eulmatt : 19/20 | Comment ne pas tomber dans le piège d'une chronique dithyrambique, qui ne serait qu'une longue succession d'éloges enflammés, quand on évoque Heartwork ?
Et pourtant, Carcass accouche là d'une œuvre monstrueuse, qui a réussi à mettre d'accord des fans de Grind, de Death, de Metal tout simplement.
Comme une lente maturation opérée depuis leurs débuts, déjà confirmée par l'excellent Necroticism, la musique des Anglais atteint l'état de grâce.
Je suis déjà en train de tomber dans le travers que j'évoquais plus haut, passons donc aux faits...
Premier son... riff implacable, son grave avec ce grain rêche si atypique, qui fini dans les aigus, sur une touche harmonique grandiose. Ken Owen enchaîne à la batterie sur un mid-tempo, la guitare se fait plus sourde et tranchante, toujours sur des mélodies d'une grande élégance, Jeff Walker se pointe au chant... un peu de double pédale, un solo magnifique, retour sur le thème initial. Buried Dreams est déjà achevé, titre lent mais une majesté qui en impose. La vitesse arrive immédiatement sur le premier enchaînement de Carnal Forge. Maîtrise du tempo, accélérations brutales, blast beats utilisés judicieusement... solo merveilleux, consistance mélodique incroyable... rapide, brutal, et pourtant élégant, d'une grande beauté. Vient le lent et lancinant No Love Lost, un Carcass que l'on ne soupçonnait pas. Et maintenant Heartwork, pièce maîtresse du chef d'œuvre, qui mêle Death technique et mélodique, empreint de l'élégance du heavy dans son break divin. L'exécution est parfaite, la fluidité et la maîtrise incroyables. Et que dire encore sinon de la majesté d'Embodiement, de la fureur d'Arbeit macht Fleisch, ou du lyrisme de l'incroyable Death Certificate. Les dix titres passent comme dans un rêve, l'auditeur ne peut que s'incliner devant la flamboyance déployée ici, la richesse d'une musique qui dépasse les styles et les conventions.
Si pluriel et pourtant diablement homogène, Heartwork (que d'aucuns qualifient de naissance du Death mélodique) reste pourtant unique. Il y a un avant et un après Heartwork.
Un disque à la croisée des chemins, de son Death technique enfanté du Grind, magnifié par un lyrisme et une maîtrise mélodique improbable, que l'on croyait réservés au Heavy Metal. Une technique époustouflante et un art de la composition au firmament.
Il n'aura fallu que quatre albums et à peine 5 ans pour que les Anglais passent d'un chaos sonore ultra brutal à la majesté absolue, sans pour autant se compromettre.
Carcass a signé là un monument du métal, tous styles confondus.
Vous me pardonnerez ma dévotion envers cette œuvre qui depuis bientôt 14 ans est ma référence absolue.
2007-08-13
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