MercuryShadow : 8/20 | Aujourd'hui, le thème de notre leçon sera "La panne d'inspiration, ou comment faire croire à vos fans que vous avez encore quelque chose à dire quand vous préfèreriez prendre votre retraite".
En cette année 2003, Korn a accompli à peu près tout ce dont un groupe de métal peut rêver. Le groupe a touché un public exigeant avec ses deux premiers albums, a atteint le sommet des ventes avec "Follow The Leader", a montré sa face sombre et mélodique avec le splendide "Issues", et a même exploré des contrées inattendues avec l'expérimental (et abouti) "Untouchables". Comme pour tout groupe parvenu au faîte de sa gloire, la question du trou d'air se pose: que faire lorsqu'on a tout fait? De quoi rêver, que désirer lorsqu'on a presque tout? Et surtout, que proposer de nouveau à son public lorsqu'on a exploré toutes les facettes de sa musique?
A ces interrogations, Korn répond de la façon la plus désagréable qui soit. Non, aucun membre n'a les épaules d'un Steve Harris, capable de réinventer Iron Maiden après plus de vingt ans de carrière; en fait, Korn n'est même pas capable de suivre le chemin qu'avait emprunté Metallica avec "Load", c'est-à-dire de se remettre en question à défaut de proposer un album transcendant. Alors que les fans et les critiques attendent le chef-d'oeuvre qu'aurait pu annoncer "Untouchables", les musiciens de Korn sortent "Take a Look in the Mirror",un disque à la fois passéiste et indigne de ce glorieux passé. Au moins le groupe a-t-il le mérite de la franChise; tout dans la présentation de cet album, du titre au livret en passant par l'impression du cd, annonce la couleur: "Take..." est placé sous le signe du retour aux racines, de l'abus des formules qui ont fait le succès phénoménal des cinq de Bakersfield.
Le morceau d'ouverture, le puissant "Right Now", fait illusion grâce à ses grognements très typés death-métal, surprenants chez les parrains du néo. Malheureusement, ce sera la seule surprise de cette galette. Le reste n'est qu'un assemblage bancal de morceaux faciles ("Let's Do This Now", "Deep Inside", "Alive", "I'm Done"), voire carrément insupportables lorsque Korn donne dans le clin d'oeil appuyé à son passé ("Play Me" avec le rappeur Nas, grotesque ersatz d'Ice Cube qui lorgne vers "Children Of The Korn" sans jamais arriver à la cheville de ce morceau). Et quand déboule "Y'All Want A Single", c'est carrément la nausée qui s'empare de l'auditeur: débile, musicalement risible et thématiquement grotesque avec son pseudo-message de rebellion à deux francs, on tient peut-être ici le pire titre jamais enregistré par le groupe.
En fait, ce disque sent l'opération bouche-trou à plein nez. Le seul titre qui retient l'attention est le très bon "Did My Time", sorti quelques temps plus tôt sur la B.O. de "Tomb Raider. La ficelle qui consiste à attirer le chaland avec un morceau bien ficelé, paru depuis quelques semaines, afin de lui refourguer quarante minutes de remplissage est un peu grosse, et carrément inacceptable de la part d'un groupe qui se vantait dix ans plus tôt de la proximité qu'il entretenait avec ses fans. On se retrouve donc avec un disque reposant sur des recettes éculées, certes efficaces ("Counting On Me" et "Everything I've Known" fonctionnent bien) mais à des années-lumières des espoirs qu'avait fait naître "Untouchables". Korn se repose sur ses acquis sans jamais chercher l'originalité, et l'absence totale de prise de risque et d'innovation finit par lasser même le fan le plus dévoué.
"Take a Look in the Mirror" est sans doute le contrepoint de toute la carrière de ses géniteurs. En 1994, cinq musiciens ont pris tout le monde de court en inventant un style qui allait connaître par la suite un succès aussi fulgurant en termes de ventes que de durée; alors qu'une génération de jeunes un peu paumés s'engouffraient dans la brêche, Korn était toujours parvenu à avoir une longueur d'avance sur ses suiveurs, à être là où on ne l'attendait pas. Cet album, au contraire, sonne comme un aveu d'échec, d'absence totale d'inspiration camouflée sous des morceaux qui deviennent putassiers à force de rechercher l'efficacité facile. Quand on a tant aimé un groupe, ça fend le coeur de le voir tomber si bas... 2007-03-26
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