BEERGRINDER : 14/20 | Mis sur pieds en 2000 au cœur de la renaissance Death Metal mondiale initiée par Anata, Nile, Hate Eternal et autres Cryptosy, les néo-zélandais de Ulcerate lorgnent comme les groupes cités vers des contrées très brutales tout en poussant loin leur technique instrumentale. Deux démos de bonne facture et une réputation naissante permettent au combo d’Auckland de décrocher la première partie de Cannibal Corpse sur l’île et d’être signé chez le label néerlandais Neurotic Records. Le premier album sort donc peu après le Battalion Beast de Panzerchrist et se nomme Of Fracture And Failure (2007).
Au premier coup d’œil on ne sait trop que penser de la pochette dessinée par le batteur James Saint Merat (bien réussie cependant) représentant un monstre hybride dans un décor futuriste, rappelant tous ces groupes Power / Moderno-Deathcore puants, le logo gris, carré et d’une platitude à pleurer n’incite pas non plus à la confiance… Et pourtant, la vérité surgit dès les premières notes : Ulcerate empreinte davantage à Hate Eternal qu’à Meshuggah.
Après cette mise au point de rigueur et les doutes dissipés, l’auditeur peut apprécier pleinement les compositions rapides et les titres truffés de double pédale. Sur Becoming the Lycanthrope le parallèle est inévitable : guitares incisives et véloces utilisant des gammes dissonantes, basse vrombissante, batterie en double pédale illimitée, blast-beat à la Roddy, les jeunes néo-zélandais ont incontestablement écouté en boucle The Book of Lamb (Internecine) et I Monarch (Hate Eternal).
Cela dit le quintet du pays de Jona Lomu ne se contente pas de faire du Hate Eternal de bas étage, bien sûr on y retrouve dans les guitares de la paire Hoggard / Rothwell ces rythmiques assassines et suprêmes combinées à des sonorités parfois dissonantes comme sait si bien les pondre Erik Rutan, mais à l’écoute d’un titre comme Ad Nauseam la différence est très nette, notamment dans certaines rythmiques saccadées omniprésentes alors que le mur de guitare des floridiens est en général constant.
Au niveau du chant de Ben Read, celui-ci se situe davantage dans la lignée d’un Kyle Simmons (ex Malevolent Creation, c’est à dire avec un petit côté Hardcore qui donne à ses growl un côté encore plus agressif, lui aussi d’ailleurs ne dédaigne pas s’aventurer dans un registre plus criard, même si dans ce domaine Ben Read comme de nombreux autres ne peut rivaliser avec les screams impressionnants de l’américain. Dans tous les cas le Death brutal de Ulcerate est brillant, suffisamment original et semble influencé par un large (parfois trop) spectre qui va parfois jusqu’au Hardcore, mais la base principale est largement Death Metal, un Death qui regarde souvent vers la technicité de haut-vol : The Mask of the Satyr montre un Saint Merat redoutable de vitesse et de précision accompagnant une série de riffs dissonants et étranges pas si éloignés d’un Gorguts période Obscura, ainsi qu’un final hystérique rappelant grandement le style alambiqué de Jon Levasseur (Cryptospy).
Bien que les prises de son aient été effectuées par le groupe lui-même, la qualité est irréprochable, peut-être grâce au mix de Alan Douches profond, puissant et pourtant suffisamment clair pour laisser une juste part à chaque musicien, une production qui rappelle ici aussi celle de l’album d’Internecine.
Il est assez rare de nos jours de tomber sur un premier album avec si peu de faiblesses, surtout dans un style nécessitant une mise en place et une technique irréprochable, et pourtant Michael Hoggard et sa bande font déjà étalage d’une maturité musicale flagrante à l’image de la judicieuse introduction Failure avant The Coming Of Genocide catchy à la furie très And Then You’ll Beg (Cryptopsy). On regrettera simplement un petit côté synthétique trop marqué, hélas souvent inévitable chez les groupes si techniques.
Pour un premier jet Ulcerate frappe fort mais passe pourtant relativement inaperçu dans une année 2007 ( mis à part les albums de Nile, Immolation et Behemoth rien d’extraordinaire) ou il y avait pourtant de la place pour faire un coup.
En matière de Death Metal, le danger vient désormais de partout, et même si les américains restent les maîtres du monde incontestés (avec Immolation, Origin, Morbid Angel, Hate Eternal, Nile, Suffocation ou Cannibal Corpse ça laisse un peu d’avance...), le danger vient désormais de partout, et après leurs voisins australiens de Psycroptic, Ulcerate est sur le point de tout casser lui aussi. Peut-être qu’ils parviendront à leurs fins avec le tout récent Everything Is Fire paru chez Willowtip Records en ce mois d’Avril 2009 et qui s’annonce explosif lui aussi.
BG
2009-04-30
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