DISBELIEF
NAVIGATOR (CD)
2007 chez Massacre Records


1. Navigator
2. When Silence Is Broken
3. The One
4. The Thought Product
5. Between Red Lines
6. It Is Simply There
7. Falling Down
8. Passenger
9. Selected
10. Sacrifice


MercuryShadow : 15/20
Des baffes! Des baffes pour tous ceux qui n'ont pas fait à 66(Sick), la précédente tuerie des Teutons de Disbelief, le triomphe qu'elle méritait! Comment ça, je ne peux pas imposer à mes contemporains d'apprécier les même groupes et/ou albums que moi? C'est parfois bien dommage, tant ce groupe fabuleux pourrait séduire de métalleux s'il était un peu plus exposé, un peu plus sous les projecteurs. "Navigator", même s'il n'est peut-être pas aussi démentiel que son prédécesseur, est un nouveau petit bijou à porter à l'actif d'un groupe vraiment à part et malheureusement encore sous-estimé.

On retrouve ici tout ce qu'on aime chez Disbelief: les riffs dissonants joués par une guitare accordée très grave ("Falling Down"), les mélodies, omniprésentes même au coeur de la tourmente, les mid-tempos pachidermiques ("When Silence Is Broken"), et surtout la voix ahurissante de Karsten Jäger. Qu'il s'empare du rôle du forcené impossible à maîtriser sur "It's Simply There" ou qu'il donne dans le registre de la mélancolie contemplatrice avec "The One", le chanteur confirme qu'il occupe décidément une place à part parmi les hurleurs modernes. Car oui, les racines de son chant plongent au coeur du death-métal le plus lourd; mais le vocaliste ne perd jamais de vue que la mélodie est le pilier sur lequel s'érige la musique de Disbelief, et sa prestation fait une fois de plus le grand écart entre la brutalité la plus totale et les mélodies les plus accrocheuses. C'est bien simple, Disbelief est sans doute le seul groupe affilié à la scène death dont on se retrouve à chantonner les refrains dans la rue!
Parmi les pépites que renferme "Navigator", citons "Between Red Lines", qui remporte haut la main le concours du mid-tempo le plus écrasant du mois, et surtout le chef-d'oeuvre absolu qu'est "Passenger", un morceau aux allures de grand huit qui passe en revue toutes les facettes de Disbelief sans jamais perdre en cohérence, puisque tout nous ramène à un refrain absolument irrésistible. Du grand art.
Mais il me faut être honnête, et concéder que cet album n'est pas exempt de défauts, ou plutôt d'imperfections qui l'empêche de s'élever au même niveau que ses deux illustres prédécesseurs, "Spreading the Rage" et "66(Sick)". Les morceaux, aussi puissants soient-ils, souffrent d'une certaine linéarité qui empêche "Navigator de décoller totalement; et la production est un cran en-deçà de celle, abrasive, de 66(Sick).De plus, un ou deux titres sont franchement dispensables, à l'instar de "Selected", par exemple, qui plombe un peu la fin de l'album. Heureusement, "Sacrifice" vient nous faire oublier cette baisse de régime et conclure en beauté un disque qui demeure une franche réussite.

Tous ceux qui avaient apprécié les brulôts précédents de Disbelief peuvent donc se jeter les yeux fermés sur ce "Navigator" de grande tenue, où ils retrouveront tout ce qu'ils apprécient chez ce groupe hors-norme. Toutefois, les néophytes feraient mieux de jeter leur dévolu sur 66(Sick), qui demeure le sommet de la carrière des quatre Allemands; ils pourront ensuite embarquer en connaissance de cause pour ce nouveau voyage que nous aurions quand même souhaité un peu plus surprenant.

2007-05-23