EMPEROR
IN THE NIGHTSIDE ECLIPSE (CD)
1994 chez Candlelight Records


Re-Issue in 2004 with 2 bonustracks

1. Into the Infinity of Thoughts
2. The Burning Shadows of Silence
3. Cosmic Keys to my Creations and Times
4. Beyond the Great Vast Forest
5. Towards the Pantheon
6. The Majesty of the Nightsky
7. I Am the Black Wizards
8. Inno a Satana

Bonustracks (Re-Release 2004)
9. A Fine Day to Die (Bathory Cover)
10. Gypsy (Mercyful Fate Cover)


LaBalafre : 18/20
"In the Nightside Eclipse", sorti en 1994, joue depuis treize ans le rôle de Bible du Black Metal. De fait, Emperor y a réalisé sa profession de foi.

À l’époque, le Black Metal naissait : aucune règle ne le définissait, ses frontières demeuraient floues, indéterminées. Il relevait de l’expérience artistique la plus pure. Du souffle vital d’une certaine jeunesse norvégienne.

Ce jeune sang allait canaliser sa force éparpillée, donc encore faible et vagissante, à travers une forme riche et nouvelle. Cette architecture unique lui permettrait de concentrer une puissance inouïe. Ce fut In the Nightside Eclipse.

Étrange album pourtant, dans la scène alors groupusculaire du Black Metal. Mais album doté d’un orgueil terrible, d’une fierté invincible. Jusqu’alors, le Black Metal niait et contredisait. Dorénavant, il affirme.

Emperor nous invite en effet à un nouvel Ordre harmonique.

Avec "In the Nightside Eclipse", le Black Metal se coupe définitivement du Death et du Thrash.

Le son est plus audible que les productions Black précédentes, y compris celles d’Emperor.

Dues pour leur caractère à Samoth, les guitares, d’un jeu complexe sans être compliqué, répètent en écho leurs complexités évolutives, sans pour autant se répondre, - mélodies obsessionnelles, insistantes comme d’une dimension à part, autistes ou schizophrènes, perdues dans leurs visions.

La voix d’Ihsahn, le chanteur, est à la fois rauque et aiguë, grêlée, transperçant dans ses pointes, très variées ; une invocation perpétuelle.

Mais la grande originalité de cet album est l’introduction, due à Ihsahn, de claviers. Elle est résulte de l’âme profondément religieuse, mystique de ce dernier. Il apparaît d’ailleurs, à cette époque, dans une bure de moine, entrecoupée certes en son milieu comme un manteau, mais au capuchon en permanence relevé. Ces claviers, surtout présent par des chœurs de voix masculines et féminines, d’autres fois par des cordes classiques, instaurent une union brutale entre Ciel et Terre, rehaussent les accords en un pic, ou bien écrasent de majesté sombre et…opaque. Oui, ces claviers ont quelque chose de voilé. Car, paradoxe magnifique, tout en accentuant la religiosité, ils semblent désirer cacher l’image trop claire du Dieu ténébreux qu’ils adorent. Ô haine du public profane. Pudeur du sacré.

La batterie est écrasante, d’un jeu recherché, lien des divers instrumentistes, harmonies salvatrice. En avez-vous jamais entendu un tel usage ?

Point noir : la basse est inaudible.

Les poésies prosodiques sont à l’image de la musique. Des métaphores toujours célestes. Les textes d’Ihsahn visent un Dieu riche et puissant, communion rare, Christ luciférien (mais que cet homme est religieux !). L’écriture de Mortiis est plus païenne, et aime à plonger aux tréfonds des arcanes secrets les plus antiques. Samoth est le philosophe, exposant et définissant les nouvelles valeurs ou vertus de cet Art nouveau.

Ce qui prouve la sincérité d’Emperor est d’avoir par le Black Metal inventé une « sagesse ». Les paroles, la musique et l’habillement, ne sont encore que les apparences extérieures d’un Art de vivre aristocratique.

Le Black Metal naquit d’une volonté de résurrection, contre un monde de classes moyennes jugé décadent. D’où cette insistance sur la haine, contre les heureux, les bien-pensants. Et cette apologie nietzschéenne de la Force, de la guerre. Or, les années 1990, en Scandinavie plus qu’ailleurs, sont le triomphe absolu de la social-démocratie. C’et pourquoi ces rebelles âgés de dix-huit ou vingt ans eurent une tendance à frôler les idées d’extrême droite. Encore s’agissait-il plus d’anarchistes d’extrême droite. De libertaires au sens le plus noble.

Mais une vision aussi impériale n’a jamais pu se contenter de politique.

D’ailleurs, elle s’est plus exprimée par un antichristianisme virulent ; les couches moyennes étant désignées comme les Chrétiens.

"In the Nightside Eclipse" d’Emperor, malgré son destin « biblique », est un album très spirituel, et l’un des plus secret du Black Metal.

2007-04-23