BEERGRINDER : 15/20 | Les norvégiens de Kvist font partie de ces quelques groupes ayant sortie un seul album avant de plier les gaules peu de temps après et à l’écoute de For Kunsten Ma Vi Evig Vike (1996) on ne peut que regretter la courte existence du combo. Enregistré au Endless Sound Studio à Oslo leur unique album est commercialisé par le label italien Avant-Garde Music qui porte bien son nom et tient sous sa coupe des formations originales tel Monumentum.
Alors que depuis Emperor et son fantastique In The Nighside Eclipse de nombreuses formations se lance avec une réussite artistique parfois discutable dans ce nouveau style qu’est le Black Metal symphonique, Kvist reste dans un Black Metal plus personnel et n’utilisent pas de clavier grandiloquent afin de booster artificiellement leurs compositions, on en distingue simplement quelques nappes lointaines et discrètes. Cependant les norvégiens ne jouent pas non plus dans la cour du Black haineux à la Darkthrone. Les mélodies et rythmiques de Kvist évoquent plutôt un hymne douloureux et mélancolique à la nature et à l’homme, un état d’esprit de rapprochant du paganisme en somme.
Ars Manifestia nous entraîne tout d’abord dans un Black assez rapide où les linéaires accompagnent une double pédale très présente, on perçoit un petit côté Emperor dans la construction mais avec un synthé restant beaucoup plus discret que chez la bande à Samoth.
On trouve quelques similitudes dans la musique de Kvist avec celle de Satyricon, entre autre dans le phrasé du chanteur Tom, ceci est particulièrement vrai sur Forbannet Vaere Jorden Jeg Gar Pa, le combo a aussi tendance comme ses compatriotes à faire durer ses riffs afin d’en imprimer la marque dans la tête de l’auditeur et joue également sur le registre folklorique par endroit. On remarquera avec un amusement certain que le premier riff de Stupet ressemble comme deux gouttes deux à celui qui ouvre When Satan Rules His World de Deicide. La comparaison d’arrêtera là car Stupet est une longue piste atmosphérique bien loin des préoccupations musicales du combo américain, morceau sur lequel plane d’ailleurs toujours l’ombre d’Emperor avec des claviers se faisant plus présents et captivants.
Sur Svartedal, émanent des ambiances toujours aussi noires et sombres avec un synthé se faisant violon et nous transportant dans un requiem à la tristesse, tandis que Min Lekam Er Meg Blott En Byrde est dans une veine plus agressive, jusqu’à cette partie centrale narrée qui fait presque BO de film bien avant que Dimmu Borgir ne tente des choses de ce genre. Le morceau enchaîne ensuite sur des riffs épiques suivie d’une fin trépidante, oppressante et furieuse : un pilier de l’album avec ses 10 minutes.
Les norvégiens ne sont pas en reste et ont gardé pour la fin ce qui est certainement l’un des meilleurs titres : Vettenetter sur lequel l’intensité déployé et la porté des mélodies n’a d’égale que l’intensité des atmosphères dégagées. Il faut rajouter à cela un break centrale captivant et un final des plus mélancolique parachevant l’album magnifiquement.
La force de Kvist est ici de créer des atmosphères envoûtantes sans forcément utiliser de clavier à outrance. L’aventure s’arrêta malheureusement rapidement, les musiciens se séparant peu après l’enregistrement de cette unique album. On signalera que le guitariste Trondr Nefas officiera par la suite chez leurs compatriotes de Urgehal.
Pour un premier essai Kvist a accouché d’entrée de jeu d’un chef d’œuvre, dommage que ce soit aussi le dernier.
BG
2008-06-04
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