DIMMU BORGIR
PURITANICAL EUPHORIC MISANTHROPIA (CD)
2001 chez Nuclear Blast


1. Fear and Wonder (Intro)
2. Blessings upon the Throne of Tyranny
3. Kings of the Carnival Creation
4. Hybrid Stigmata - The Apostasy
5. Architecture of a Genocidal Nature
6. Puritania
7. IndoctriNation
8. The Maelstrom Mephisto
9. Absolute Sole Right
10. Sympozium
11. Perfection or Vanity
12. Devil's Path

Bonustrack:
13. Burn in Hell (Twisted Sister Cover)


Eternalis : 19/20
L’Album, celui que l’on nomme avec un grand A, celui qui reste gravé dans les mémoires et qui s’incruste telle une pierre précieuse dans le temps et les esprits, celui que personne n’ose ne serait-ce que penser à l’oublier, l’Album.

Dimmu Borgir avec ce cinquième effort studio transgresse totalement sa musique et offre une vision alors entièrement nouvelle du black metal (devenu très courante en très peu d’années). Il propose un art incorporant l’esthétisme dans l’extrémisme, la beauté dans la laideur, l’éclat dans la noirceur, l’angélisme à l’intérieur même des ambiances démoniaques. Il mélange les contraires, rallie les antinomiques et en sublime chaque partie pour arriver à un résultat absolument exceptionnel et unique.

Dès l’intro cinématographique "Fear and Wonder", la musique nous happe, l’atmosphère à la fois dramatique et poignante nous emporte dans un monde propre et nouveau. L’orchestre propose un air légèrement répétitif et destiné à l’évasion de l’esprit, les violons dansent dans une mascarade infernale…puis le climat se noircit. L’horizon s’intensifie et explose dans un déchainement de brutalité sur "Blessing Upon the Throne of Tyranny".

Le son est à couper le souffle, d’une incision proprement démentielle et d’une puissance à vous déchirer les entrailles. La batterie se déchaine dans un blast d’une vitesse à outrance, les riffs taillent l’esprit de l’auditeur en lambeaux et Shagrath, comme le démon des enfers, déclame une prophétie des ombres glaçante tandis que de magnifiques lignes de piano transcendent ce titre aujourd’hui classique. Mais ce n’est que le début.

Un léger souffle parcourt l’introduction de "King of the Carnival Creation", les claviers font leur entrée, puis le blast d’une rapidité une nouvelle fois hallucinante. Ce morceau représente, avec le suivant, sans aucun doute la perfection absolue du black metal symphonique. Qui pourra dire ne pas sentir des frissons lui parcourir le corps à l’écoute du magique "Hybrid Stigmata - The Apostasy" ?
Une courte introduction orchestrale avant l’intrusion diabolique d’un hurlement inhumain de Shagrath, mais en gardant un tempo légèrement moins élevé. Les riffs ambitieux de Silenoz et Galder, à la fois majestueux et acérés, sentent autant la pourriture des âmes que la magnificence des Dieux. Les vocalises claires de Vortex, telles les paroles d’un ange, viendront éclaircir une atmosphère d’une si grande beauté nocturne.

Mais ne croyez pas que les norvégiens ont totalement oublié leurs racines, comme en témoigne le génial "Puritania", d’une lourdeur sans précédent et composé d’atmosphères black metal des plus angoissantes et terrifiantes, autant dans les orchestrations quasi électroniques que dans les multiples voix hurlant dans notre tête dans un manifeste idéal de folie et de schizophrénie, pour terminer sur des grésillements extrêmement malsains.

La vitesse démesurée d’"Indoctrination" anéantira vos oreilles, pour finalement laisser place à un intermède entièrement symphonique d’une rare grandeur, une nouvelle fois très dérangeant et confrontant l’auditeur à un mal-être indéfinissable. Car il s’agit bien là de la réussite de cette œuvre baignée par les dieux des ténèbres, à savoir allier (pour la première fois ?) musicalité et misanthropie constante, à savoir hurler à la face de la religion une critique constructive et non pas uniquement virulente, comme en témoigne l’artwork absolument magnifique et unique.

Comment ne pas succomber face au break impromptu mais néanmoins impressionnant de "Architecture of a Genocidal Nature" rappelant le Alice Cooper des débuts (avec un peu d’imagination bien entendu) au niveau de l’atmosphère véhiculée par le chant cauchemardesque de Shagrath ?
Alors les puristes crieront au scandale mais ils ne montreront que leur incroyable étroitesse d’esprit face à l’art, matérialisation de l’évolution et des émotions humaines ne devant s’imposer aucune limite créative, ethnique ou éthiques.

Se terminant comme il a commencé, dans une ambiance angoissante, mystérieuse et uniquement orchestrale sur "Perfection or Vanity", Puritanical Euphoric Misanthropia est le voyage de l’âme vers un monde artistique complètement différent et en perpétuel mouvement, le rejet de la médiocrité vers une entité supérieure, la négation de la banalité vers une unicité céleste.

Il représente ce que la musique a de plus grand et noble en elle, il est la représentation de la supériorité et de la grandeur, un mythe incroyablement grand et unique !

2008-11-30