Pour la plupart d'entre vous, présenter Immortal en est devenu désuet. Ces norvégiens en armure, parfois plus connus pour leurs poses ridicules que pour leur musique, ont taillé il fut un temps leur propre pierre de la seconde vague Scandinave du Black Metal. Malgré leurs débuts cahoteux, le gigantissime Pure Holocaust mit en 93 les pendules à l'heure et s'inscrivit comme l'un des plus grands chef d'oeuvre black metal de cette période, ce grâce à un guitariste nommé Demonaz au jeu inimitable et capable de donner un son glacé et venteux à son instrument ainsi qu'à un chanteur bassiste du nom de Abbath, dont le timbre vocal à la fois solennel et crispant fit pâlir plus d'une âme mélomane. Ce duo de choc atteignit l'un des sommets des ventes du genre avec le puissant Battle in the North et tenta de repousser les limites de la célérité avec Blizzard Beasts. La rupture se confirma alors en 95, lorsque Demonaz fut prit d'une tendinite le rendant incapable de reprendre le manche pendant un petit bout de temps. Selon certaines constatations, la vitesse qu'il avait atteint sur le petit dernier fut la principale raison de ce handicap et ce fut d'autant plus consternant que la qualité du disque en soit fortement compromise, faute à une production maladroite et pas du tout adaptée.
Depuis 1999, Abbath a repris la guitare et le contrôle du navire, en compagnie d'un batteur stable au pseudo de Horgh ( chose qui faisait défaut au groupe jusque là ) depuis Blizzard Beasts, et bourlinguait à travers les eaux du heavy et du thrash black sur At the Heart of Winter, initiative louable dans l'optique où il fallait bien se renouveler. Cet album est encore considéré par certains comme le chef d'oeuvre du groupe. Il fallait reconnaître l'excellence de ses compositions et sa nouvelle dimension, peut être un peu cheap et tirée en longueur par moments, mais réelle et terriblement puissante. Le groupe se maintenait sur son piédestal grâce à un thrash metal puissant au contours parfois proches du black sur Damned in Black, leur musique gagnait en accessibilité. Déjà vidé de sa substance sulfureuse propre au black metal depuis At the Heart of Winter, on pouvais dès lors se poser des questions sur leur avenir.
2002, la sortie de Sons of Northern Darkness. Annoncé comme étant le testament d'un groupe sur le point de splitter, la nouvelle fit certainement frémir la plupart des fans de la dernière heure.
Dès lors, un gros changement saute aux yeux. Le groupe qui était resté fidèle à Osmose Production depuis ses débuts signe son dernier album chez Nuclear Blast... Ouch...Vous savez, ce label devenu une entreprise de masse comptant énormément sur de gros vendeurs tels In Flames, Edguy ou Dimmu Borgir... D'accord, Immortal, ce n'est plus trop du black et, oui, c'est devenu un metal plutôt accessible capable de faire des chiffres. Mais tout de même, à en entendre les opinions de Abbath encore farouchement opposées à ce type de démarche, ce constat laissait entrevoir une traitrise énorme et imprévue. Et une fois la galette dans le lecteur et la pochette toujours aussi dérisoire entre les mains, c'est certainement avec une forte appréhension que les auditeurs appuyèrent sur le bouton play...
La chance que nous avons... Immortal aura tenu jusqu'au bout. Au lieu de nous proposer un disque édulcoré et racoleur, le groupe rajoute un pare choc à butoirs à son engin et nous rentre dedans à du 200km/h. Certains diront que les moyens techniques de Nuclear Blast y sont beaucoup... Ils peuvent dès lors ravaler leurs estimations en carton pâte. Oui, le son est déjà plus agressif que sur les deux précédents, combiné au mixage surpuissant, cela peut amener le goût d'une carrure artificielle. Mais malgré cette façade, on se rend compte de la débauche d'énergie déployée par les trois gars.
Toujours bien thrash, avec ses influences heavy bien marquées, Immortal semble avoir abouti pour de bon le travail sur Damned in Black. Horgh n'a jamais été aussi performant, les riffs terrifiants s'enchaînent sans faiblesses, Abbath préserve sont timbre aussi cru que posé, le tout est un magnifique panzer bien huilé, aussi divertissant que techniquement au point. Il semble que le groupe s'est décidé à frapper très fort une dernière fois en libérant tout ce qu'il lui restait dans les tripes. Et Belzébuth sait ô combien de tonnes nos chevelus sont encore capable de bombarder.
D'ailleurs, l'auditeur n'a pas à attendre la déflagration. Dès le début de One by One, le missile est tiré sur ce riff qui tue et les blasts considérables de ce satané Horgh, titre témoin de l'adresse du groupe pour manier le riff thrash par excellence. La voix impériale de Abbath nous soumet sans effort, le solo court mais intense et les monstrueuses speederies du titre éponyme ne calent pas ce crâne déjà étourdi par la première claque. Aucun ralentissement sinon ces titres plus mid-tempos, tels Tyrants ou Antartica, sur lesquels une guitare clean réverbérée vient ajouter un petit interlude atmosphérique sympathique. Tout l'inverse se produit sur Demonium et sa grêle de brutalité jouissive qui rappelle les tueries de Battle in the North, marque de puissance et d'inspiration brûlante du groupe. Beyond the North Waves clôture le disque sur son mid tempo une petite touche de nostalgie point dénuée de sa poigne de fer.
On sent que le groupe a également voulu retourner un tantinet au sources de par cette agressivité bien plus développée et ses atmosphères nettement plus marquées que sur le précédent. Certains regretteront certainement les fresques envoûtantes de At the Heart of Winter qui auront fait le charme du groupe en 99 alors que d'autres resteront attachés aux années black on ne peut plus glorieuses du combo. Sons of Northern Darkness reste cependant un disque d'une puissance et d'une maîtrise à toute épreuve, et ne se montre pas pour autant aseptisé tant l'odeur du métal en fusion et le toucher du givre nordique atteignent leur cible : les tripes et cette fichue nuque qui commence à rougir. A titre personnel, ce disque est le meilleur Immortal seconde période. Tous les éléments y sont, rien n'est à jeter. Il s'inscrit alors comme la seconde apogée du groupe ; car même si il n'égale pas l'impact et la grandeur de Pure Holocaust, ces deux oeuvres ne sont nullement comparables schématiquement.
A la suite de ce grand album, Immortal splitta. Abbath entama alors son projet annexe nommé I, groupe mêlant le heavy motorheadien et le thrash black de Sons of Northern Darkness.
Plusieurs échos en provenance du groupe lui même prévoyaient une certaine reformation. Mais si c'est pour prendre le risque de nous sortir un disque insipide, je dis non. Un tel nom de devrait pas être souillé de la sorte. Laissez la légende perdurer, nom de dieu... 2009-04-21
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