LaBalafre : 18/20 | Le soleil d’Ophidian Wheel se couche, et apparait un SEPTIC FLESH nocturne, ténébreux. Les précédents albums avaient invoqué une santé lumineuse, nous invitaient à la transsubstantiation d’une harmonie charnelle et spirituelle, se révélaient surréalistes par la Communion du rêve et de la réalité. SEPTIC FLESH était alors le Maître de l’Onirisme, ce Dreamlord consacré.
Revolution DNA brise l’éclat de ce soleil magnifique. SEPTIC FLESH a jeté un regard lucide autour de lui. Il n’y a pas de place pour ses dons. Cette culture rêvée, intemporelle, héritée et dynamique, à proprement parler « incarnée » dans ses précédents albums, est impossible en ce lieu et cette heure. La civilisation rationaliste, desséchée, ossifiée apparaît. L’idéal juvénile se fane, risible d’irréalité. Que faire ? Pleurer, se droguer, renoncer ? SEPTIC FLESH a compris que ces trois solutions se rejoignent. Dès lors, il les rejette. Qu’est-ce à dire ?
SEPTIC FLESH a compris que cette science, ou plutôt cette débauche scientifique, qui horrifie l’onirisme et la pureté majestueuse, est la contrepartie de l’esprit occidental des cathédrales, de la pensée dynamique dont procède tout art européen, de la volonté de puissance qui est nôtre. Or, la Grèce orthodoxe n’est pas demeurée isolée : les Grecs se sont occidentalisés. Il faut maintenant en payer le prix. Après avoir chanté le courage de supporter le Destin, SEPTIC FLESH va en exprimer toute la tragédie.
Cet album est donc une catharsis tragique.
SEPTIC FLESH chante la puissance réaliste de la Science. Celle du clonage, de l’eugénisme, des métamorphoses humaines nucléaires, de la biotechnologie, etc. Pourtant, le ton ne se révèle pas si laudatif…
Revolution DNA s’ouvre sur un morceau judicieusement nommé Science car il en constitue un incipit parfait, autrement dit en expose la problématique et la solution. Quelques sombres et lourds bruitages indus’ referment le soleil passé, dépassent le crépuscule et nous introduisent dans la Nuit de l’âme. Un son métallique de guitares, basse et batterie, très puissant, peut-être le plus puissant qu’ait jamais réalisé et réalisera jamais SEPTIC FLESH, lance alors quelques mesures qui, par degrés successifs, et sans l’aide d’un jeu de volume, obligent une tension auditive maximale à s’hypertrophier. Puis apparaît la voix de Spiros…Une voix vive, mais trainante, death, mais décadente. Du death dandy et décadent ! Cruelle aussi, comme une pointe impudique de sadisme dans le ton, une jouissance sinueuse dans l’exposé scientifique macabre, une joie sauvage. Les notes de guitares s’élèvent, puis retombent comme désarticulées, en piqué aérien, droit vers l’écrasement au sol, se sauvent de justesse comme en rase-mottes, avant de triompher dans quelques arabesques typiques de SEPTIC FLESH, puis de recommencer ce jeu jusqu’à…s’évanouir. Car la musique ne se retire pas, ne se conclue pas : elle disparait brusquement.
Science, ouverture terrible de l’album, est à son image : au milieu d’une forêt, le Ciel est caché par une voûte arachnéenne de branches torturées, qui enferment l’auditeur dans une atmosphère nocturne artificielle. La chrysalide se referme sur l'âme.
Les métamorphoses scientifiques se révèlent donc morbides, maladives dans l’humain même qui les loue.
SEPTIC FLESH, par cette catharsis violente, a pu se libérer de ce cauchemar savant qui l’obsédait et le paralysait. L’horreur que sa puissance d’évocation suscite en nous, nous permet d’ingurgiter la Science, de la digérer, de la supporter, de la dépasser, de l’intégrer, seule réalité, à notre onirisme ressuscité, vivifié par ce vent nouveau. SEPTIC FLESH sait que le seul moyen de briser la décadence est d’aller jusqu’à ses conséquences ultimes, de l’imploser.
Revolution DNA, mal compris, fut peu apprécié depuis sa sortie. Pourtant, il se révèle à l’évidence l’album le plus original de SEPTIC FLESH, unique tous types de musique confondus. Par ailleurs, CHAOSTAR en découle directement. Tentons alors de lui rendre justice a posteriori en sachant le goûter.
18 /20 (malgré quelques longueurs, pour le courage intellectuel et l’originalité)
2007-03-21
|
|